MaiffaInes

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À propos de MaiffaInes

  • Date de naissance 21/02/1990
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    Femme
  • Intérêts
    Retro gaming, JDR
  1. MaiffaInes

    [Gagnez des clés Steams !] - Phyrsel Invitational

    Ca, c'est une surprise !
  2. MaiffaInes

    [Gagnez des clés Steams !] - Phyrsel Invitational

    Je participe ! Et j'ai déjà donné un premier temps. Par contre, une vidéo, c'est cool, mais décrire le défi textuellement, ce serait très bien aussi je pense.
  3. MaiffaInes

    Valkyria Chronicles IV

    Purée bientôt mille vues ! Ca c'est la classe !
  4. MaiffaInes

    Chapitre 1

    Les paragraphes sont délimité par un espace.
  5. MaiffaInes

    Resident Evil : Code Veronica X

    Et on ne wesh pas, c'est sale.
  6. MaiffaInes

    L'Auberge du BlaBla Fringant

    La leçon d'aujourd'hui, c'est qu'il y a toujours quelque chose de plus gros.
  7. MaiffaInes

    Chapitre 1

    L’apprentie aimée des chats « Mesdames, il me faut vous parler. » C’était une vieille femme qui avait énoncé cela. Elle avait une taille moyenne, des membres épaissis par la bonne chère et par le temps, et surtout une grande tignasse grise qui tombait en cascade le long de son dos. Elle était assise dans son siège et s’adressait à un groupe bien hétéroclite de huit femmes, que l’on distinguait mal à la lueur des torches illuminant l’antichambre. « Oui, Ahhotep ? demanda la plus petite de l’assemblée. - Que se passe-il ? réagit doucement la plus grande en armure lourde. - Comme vous le savez toutes… Je m’en vais vers la fin de mon existence, et je vais bientôt rejoindre Osiris pour mon jugement, continua Ahhotep. J’ai eu une longue et heureuse vie, par la grâce de notre déesse, Bast. Je souffre jusque dans mes os, ma chair est flasque, et mon esprit dévie de sa trajectoire, comme une flèche que l’on décoche lors d’une bourrasque trop importante. » Un silence s’installa, et certaines des femmes, parmi les plus jeunes, s’essuyèrent discrètement les yeux. La plus belle d’entre elle éclata en sanglot et celle possédant la plus forte carrure brisa le verre qu’elle était en train de tenir dans sa main. « Allons, allons, pourquoi tant d’émotion, reprit la vieille dame avec légèreté. Ne me dites pas que je vous prends par surprise ! » Le malaise se faisant plus présent, l’ancienne décida qu’il allait leur falloir un bon thé pour faire descendre la tristesse et digérer ce qu’elle venait de leur asséner. Elle se leva et traîna ses petits pieds jusqu’à la porte pendant une très longue minute. Elle poussa ensuite d’une main tremblante l’ouverture en bronze qui s’écarta dans un léger grincement et demanda d’une voix aimable, mais beaucoup plus forte, bien que chevrotante : « Petite ? Petite Apprentie ? Pourrais-tu nous apporter le thé, je te prie ? » Il ne fallut pas attendre longtemps pour entendre des petits pas venant du couloir. Une petite fille, à la peau bien mate fit son apparition à la lueur des torches, entourée par une multitude de félins silencieux et gracieux. Le grand groupe de chats de toutes races ouvrait la voie à l’enfant de neuf ans, comme pour l’aider à ne pas se tromper de couloir et lui ouvrir d’éventuelles portes. A vrai dire, ils manquaient plutôt de la faire trébucher en se collant sans des jambes ! Il n’y avait pas si longtemps encore, elle travaillait dans les champs, avec ses parents. Elle ne portait pas de belles tuniques blanches immaculées et voluptueuses avant cette nouvelle vie qu’on lui avait offerte… Elle était plus robuste, que gracieuse, agile et pieuse. Et de la robustesse, il lui en fallait pour porter le très lourd et long plateau de cuivre poli sur lequel reposaient les huit tasses, la théière fumante, et une petite amphore incurvée qui sentait très fort l’alcool et les épices. « Elle est encore accompagnée par tous les félins du temple, commenta sarcastiquement l’une des femmes (couverte de bandelettes sanglantes). - Est-ce qu’elle va nous ramener nos boissons du premier coup cette fois ? s’inquiéta une autre. - Mesdames, un peu de respect, d’empathie et de gentillesse envers les jeunes novices ! » réprimanda la vieille dame qui soutint in extremis le plateau de la novice pour éviter un basculement malheureux. On laissa entrer la jeune prêtresse débutante pour qu’elle puisse se débarrasser de son lourd fardeau sur la table tout en lui frottant affectueusement la tête, et quelques chats débarquèrent immédiatement dans la pièce, commençant à fureter partout et à se frotter contre toutes les occupantes de la pièce. La masse ronronnante et miauleuse fut accueillie avec chaleur, chacune prenant son chouchou dans les bras pour le gâter de câlins et d’embrassades. La novice prit congé et une majorité de minous l’accompagna jusqu’à sa chambre, au fin fond du temple, à côtés des bains. Malgré l’omniprésence des animaux poilus, tout était calme, voire silencieux. Arrivant à la chambre qu’elle partageait avec huit autre petites filles, la plupart plus jeunes qu’elle, la petite égyptienne rejoignit sa paillasse qui fut rapidement envahie de félins vibrant bruyamment, arrachant quelques soupirs de fatigues ou d’exaspération. Sur le pas de la porte, il ne restait plus que l’ombre de la vieille dame, qui avait suivi l’enfant en compagnie de deux femmes. « Daget, Néféret, vous donnerez un jour de repos à cette petite, et vous la filerez pendant ses activités. Je veux savoir pourquoi elle a été choisie. - Pas de problème cheffe, répondit la plus petite qui ne dépassait pas la taille d’une jeune adolescente. - C’est la procédure habituelle après tout, répondit l’autre (qui avait des charmes propres à envouter le plus chaste des hommes et le visage encore encombré de maquillage). - C’est très rare de voir une petite arriver chez nous sans être de la famille d’une prêtresse ou sans être orpheline, enchaîna Ahhotep. Même si c’est la procédure, je veux que l’on reste prudente. Vous me ferez un rapport détaillé. » * * * Aux aurores, le grand prêtre trouva huit enfants dans le dortoir, mais la dernière s’était déjà levée. Soupirant, il se contenta de suivre les poils de chats jusque dans la cour où il trouva l’Apprentie en train de nourrir les multiples matous qui semblaient patiemment attendre leur tour, assis sur le sol. Certains chats bâillèrent et se tournèrent vers le prêtre d’un air outré, comme s’ils avaient deviné ses intentions, ce qui le fit déglutir. Cependant, les ordres étaient les ordres, et il devait accomplir sa tâche. « Petite ? Tu peux prendre ta journée pour te reposer. » lui indiqua l’homme du temple. Dans les premiers instants, l’Apprentie ne s’arrêta même pas dans son ouvrage. Mais elle réagit finalement au bout d’un certain temps, trop impliquée dans son travail pour réagir immédiatement. Elle répondit cependant d’une voix faible et peu assurée, cette voix qu’émettait une paysanne qui ne parlait presque jamais et qui avait donc du mal à maîtriser le langage : « Vraiment ? Je n’ai pas fini de nourrir les enfants de notre déesse. » Une phrase avec laquelle les intéressés semblaient être d’accord, puisqu’ils s’exprimèrent bruyamment en donnant des petits coups de tête sur le corps de l’apprenti et en miaulant à tue-tête. « Oui, va voir ta famille, tu en as besoin, insista le prêtre. - Très bien, concéda la petite égyptienne avec un sourire triste. Désolée, messieurs les chats ! » Les chats ne répondirent pas, mais une fois la jeune fille partie, ils se mirent à fixer le vieil homme tout en gonflant leur poil. Pas le temps de trouver une autre novice, il allait donc terminer le travail à la place de la petite qu’il venait de libérer. Soupirant de tristesse, il s’agenouilla par terre et commença à remplir les écuelles de restes odorants. * * * L’Apprentie ne comprenait pas pourquoi on lui avait demandé de prendre sa journée alors qu’il y avait tant à faire au temple, notamment avec les chats. Depuis toujours, ces animaux avaient tendance à la suivre partout, sans vraiment lui demander quoi que ce soit en retour. Et la petite était née et avait vécu depuis toujours à Bubastis, la cité des félins. Ses parents lui avaient appris très tôt à les respecter et à les vénérer en tant qu’enfants de la déesse. Et mine de rien, quand les créatures que vous vénériez et côtoyiez tous les jours semblaient vous prendre en affection et décidaient chaque jour de vous suivre, pour vous sauver la vie à vos cinq ans d’un groupe de gros rats, cela pouvait marquer... La petite, accompagnée de quelques minous déjà nourris et repus, se hâta d’aller se changer dans le dortoir pour mettre quelque chose de bien moins blanc. Elle allait très certainement devoir crapahuter dans les champs après tout ! Autant mettre sa tunique de paysanne, ça ne gâcherait rien et elle se sentait plus à l’aise qu’avec sa tenue de novice légère et fragile. Une fois habillée et débarrassée de son maquillage rituel, l’égyptienne traversa de nouveau la cour intérieure et le vestibule d’entrée où s’activaient les prêtres pour les offices et prières matinales. L’Apprentie surprit quelques expressions de surprises parmi les adultes qui l’entouraient, sans vraiment comprendre pourquoi. Elle avait bien mieux à faire que de s’en préoccuper. Cela faisait des semaines qu’elle n’avait pas revu la sublime cité ! Située un peu à l’écart du Nil, la ville n’était cependant pas en plein désert. Etrangement, la terre était riche et arable, offrant à ses travailleurs de vastes récoltes tout au long de l’année. Le fruit du travail paysan est farouchement gardé par la multitude de félin ayant élu domicile au sein des masures leur paraissant les plus confortables et chacun savait que cette alliance était indispensable. On disait qu’il y avait deux types de ruelles à Bubastis : celles que l’on voyait et empruntait, et les autres, invisibles, qui permettaient aux chats d’aller où ils désiraient, à commencer par votre couche si elle était suffisamment chaude et douce. Tout comme les humains, les chats avaient des activités diverses et variées, y compris un travail, et même un lieu de prière, qui était dissimulé, quelque part dans la ville et seulement connus de quelques rares élus. La petite égyptienne, du haut de ses neuf ans, ne se rendait compte qu’elle était prise en filature par une femme de courte taille, qui pouvait passer pour une pré-adolescente. Elle avait la peau bien blanche d’une nantie ayant passé beaucoup de temps en intérieur et des cheveux courts à la garçonne. Avec sa taille réduite, son agilité et sa faculté à se faire passer pour un jeune enfant, elle fut en capacité de prendre en filature la petite fille qui prit la direction des champs où la mission se compliqua méchamment : elle ne pouvait accomplir sa mission de loin et était obligée de se rapprocher presque au maximum pour pouvoir la suivre, non pas avec sa vue, mais bien avec son ouïe. Filer de près la jeune fille, alors qu’elle rejoignait les autres paysans petit à petit, rendait la position de la poursuivante intenable. Elle ne devait pas se faire voir de la petite apprentie, mais elle devait aussi éviter de se faire repérer par les autres paysans qui allaient se demander ce qu’une individue au physique si juvénile faisait dans le coin sans travailler. Parfois, elle devait éviter quelqu’un travaillant à un mètre voir moins d’elle. Le moindre geste un peu brusque dans le champ attirerait l’attention sur elle, à cause des bruissements de la végétation omniprésente. Plus d’une fois, elle dû se cacher et s’immobiliser, tout en sentant sa cible s’éloigner, juste à cause des allées et venus de plusieurs travailleurs agricoles, voire, comble du désespoir, à une conversation qui l’obligeait à faire un grand détour. Mais enfin sa cible s’était arrêtée, près de deux adultes qui devaient être ses parents. Tous deux possédaient des muscles saillants. Tous deux avaient la peau bien bronzée des gens ayant passé leur vie à travailler au soleil, à récolter blé, maïs et orge. Et tous deux s’étaient jeté contre leur fille pour l’enlacer dans leurs bras : « Oh Maiffa ! Tu nous avais tant manqué, dit le père d’une voix forte et profonde, les larmes aux yeux. - Tu as eu des ennuis au temple ? Elles ne t’ont pas renvoyé j’espère ? s’inquiéta aussitôt la mère, le front plissé par l’anxiété. - Non, elles m’ont donné une journée de repos, rassura la petite qui s’accrochait aussi bien aux biceps de sa mère qu’à ceux de son père avec ses petites mains. - Et bien ! On aimerait tous en avoir, rit le père en se frottant sa barbe. Malheureusement, le sol est bien trop fertile pour que l’on puisse se le permettre. - Grâce soit rendue à Bast, notre déesse, conclut la maman avec un sourire. Tu n’as pas d’amis poilus avec toi aujourd’hui ? - Le prêtre les a fâchés, il m’a donné congé alors que je les nourrissais. » Le père frotta affectueusement la chevelure de sa progéniture, visiblement fier de l’ascension sociale de sa fille. « Au départ, je pensais qu’il s’agissait d’une erreur, déclara la génitrice de la petite. Tu es si jeune, et tu nous as encore. Mais plus le temps avance, plus j’ai l’impression qu’il y a une sorte d’évidence qui se met en place. Comme par exemple le fait que l’un de tes copains t’ait encore retrouvée pour te rejoindre. - Oh mais oui ! Apis ! Tu es là ! » Le dénommé Apis était l’un de ces chats de la race des Sphinx, sans pelage, à la peau nue, au visage triangulaire et aux yeux à l’apparence exorbité. Cependant, si cette race avait tendance à être plutôt fine et fragile, Apis comme le dieu portant ce nom était large et musclé. Daget se dissimula derrière un amoncellement de céréales embarquées dans un tas de sac pour observer l’apprentie s’approcher du chat et se pencher vers lui. Elle ne le caressa pas cependant, elle semblait attendre alors que le chat s’asseyait par terre et l’observait d’un œil sévère. « Excuse moi Apis, lui dit la jeune égyptienne d’une voix timide. Je suis au temple maintenant, je n’ai pas pu te prévenir avant aujourd’hui. Tu ne m’en veux pas n’est-ce pas ? » Les parents regardèrent avec attention la scène, retenant leur souffle tout comme Daget qui observait tout cela d’un œil attentif. Le félin semblait prendre le temps de la réflexion, mais consentit à se frotter contre la petite humaine qui le câlina, le serrant contre elle. Il émit un fin miaulement digne d’un chat prétentieux, et après un dernier petit coup de tête pour faire preuve d’affection il s’en alla à travers les grandes pousses de blés. Le reste de la journée n’avait cependant rien d’intéressant : la jeune aida ses parents, prit un maigre repas avec eux et flâna en leur compagnie une fois l’ouvrage terminé. Daget décida qu’il n’y aurait rien de nouveau à découvrir, et là-dessus, repartit pour le temple où elle retrouva Néféret. Toutes deux rejoignirent l’antichambre réservée à leur groupe. Ahhotep y était en train de prendre son repas et Daget se joignit à elle volontiers, s’emparant de quelques fruits qu’elle dévora avec de grands bruits et un certain manque de manières. « Alors ? demanda d’une voix chevrotante l’ainée. La pêche était bonne ? Tu ne t’es pas faite repérer Daget ? - Elle fut excellente, commença la fille sublime. Je me suis renseignée auprès de ses voisins les plus jeunes et les plus… sensibles. - Sensibles à tes courbes de sal… - Tss Daget, silence, rabroua la vieille prêtresse. Reprend donc Néféret. - De ce que j’ai appris, après leur premier enfant, ils ont décidé de ne plus procréer et de donner tout l’amour qu’ils peuvent à Maiffa. - Un couple avant-gardiste en somme ? - Peut être juste plus intelligent que la moyenne, intervint Daget. J’ai pu espionner leur conversation, et ils doutaient du jugement de notre déesse. Ce n’est pas quelque chose qui arrive chez les paysans. De plus, même pour des travailleurs de la terre, ils ont l’air d’avoir un excellent physique. Avec ce teint de peau, ce physique et ce genre de mœurs étranges… Je les soupçonnerai bien d’être des Nubiens infiltrés sur nos terres. Et non, je ne me suis pas faite remarquer, comme d’habitude, c’est mon point fort après tout. - La naine n’a pas forcément tort, approuva la seconde enquêtrice. Ca expliquerait pourquoi ils font attention à ne pas avoir d’autres enfants. Le premier serait un accident et ils font désormais très attention pour ne pas compromettre leur mission. » La vieille prêtresse se frotta le menton, pensive, puis acquiesça de la tête. Elle finit par prendre la parole : « Notre déesse vient elle aussi de Nubie, mais le risque reste suffisamment important pour être pris en compte. Allez donc vous coucher. » * * * « Maman, demanda timidement la petite égyptienne pelotonnée contre sa mère. Pourquoi est-ce que l’on a la peau plus sombre que les autres ? - Et bien, mon enfant, c’est parce que l’on travaille toute la journée dehors. - Oui mais les autres paysans ils ne sont pas aussi noirs que nous ! » La mère sourit à sa progéniture en lui caressant les cheveux. « C’est une histoire un peu compliquée, même pour ton père et moi. Quand nous y verrons plus clair nous même, nous t’expliquerons. » La petite fille hocha de la tête et commença à s’endormir. Elle rêva qu’elle parcourait des champs de blés sous l’œil protecteur d’un bœuf à très longues cornes. Maiffa approcha sa petite main du museau de la créature bovine et reçut un coup de langue affectueux sur la main. Elle reprit sa marche et parvint à sortir du champ pour arriver à un village en flamme et en sang. Les cadavres meurtris et démembrés de nombreux humains parsemaient les allées, en désordre et au beau milieu du chaos trônait une lionne, entièrement recouverte de sang. Le gros félin se lécha les babines en observant la petite fille qui prit aussitôt la fuite. Elle courut à en perdre haleine, des larmes de terreur coulant sur ses joues. Elle était à présent dans le désert, cernée par de gros rochers escarpés. Elle tremblait de tous son petit corps, et comme si ça ne suffisait pas, de la brume se levait. Non. Ce n’était pas de la brume. C’était une sorte de fumée opaque venant de certains rochers, comme si elle provenait de l’intérieur, telle une porte qui s’ouvre. L’enfant glapit de terreur en se rendant compte qu’une créature émergeait, et hurla en la voyant. C’était une sorte d’énorme chien, dont le corps ne semblait pas organique, mais en grande partie minérale, semblable à du cristal. Sa tête d’ailleurs n’était qu’une immense gueule sans yeux, fendue à la verticale et non à l’horizontale à l’instar de toutes les bêtes du monde, comme s’il avait été façonné pour décapiter et engloutir la tête de ses proies dans un seul et même mouvement. Maiffa savait que ce monstre pourrait la réduire en bouillie en une seule morsure et tourna immédiatement les talons pour fuir. Les rochers qu’elle effleurait la faisait saigner au simple contact, excitant les sens de prédation de l’immonde créature derrière elle. La bête éructait, d’un son grave avec des connotations sadiques. D’un claquement de mâchoire, elle avait arraché à moitié les vêtements de la petite fille qui fit de son mieux pour ne pas se laisser déstabiliser, mais du haut de ses neuf ans, elle ne put opposer une grande résistance... Elle chuta, s’assommant à moitié sur les rocs. Elle rampa sur le sable, tremblante et se retourna juste à temps pour bloquer une morsure mortelle avec un gros caillou. La créature s’arrêta un instant avec surprise, et donna un grand coup sur le front de la petite avec le rocher. Le choc fut rude, et sa vue se rougit immédiatement à cause du flot de sang qui dégoulina de son front. Le monstrueux canidé expulsa l’objet de sa gueule et émit de nouveau un son qui faisait penser à un ricanement, juste avant de recevoir un gros projectile dans le dos. C’était Apis, l’énorme sphinx, toutes griffes dehors. Avec force feulements et raclements de griffes sur le marbre qui semblait former le corps de la créature, il offrit une diversion à Maiffa qui bascula sur le côté pour pouvoir se relever. Alors qu’elle se relevait, elle put voir le gros matou projeté dans le décor dans un son douloureux d’os brisés ! Elle trébucha de nouveau mais courut auprès de l’énorme félin domestique, tremblante. « Ne reste pas auprès de moi, lui dit le gros chat d’une voix grave et toussoteuse. Fuis ! » La disciple n’avait guère le temps de s’étonner d’avoir un chat qui parle son langage dans son rêve, et reprit sa course. Un dernier coup d’œil en arrière la prévint que le monstre était à présent ralenti par la grande lionne qui se livrait à une lutte intensive avec lui. Alors qu’elle détalait aussi vite que lui permettaient ses courtes jambes, le bœuf intervint à son tour, la propulsant sur son dos d’un petit coup de tête. Sur le dos du grand bovin, elle gagna une vitesse certaine, et elle n’était plus gênée par le terrain traître et dangereux. Mais rapidement, de la fumée s’échappa de certains rochers devant eux, et le chien réapparut de nouveau, blessé, mais ayant visiblement échappé à la lionne pour de nouveau reprendre Maiffa en chasse. Il sortit littéralement du rocher aux multiples angles et renversa la cavalière improvisée qui roula dans la poussière, aveuglée par le sable qui lui emplissait la bouche. Le bœuf s’interposa rapidement, mais le monstre glissa sur le sol pour passer par-dessous la montagne de muscle bovine. Sa gueule s’ouvrir en grand et il profita de son élan pour faire un dernier bond sur la jeune fille qui se recroquevilla, impuissante... Il y eut alors un glapissement et un bruit de rocher que l’on détruisait. Pendant un très long moment, Maiffa n’osa pas bouger. Et constatant que ni sa mort, ni son réveil n’arrivaient, elle s’essuya les yeux pour pouvoir les ouvrir. Bast était là, en train de s’essuyer les mains couvertes de sang et de gravas de la créature dont le cadavre n’était visible nulle part. La déesse était presque humaine, comme la plupart des divinités égyptiennes : un corps entièrement humain et une tête animale, ici, celle d’un chat, avec une fine fourrure noire. Le reste du corps était glabre, de très grande taille, très certainement dans les trois mètres, et d’une couleur très pure allant vers le marbre blanc voir le sélénite. Le bœuf était bouche bée devant la créature le dépassant au-delà de son imagination, et il se prosterna aussitôt. La divinité ne lui accorda même pas un regard et focalisa son attention sur l’enfant qui tremblait de tous ses membres. Maiffa ne pouvait décrypter l’expression qu’elle lui adressait, en partie à cause de sa tête animale. Après un court instant, d’une voix ronronneuse, grave et souveraine, elle lui donna un ordre simple et clair : « Réveilles-toi, mon enfant. » Et elle se réveilla en sursaut, encore tremblante et le corps couvert de sueur. Le soleil se levait à peine, et ses parents s’éveillèrent aussi juste à côté d’elle. Elle découvrit également Apis à ses pieds qui avait émis un miaulement ronchon, visiblement mécontent d’avoir été réveillé aussi brusquement. Le cauchemar vécu par l’enfant était en train de lui laisser une empreinte psychologique et physique, puisqu’une intense migraine lui perçait le crâne. Portant ses mains à ce dernier pour se masser les tempes, la petite fille se leva et commença à se changer pour mettre sa tenue de disciple : il était temps de retourner travailler là-bas ! Les minets devaient avoir faim à cette heure ! Elle fut arrêtée cependant sur le pas de la porte par Apis, qui la manda de sa voix grognonne et grave. Le grand et épais sphinx boîtait et agitait sa patte droite dans sa direction, comme pour lui dire de ralentir car il devait la rattraper. « Oh Apis ! se désola la jeune fille en accourant auprès du matou. Tu es blessé ? Je vais t’amener au temple, on va s’occuper de toi. - Prend le panier ma chérie, tu pourras l’avoir dans ton dos comme ça, lui indiqua sa mère. - Travaille bien en l’honneur de notre déesse. Et passe plus souvent voir ton vieux père. » lui intima le paternel de sa voix douce et fatiguée. Apis ne se fit pas prier et grimpa avec l’aide de Maiffa dans un grand panier que l’on utilisait pour transporter les nourrissons avec soi pendant le travail. Il ne tassa pas au fond du récipient pour dormir cependant, et se dressa pour observer l’extérieur avec une expression concentrée, telle une sentinelle. Le chemin ne fut pas particulièrement long, mais le crâne de la jeune enfant la relançait périodiquement au niveau de la douleur. Elle avait hâte de retrouver la fraicheur du temple et de son bassin, qu’elle espérait suffisante pour apaiser la peine qui l’encombrait et lui nettoyer l’esprit de l’affreux cauchemar qui commençait à la hanter. A son arrivée, elle reçut quelques regards surpris de la part des prêtresses qui la laissèrent tout de même passer. Alors qu’elle s’enfonçait dans les couloirs du temple, elle tomba sur l’un de ses plus importants membres du temple : Pes, celle qui était quotidiennement en armure lourde et que l’on repérait à plusieurs couloirs de distance à cause du bruit qu’elle faisait en marchant. L’imposante prêtresse armée s’approcha d’elle et lui parla d’une voix douce en lui caressant le visage. « Je vais m’occuper de ton ami, vas aux bains. » La petite égyptienne se contenta d’hocher de la tête et se laissa déposséder de son panier dans le dos avec reconnaissance. Apis commençait à lui peser lourd sur les épaules et on pouvait voir les marques des lanières de cuirs inscrites dans sa peau. Apis miaula doucement, comme pour encourager l’enfant à faire confiance à l’ancienne, et il fut emmené dans un couloir sur le côté. Maiffa poursuivit son chemin de son côté et entra dans les salles où les prêtresses se baignaient pour purifier leurs corps. Mais à chaque bassin où elle voulait entrer, il y avait toujours une adulte qui lui barrait la route, avec un doux sourire, pour lui indiquer d’aller un peu plus loin. Un peu incrédule, mais ne pouvant s’opposer à une aînée, elle se résolut peu à peu à aller dans le bain le plus reculé, celui qui était réservé normalement aux plus grandes prêtresses, ainsi qu’aux neuf guerrières divines, mais on ne lui laissait guère le choix. La petite enfant rejoignit la grande et majestueuse alcôve où baignait déjà certaines des élues, en particulier celle qui était petite et la plus belle des neufs. Il y avait ici la crème de la crème de la société de Bubastis : la Légion de Bast. Neuf personnes, que l’on disait choisies par la déesse elle-même, pour la servir elle et ses intérêts. Beaucoup de rumeurs et de légendes circulaient sur ce groupe. On disait que la tranquillité de la ville était assurée par elles seules : la Légion repoussait les voleurs, les pillards, les armées nubiennes et on disait même qu’elle pouvait repousser les monstres. Et elles étaient toujours neuf. Pas plus, pas moins. Quand l’une mourrait ou ne pouvait plus remplir ses fonctions, une autre était choisie. Les quelques femmes se trouvant dans le bassin étaient toutes de la Légion, et Maiffa se sentait quelque peu intimidée. Elle resta immobile, ne sachant que faire et où aller. Mais les membres du groupe très exclusif, avec une expression bienveillante, lui firent signe d’entrer. La petite ôta ses vêtements et se glissa dans le bain, mais la Légion lui indiqua encore d’approcher, de se mêler à elle. La peur et le malaise devenaient tels que son mal de tête revint dans un éclair rouge, la pliant presque en deux. Il lui sembla même, dans son délire, que le bain s’était illuminé et qu’il y avait des formes dans l’eau, comme des hiéroglyphes ou des signes d’un alphabet inconnu. Mais bien entendu, tout cela n’était que son imagination et sa douleur qui lui jouaient des tours... Elle en était persuadée, même si elle commençait à se douter qu’il y avait quelque chose d’étrange et de préparé dans tout cela. Les femmes étaient en train de lui caresser les cheveux et de la frotter avec des linges pour la débarrasser de la crasse accumulée la veille. Mais aussi incroyable que cela puisse paraître, elle semblait aussi être littéralement lavée de la douleur qui lui vrillait le crâne il y a encore peu. L’eau sembla, un court instant, se teinter en rose, mais le temps d’un battement de cil, elle était de nouveau blanche et claire, malgré les quelques grammes de boue s’étant dilués dans le bassin. L’enfant de paysans se sentait déjà plus fraiche et revigorée, le cauchemar qu’elle avait subi semblait déjà bien loin. Et puis… On ne l’avait jamais chouchouté ainsi. Ses parents l’aimaient beaucoup et ne manquaient pas d’affection à son égard, mais dans la situation dans laquelle elle était actuellement plongée, elle avait l’impression de ne plus baigner dans l’eau, mais dans de l’amour liquide, sous sa forme la plus pure. A part Ahhotep, l’aînée et la dirigeante actuelle de la Légion, les autres n’avaient jamais été aussi gentilles avec elle, et même du haut de son très jeune âge, l’enfant comprenait que tout ce qui se passait était préparé d’avance. Mais comment ? Et pourquoi ? Ce n’était qu’une nuit difficile avec des songes pénibles après tout. Et qui les avait mises au courant ? Ses parents s’étaient éveillés avec elle. Qui d’autre aurait pu ? Un espion ? L’un des agents de la Légion ? Ahhotep, la grande prêtresse et cheffe du petit groupe d’élite, l’avait prise en affection peu après le début de son travail au temple. On lui accordait nombre de pouvoirs magiques que personne n’avait jamais vu, mais même avec ce genre de prodiges, rien n’expliquait comment elles avaient pu savoir qu’elle aurait un quelconque besoin. Mais la petite profita de ce moment, et se sentit soignée et remise de ses cauchemars. La douleur avait même disparu ! Elle n’était plus que bien être, envahie d’une chaleur bienfaisante la laissant presque somnolente. Maintenant qu’elle était bien propre, la petite s’extirpa du bain en se confondant en excuses et en remerciements, puis entama sa longue journée de travail. Longue non pas à cause de la quantité d’effort qu’elle devait fournir, mais bien par l’absence d’activité qui lui permettait de trop penser et de s’ennuyer. La horde féline était de retour pour l’accompagner partout où elle allait, mais elle était plus calme et disciplinée que d’habitude. Il y avait toujours un prêtre ou une prêtresse sortant de nulle part pour faire une corvée à sa place, ou pour réduire sa charge de travail et lui prendre le balai des mains. C’était comme si la réalité s’arrangeait pour lui rendre la journée plus facile. Ou bien ils s’étaient tous donné le mot ? Désœuvrée, l’enfant se glissa dans la chambre de la déesse, qui contenait sa statue et ses offrandes en nourriture, et commença à prier. Elle n’espérait pas grand-chose, si ce n’était des réponses aux étranges événements de cette nuit et de ces dernières heures. Les yeux clos, elle perdit la notion du temps, perdue dans son monologue intérieur qu’elle n’osa pas prononcer à voix haute, de peur de ne récolter que le mépris de la divinité au lieu de sa considération. Au bout de ce qui sembla être une éternité, elle rouvrit les yeux et sursauta en poussant un petit cri de terreur. La statue lui souriait ! La déesse Bast, debout, avec sa tête de chat, plongée dans la pénombre, lui souriait ! Elle se frotta vigoureusement les yeux et observa de nouveau l’imposante sculpture qui était au final, comme d’habitude. Cela devait être un effet d’ombre donné par la flamme dansante des torches, conjugué à une secrète espérance. Ou par l’odeur enivrante des fruits et du bœuf rôti refroidi. Difficile à dire. La jeune fille eut un vertige et mit ce mystère sur le compte de son imagination. Elle se releva et rejoignit le grand groupe de chats qui l’attendait à l’extérieur en faisant tous simultanément leur toilette : c’était à leur tour d’aller prier. La petite égyptienne leur maintint la porte ouverte pour qu’ils puissent tous s’y engouffrer et la referma. Il faudrait qu’elle revienne d’ici d’ici vingt petites minutes, mais elle n’avait plus grand-chose à faire. Elle prit donc un peu le soleil, dans la cour intérieure, où deux membres de la Légion étaient en train de s’entraîner. Il s’agissait de la grande guerrière ayant accueilli Maiffa et Apis. Elle s’entraînait avec l’un des poids plumes du clan. C’était l’une des seules dont personne ou presque ne connaissait le nom… ou la tête. On l’appelait la Lépreuse, car malgré les bandages enveloppant une grande partie de son visage et de son corps, on devinait qu’elle avait perdu une partie de son visage, son nez, une oreille… et certains morceaux de cuisses et de chair au niveau de l’abdomen. Pourtant, elle se déplaçait avec une adresse et une souplesse qui ne pouvait être que surnaturelles vu l’état de son corps. Elle se battait à mains nues et enchaînait rapidement les coups de poings à la tête et au corps de l’athlète lui faisant face. Pes, quant à elle, était tout aussi dénuée d’armes sans pour autant être diminuée. Ses mouvements étaient plus amples et plus larges, plus patauds, mais aussi nettement plus puissants. Elle se prenait certes une avalanche de coups, mais quand elle réussit enfin à placer l’un des siens, la malade vola en arrière sur cinq bons mètres, tombant violemment sur les pavés. Pes, avec une expression des plus féroces, cracha du sang sur le côté et poursuivit son assaut. Elle tenta d’écraser son adversaire avec son pied, ayant pour seul résultat de permettre à son adversaire de s’accrocher à sa jambe, adversaire qui la renversa, et commença à tordre sa extrémité. La grande et forte femme, malgré sa carrure et sa force, n’avait plus qu’à abandonner pour ne pas se faire briser la cheville. Son adversaire relâcha sa jambe en soufflant un grand coup, peut-être pour chasser les effets de l’adrénaline, tout en adressant un regard insondable au témoin de la bataille. Elle s’empara de sa large cape dont elle s’enveloppa pour dissimuler sa personne et se retira de la pièce, laissant son adversaire boitiller jusqu’à un banc de pierre où elle geignit gravement en s’y laissant tomber. Maiffa se précipita à son secours et la soutint autant que lui permit son petit corps. La géante lui adressa un sourire un brin moqueur et se prêta au jeu, faisant semblant de s’appuyer sur l’Apprentie, qui en rougit de honte, se rendant compte de sa bêtise. Elle partit cependant quérir quelques baumes pour apaiser la douleur de la perdante. Une fois le remède appliqué, Maiffa resta auprès de la combattante, embarrassée. « Tu restes avec moi pour me réconforter ? » demanda la combattante avec légèreté, alors que la petite évita son regard en hochant tout de même de la tête. « C’est un honneur pour moi que de combattre ma coéquipière et d’en retirer quelque chose par la défaite. On a tous quelque chose à apprendre, et il ne faut jamais se croire au sommet, expliqua Pes d’une voix de plus en plus ardente. Si je veux devenir de plus en plus forte pour protéger Bubastis et notre déesse, je dois accepter d’être battue pour apprendre et être meilleure dans ce que je fais de mieux. » Elle s’apaisa un instant et frotta les cheveux de la petite qui semblait très impressionnée par le discours de la vétérane. Maiffa osa alors une question d’une toute petite voix : « C’est vrai que vous avez participé à plus de mille batailles contre la Nubie ? - Ha ! ricana la géante en donnant une tape dans le dos de l’enfant qui manqua de la faire plonger en avant. Mille est un chiffre exagéré. Même si elle paraît crédible à cause de la rivalité que se livre les deux royaumes depuis des siècles. Je les ai combattus longtemps, pendant des années, et j’ai bien failli mourir une fois. C’était lors de ma dernière bataille, je me suis retrouvée seule face à plus de vingt adversaires, et la Lépreuse était d’ailleurs dans le camp d’en face. - Elle est nubienne ? s’exclama Maiffa qui ouvrit grand la bouche comme pour boire les paroles de la guerrière. - Oui, mais ne t’y trompe pas, aujourd’hui, elle est bien dans notre camp. Elle était à cette époque dans un bien meilleur état. On raconte qu’elle a décidé de parcourir les champs de batailles juste pour le plaisir de tuer des soldats égyptiens… - Si elle est si sanguinaire, pourquoi l’avoir acceptée parmi vous ? coupa la petite égyptienne qui trépignait sur son siège sous le regard nostalgique de Pes. - Tout n’est pas si simple petite, reprit patiemment la guerrière. La Lépreuse est née, en quelque sorte, après que l’armée égyptienne ait envoyé dans son pays une grande partie de sa population touchée par une épidémie. Une façon comme une autre de pousser à bout une nation et d’en faire un exemple. Dans nombre de villages, diverses maladies ont été répandues et la Lépreuse a certainement tout perdu à ce moment-là, mais elle s’est débrouillée pour survivre et devenir plus forte. Même avec la maladie qui la ronge, elle a massacré nombre d’égyptiens, et quand nous nous sommes rencontrés pour la première fois, nous nous étions livré un combat sans merci, uniquement pour tomber toutes les deux au final. Nous avons été recrutés à ce moment-là par Bast, notre déesse. Le combat que mène notre déesse, et que nous mènerons donc à ses côtés le moment venu, dépasse l’Egypte et ce stupide conflit qui dure bien trop longtemps. Bon, allons voir comment va ton ami. » La petite accepta et suivit à petits pas la grande guerrière jusqu’à la salle réservée aux réunions de la Légion. Ahhotep s’y trouvait, endormie sur sa chaise, le grand sphinx reposant sur ses genoux, les yeux mi-clos, prenant sa demi-journée de repos, comme tout félin qui se respectait. En les voyant arriver, la vieille dame porta un doigt à ses lèvres pour leur intimer le silence et leur fait signe de s’assoir. Le gros minet paraissait en bien meilleure santé, sa respiration était régulière et il était en train de rouler pour se mettre sur le dos. Maiffa en profita pour lui prodiguer bien des caresses sous le regard attendri des deux femmes. Les jours suivants, la petite apprentie retrouva peu à peu sa charge de travail habituelle, mais pas aux mêmes postes. Elle travaillait désormais au service de la Légion à plein temps. Et à elles neuf, il y avait bien des soins à apporter. Au matin, juste après avoir nourri les félins du temple, il fallait aider la Lépreuse à changer ses bandages, puis participer à l’entretien de l’armurerie : nettoyer les pièces d’armures, les lourds boucliers de Pès, aiguiser ou fabriquer de nouvelles flèches de la mystérieuse et silencieuse Ipi, affuter les lames de Daget… Et bien entendu, le plus gros du travail : accompagner Ahhotep dans ses derniers jours pour la soutenir dans les rituels quotidiens régissant la vie au temple. C’était difficile, mais la petite égyptienne pouvait compter sur la bienveillance des membres de la Légion, en particulier Néféret qui semblait prendre un grand plaisir à la pomponner. Même la Lépreuse semblait la considérer avec une sorte de bienveillance dissimulée au plus profond de son âme, bien cachée derrière les bandages. Quelques mois passèrent ainsi, sans que rien ne trouble la cité et ses habitants… Jusqu’à une nuit, alors que le Nil était en décrue. Maiffa était en train d’observer le ciel étoilé, seule. La journée avait été avare en événements et en corvées, laissant la jeune fille désœuvrée la plupart du temps. Elle n’était donc pas très fatiguée, et comme on distinguait très bien les étoiles dans le ciel d’encre, elle se régala de leur vue. Quelle ne fut donc pas sa surprise quand elle remarqua que l’une des étoiles dans l’immensité noire était devenue violette, puis orange et tout le reste des couleurs de l’arc en ciel ! La lumière aux couleurs changeantes grossit petit à petit, et se transforma en une grosse étoile filante. Bien trop grosse même, la trainée semblait immense et tomba au milieu des champs vides… sans que cela ne fasse le moindre bruit, cependant. Voyant ce prodige, la petite ne put s’empêcher, par pure curiosité, de rejoindre le lieu de la chute de l’objet céleste. Au milieu des champs, elle ne pouvait prendre de torche, mais la chose luisait de toutes les couleurs, permettant à l’enfant de se rapprocher de sa cible sans peine, dans un silence épais Même les rongeurs nocturnes semblaient s’être tus et se tenaient tranquilles dans leur trou. Maiffa trembla soudainement de terreur. Il y avait quelque chose de terriblement dangereux dans les parages. Elle le sentait. Une présence écrasante se rapprochait… à moins que ce ne soit elle qui se rapprochait de lui ? Maiffa déglutit mais reprit son avancée. La lumière luisait de plus en plus, devenant aveuglante par moments. Et finalement, elle arriva sur le lieu du impact et hoqueta de surprise. Il y avait un chat des plus particulier pris dans un filet rayonnant d’une couleur verte franchement malsaine. Le félin ne donnait pas l’impression d’avoir des poils ou même de la chair, il semblait plutôt être composé d’une matière lisse et dure. Son corps passait par toutes les couleurs de façon anarchique et illuminait les alentours. La créature possédait la taille d’un chat ordinaire, mais n’avait qu’un seul œil au milieu de son front et se débattait comme un dément dans son entrave. Son rugissement était cristallin, presque mélodieux. « Oh non ! Par la déesse ! » s’écria la jeune égyptienne qui accourut aussitôt auprès de l’étrange animal qui essaya aussitôt de la griffer par réflexe. Maiffa apaisa l’animal comme elle le put, lui parlant d’une voix douce, tentant de le rassurer sur ses intentions. Bien que le chat semblait avoir compris et ne tentait plus de griffer la petite fille, il continuait de se débattre dans ses liens comme un dément. L’apprentie hocha la tête et se pencha vers le filet pour le défaire, mais au moment où elle le toucha, son corps fut vrillé par une douleur abominable. L’enfant pensait connaître la douleur, mais elle se trompait... La souffrance était telle que tous ses muscles se crispèrent, la rendant incapable de crier, de bouger ou même de lâcher ce satané filet. Dans un effort incommensurable de volonté, elle parvint à ordonner à ses doigts de se tendre de nouveau pour ne plus être en contact avec l’objet nocif. Elle s’effondra alors au sol et se recroquevilla avec de petits soubresauts, en gémissant. Le chat miaula de nouveau et Maiffa comprit qu’il s’agissait de cris de douleur. « On l’a eu ! » hurla une grosse voix masculine et inconnue au loin, suivie par des hurlements victorieux. La petite leva aussitôt la tête, une expression horrifiée sur son visage. Elle regarda successivement l’étrange félin, puis la direction d’où venaient les voix. Avec le corps lumineux du chat chromatique, elle n’avait pas vu la lueur lointaine des torches qui se rapprochaient petit à petit. Elle n’osait imaginer qui était ces hommes et ce qu’ils voulaient, mais elle ne pouvait pas abandonner l’animal pour qu’il lui arrive elle ne savait quoi. Elle pleura à grand sanglots en se rendant compte de ce qu’elle allait devoir faire, mais elle n’avait pas le choix. En tremblant, elle se remit en position près du filet duquel une terrible couleur verdâtre continuait d’émaner. La première tentative fut désastreuse, elle avait à peine effleuré la matière inconnue de l’objet entravant que la souffrance la fit immédiatement rouler sur le côté en criant presque. On pouvait à présent presque entendre la multitude de bruits de pas se rapprochant à grande vitesse. Elle allait devoir faire une dernière tentative… Cette fois-ci, elle n’y alla pas doucement. Elle attrapa le filet à pleine mains, et la douleur frappa chaque fibre de son être, rougissant immédiatement sa vision. Comme attendu, ses muscles se raidirent et pour soulever ce filet, elle devait juste plier ses bras, cependant cela était extrêmement difficile pour elle. Mais elle devait le faire ! Ce qui fonctionna de nouveau en premier, ce fut sa mâchoire où elle hurla à la fois sa douleur et l’effort qui lui était nécessaire pour accomplir ce qui lui semblait être un exploit. Et enfin, ses genoux et ses bras se plièrent, lui permettant de soulever de quelques centimètres le terrible filet. Elle entendit des cris de rage et des projectiles tomber près d’elle. Le chat miaula de nouveau comme un supplicié. Dans un dernier geste désespéré, Maiffa projeta le filet en l’air et elle ressentit aussitôt une masse lisse la plaquer au sol. Malgré les étoiles qui dansaient dans ses yeux, elle pouvait voir que l’animal l’avait écarté de la trajectoire d’un projectile mortel. Il semblait également avoir perdu connaissance, la fin de la douleur sans doute. Elle prit le minet dans ses bras et se redressa avec difficulté : l’animal était beaucoup plus lourd que prévu ! Les bandits n’étaient plus qu’à quelques mètres de la petite et celle-ci pouvait à présent bien les distinguer : ils étaient tous en armure de cuir et la plupart avait la peau noire comme la nuit. Ils avaient tous un lourd cimeterre à la ceinture, mais la majorité d’entre eux s’étaient équipés d’arcs et de flèches. Leur odeur musquée flottait jusqu’aux narines de la jeune fille et la prit à la gorge. Deux des grands hommes musclés étaient déjà sur elle et ils tendaient leurs mains vers elle pour l’attraper. Ils s’arrêtèrent soudainement quand une horde féline se jeta sur eux ! La marée de chair et de poil enveloppa les deux individus qui s’effondrèrent en hurlant. Les félins étaient déchainés et n’hésitaient à sauter sur les envahisseurs pour essayer de leur crever les yeux. « Visez l’enfant, hurla le chef. On prend ce que l’on est venu chercher et on décampe de cet endroit maudit ! » Ils décochèrent leurs flèches alors que les chats sautaient en l’air pour faire barrage de leur corps, les individus touchés s’effondrant inertes. Un miaulement autoritaire arracha la petite de sa contemplation : c’était Apis. Il bousculait l’humaine pour l’encourager à courir dès maintenant en lui désignant le temple de son museau. Maiffa se mit enfin à courir, même si abandonner ses amis lui déchirait le cœur, elle ne pouvait rien faire contre le groupe de brigands. A l’édifice religieux, on avait allumé les grands braséros et on était en train de sonner les grands cors d’alertes. Bubastis avait repéré les intrus et préparait ses défenses. Autrement dit, la Légion allait entrer en scène. Mais pour l’instant, Maiffa se trouvait encore dans les terrains arables à l’extérieur de la cité, et elle était à découvert. Trop gênés par les gardes du corps improvisés, les ruffians renoncèrent à lui tirer sur la fille. Les guerriers avaient dégainé leur cimeterre et se frayèrent littéralement un chemin de sang pour amorcer la poursuite. Malgré le concert d’agonie, Maiffa préféra ne pas se retourner, de peur de perdre de la vitesse. Apis ouvrait la voie, regardant derrière lui à intervalles réguliers pour vérifier si l’enfant arrivait à suivre. Et l’apprentie faisait de son mieux, mais entre le peu de temps pour se remettre de la terrible épreuve du filet et le poids de son fardeau, elle n’était guère rapide. Heureusement pour elle, des lions surgissant de nulle part se joignirent à la mêlée, grondant de rage et ivres de vengeance, ils opposèrent une résistance beaucoup plus élevée que les simples matous qui gisaient au sol, sans vie. Le chaos galopait derrière l’enfant, la bataille faisait rage, mais étrangement cela ne semblait pas gêner certains des brigands. Le temps était sec, mais le brouillard s’était levé d’un coup, en un instant, de façon inexplicable. Et l’enfant n’avait d’autres choix que de continuer à courir, encore et toujours, le souffle toujours plus court, mais pour survivre, elle ne devait en aucun cas s’arrêter. Apis miaula et la petite apprentie ralentit. On commençait à s’approcher de la ville et on commençait à distinguer quelques maisons dans la purée de pois. Maiffa ne savait pas pourquoi elle suivait Apis comme s’il était le guide idéal, mais son instinct et son désespoir l’y poussaient. Elle s’engouffra dans les allées, marchant lentement. Son guide félin s’arrêtait très régulièrement, humant l’air et regardant fixement certains murs… ou plutôt certaines ruelles des plus étriquées. « La voilà, la petite trainée ! » pesta l’un des hommes qui avait réussi à s’échapper de la mêlée pour la poursuivre. Il se jeta sur elle à une vitesse hallucinante, les bras tendus en avant, les mains prêtes à se refermer sur son cou. Ces mêmes mains se détachèrent soudainement du reste du corps du bandit qui s’immobilisa un instant de stupeur avant que la douleur le fasse hurler et rouler à terre. Apis feula et Maiffa se détacha de cet horrible spectacle pour courir dans les allées. La prudence ne pouvait plus être de mise, mais le temple était maintenant à proximité :on pouvait même voir les torches. Un autre homme armé des pieds à la tête barra cependant le chemin des deux fuyards. La petite se baissa juste à temps pour esquiver la lame mortelle. L’instant d’après, une flèche lui traversa la gorge du brigand qui tomba à genoux, mort sur le coup. Une silhouette apparut sur le toit du temple, et Maiffa comprit qu’il s’agissait d’Ipi. L’archère avait pris position et allait couvrir la petite grâce à ses projectiles. L’enfant reprit sa course, Apis à ses côtés. Le gros chat étrange était toujours inconscient, ignorant les horreurs qui déferlaient autour de lui. L’apprentie avait rejoint l’entrée à présent et l’espoir se rallumait dans son cœur. Ses jambes et ses bras faisaient mal sous l’effort, et malgré l’adrénaline, elle tremblait et pleurait à grands bruits. En franchissant les portes, elle sursauta quand elle ressentit les nombreux bras qui l’étreignirent d’un coup et hurla alors que les prêtresses et plusieurs membres de la Légion essayaient de l’apaiser. Ahhotep essayait de parler à l’enfant, mais celle-ci l’entendait à peine. Maintenant qu’elle était en sécurité, toute sa terreur était en train de refaire surface et lui emprisonner le cœur. Complètement prostrée, elle refusa même de lâcher le chat, bien qu’on le lui demandât avec douceur. Pès et Néféret sortirent, certainement pour contenir les bandits à l’extérieur. Ce fut la Lépreuse qui arriva à sortir l’enfant de sa prison mentale par une forte gifle qui retentit dans tout le hall. De ses mains bandées, elle avança son visage mutilé vers celui de la petite fille et plongea son regard dans le sien. « Ecoute-moi bien l’apprentie, commença-t-elle d’une voix si cassée qu’on pourrait penser que sa gorge était vide de tout organe. Ce sont des Tindalosiens qui nous attaquent. Regarde l’intérieur du temple. » La petite leva les yeux, et s’aperçut avec surprise que les angles des murs crachaient de la fumée. « Mais… j’ ai rêvé de quelque chose comme ça… - Ce n’était pas qu’un simple rêve mon enfant, intervint la malade. Je n’ai cependant pas le temps de t’expliquer, tu dois vite te réfugier auprès de notre déesse, dans sa chambre. Elle te protégera. » L’être décrépi dégaina sa dague pour bloquer la lame de l’un de ces fameux Tindalosiens avant qu’il ne la décapite. Il y eut un raclement de métal et la Lépreuse mit la petite en sécurité en l’envoyant valser à travers la salle. Maiffa atterrit douloureusement sur le dos, mais elle ne lâcha pas son fardeau pour autant. En entrouvrant les yeux, elle put apercevoir, le temps d’un clin d’œil, que c’était bien des hommes, qu’il s’agissait bien de gens noirs, mais toute logique semblait s’arrêter là. A la lumière des torches, ils semblaient bel et bien ne pas être constitués de chair, mais de minéraux, avec des corps et des visages anguleux. Leurs yeux étaient de véritables billes de verre sans iris, pupilles et paupières, éternellement ouverts et flamboyant au fil des danses lumineuses des torches. Ils n’étaient que trois pour l’instant mais cela semblait déjà énorme. En quelques instants de combat, rien qu’à leur façon de parer les coups face à plusieurs adversaires, et ce dans toutes les directions, elle comprenait qu’ils avaient une compréhension de l’espace allant au-delà des êtres humains. Ses instincts les plus primaires remontèrent en surface et d’un mouvement souple et agile, elle se remit sur ses pieds. Maiffa reprit sa course, toujours avec le félin venant d’ailleurs. A présent découverts, les étranges personnages abandonnaient toute mascarade, s’exprimant dans un langage inconnu, très certainement imprononçable par des cordes vocales faites de chair. Elle traversa les couloirs alors qu’à chaque angle de la fumée apparaissait, indiquant le danger et une mort imminente. Elle finit par arriver dans la salle dédiée à la déesse. A l’intérieur il y avait un autre de ces fameux Tindalosiens. Il était comme les autres, à part qu’il avait entre les mains un poignard ensanglanté et un arc dégoulinant du même fluide vital. « La Légion de Bast… soupira l’humanoïde d’une voix d’outre-tombe. Je m’attendais à mieux, en particulier de la part d’une femelle pouvant tuer un mâle de son espèce dans la nuit, au-delà de ce que sa vision lui permettrait de discerner. » La jeune fille n’en écouta pas plus, elle tourna les talons et détala dans l’autre sens. Mais à peine avait-elle gagné le couloir que le monstre était réapparu devant elle et l’attrapa par la gorge. Sous le choc, elle lâcha enfin l’animal qu’elle protégeait entre ses petits bras. Elle eut à peine le temps de pousser un petit cri qu’elle ressentit un objet tiède et dur la transpercer de part en part. Son début de cri mourut de sa gorge sous le choc et son souffle se bloqua. La réplique d’humain la souleva pour la regarder de plus près, comme s’il était en train d’expérimenter et d’observer un phénomène passionnant, mais son visage inexpressif et rigide n’indiquait aucunement sa motivation. « Cela devait être ainsi, personne ne doit survivre une fois que l’on nous a aperçu dans les Contrées Oniriques. Personne ne doit être témoin de la forme hideuse que nous avons là-bas. Et maintenant adieu, misérable larve humaine. » Il la laissa tomber à terre, s’empara du chat et entra littéralement dans l’angle du couloir, comme s’il traversait une simple porte. Maiffa sentit ses forces la quitter, elle n’avait même plus mal. Elle voulait juste dormir et quitter ce cauchemar… Tout était sombre et froid, pendant un temps qui lui parut interminable. Et elle s’éveilla soudainement au beau milieu d’une terrasse meublée pour un banquet, au sein d’un temple qui lui était inconnu. L’endroit était délimité par de grandes colonnes sans pour autant soutenir un éventuel plafond. Mais la jeune fille doutait que l’architecture n’avait qu’une utilité artistique. Une seule entrée caractérisée par un mur de marbre blanc et une porte se trouvait en face d’elle. Elle était couverte d’un grand drap de lin blanc immaculé, tout comme les innombrables chats tout autour d’elle. Pès lui avait déjà parlé une fois d’une situation qui était similaire, mais avec les hommes. Après une bataille, elle avait été grièvement blessée et s’était-elle retrouvée dans une configuration semblable. Cependant, entre la situation actuelle et celle décrite par le vétéran de guerre, il y avait une différence majeure : Pès lui avait conté une situation terrible et horrible, un véritable charnier avec d’affreux spectacles sanguinolents, pour ne pas dire un charnier où la gangrène avait précipité nombres d’amputations. Ici tout était propre, on se serait plutôt cru dans un campement à la belle étoile, si ce n’était le fait qu’il faisait plein soleil. Apis sauta à ses côtés dans un bruit mou et se frotta immédiatement contre elle. « Par Bast, merci, tu t’es éveillée… Tu es donc encore vivante, ronronna-t-il de sa voix grave. - Apis, je ne comprends pas, pleurnicha l’enfant qui prit l’animal dans ses bras. J’ai l’impression d’être encore à Bubastis, mais sans y être, et… et tous ces chats qui ne bougent plus… Je… - Chut, chut… calme-toi, tenta d’apaiser le gros sphinx en léchouillant la joue de l’égyptienne. » Mais l’apprentie était loin de pouvoir se calmer. Elle venait de se rendre compte que certains des chats avaient disparu de dessous les draps et n’étaient visibles nulle part. « Ceux qui disparaissent d’ici sont juste partis pour l’autre monde, expliqua avec tact le félin dénué de toute fourrure. - Ils sont morts ? demanda l’enfant qui commença à trembler. - Oui. Mais garde le silence, La voilà. » Les sens accrus du félin lui avaient permis de ressentir la présence de l’Entité dont les contours commençaient à se dessiner dans l’entrée. Lorsqu’elle se montra dans la lumière, Maiffa la reconnut immédiatement : c’était Bast elle-même, avec sa peau blanche nacrée, son corps entièrement nu et sa tête de chat aux expressions insondables. Elle portait dans ses bras un squelette qui avait des bandelettes ensanglantées sur lui. Maiffa plaqua ses mains contre sa bouche, horrifiée, reconnaissant sans peine la Lépreuse. Mais le pire, c’était les sons qui s’échappaient du crâne à la mâchoire ouverte : on aurait dit qu’il essayait de prononcer des mots, et ne parvenait qu’à produire une cacophonie. Au grand déplaisir et dégoût de la jeune fille, la déesse déposa les restes auprès d’elle et la petite fille recula vivement. Le crâne se tourna dans sa direction et Maiffa recula un peu plus avant de rester prostrée au bord de la table. « Laissssssez-moiii… mourriiiirrrr… implora le tas d’os d’une terrible voix triste et traînante. Pitiiiééééé … » La déesse ne répondit pas à la supplique de sa protégée et se tourna vers la jeune fille, son expression toujours aussi indescriptible. Elle adopta une voix qui se voulait douce, mais qui comportait tout de même une dureté et une autorité naturelle : « Maiffa, mon enfant, je sais que tu as de nombreuses questions, mais je dois t’expliquer la situation. Ecoute-moi donc, et ensuite, seulement ensuite, tu pourras me poser autant de questions que tu veux. » Bast s’assit sur la table, auprès de la jeune fille et de la Lépreuse qui gémissait d’affliction. « Les individus que tu as aperçu dans le temple étaient des Tindalosiens, des êtres venant d’une autre dimension. Ils se sont fait passer pour des humains grâce à leurs pouvoirs, ont engagé une troupe de bandits nubiens et à l’aide de leurs facultés, ont amené leur groupe jusqu’ici. Ils ont ensuite appelé un chat de saturne pour l’enlever et effectuer des expériences. Vois-tu, les Tindalosiens peuvent traverser les espaces et les dimensions, mais ils ne peuvent traverser le vide stellaire - Le vide stellaire ? interrompit Maiffa qui avait du mal à suivre. - C’est un lieu immense bien au-delà du ciel, mais laisse-moi finir, s’impatienta la déesse. Moi et la Légion les suspections de travailler pour le Chaos Rampant, et il semble que nous ayons raison. Leur manœuvre était bien d’attirer quelqu’un pour réduire le nombre de leurs adversaires, mais c’est toi qui est arrivée, et tu as même pu sauver l’un de mes enfants dans un premier temps. Hélas… ils se sont rapidement rendu compte que la Légion actuelle n’était pas de taille face à eux… et… » La déesse se tut. Elle pouvait dissimuler ses émotions grâce à ses facultés naturellement surhumaines et sa tête de félidé, son arrêt soudain était beaucoup plus éloquent pour l’enfant qui ferma les yeux pour laisser ses larmes couler. « Même… Même Pès ? - Les Tindalosiens ont utilisé une technologie inspirée des shagaïens pour neutraliser chacune d’entre elles avant de les exécuter. Une seule a résisté naturellement à cette stratégie, mais seule contre une troupe de bandits et quatre Tindalosiens, elle n’avait aucune chance, comme nous pouvons tristement le constater. Apis a également survécu en fuyant le combat… et tant mieux, car deux professeurs ne seront pas de trop pour ta formation. - Nonnnnn… Mou.. rriiiiir… tueez moiii… - Je… Ma formation ? Mais… je… - Oui Maiffa, je sais, je devrai attendre que tu sois plus âgée, plus sage, un minimum instruite à autre chose qu’au meurtre et à la guerre contre des forces qui dépassent ta race en tous points. Mais j’ai besoin d’une Légion opérationnelle… et tu es la seule qui me reste. - Vous n’avez pas d’autres… - Non, tu es la dernière que j’ai choisie, coupa abruptement Bast. Il n’y a et n’aura personne d’autre pour l’instant, notre priorité est de gérer la crise actuelle. » Le ton était sans équivoque, mais Maiffa n’osa plus poser de question pour savoir pourquoi elle et pas quelqu’un de plus vieux et plus capable. Elle ressentit quelque chose de froid et pointu sur son bras et sursauta. La Lépreuse avait réussi à bouger suffisamment pour lui agripper le bras et relancer ses suppliques. « Il suffit, réprimanda la déesse féline d’une voix forte. La Légion d’aujourd’hui a échoué non pas à cause d’un manque d’information, mais un manque d’expérience. Vous n’aviez jamais affronté les forces des Dieux Extérieurs. Avec votre savoir et l’expérience que gagnera cette apprentie, cela pourrait sauver la race humaine. » Apis baissa la tête tristement. Maiffa ressentit soudain au fond de son cœur un élan de courage qu’elle n’avait pas encore connu depuis qu’elle avait décidé de sauver le chat de Saturne. Elle se leva d’un coup, et bien que cela était insuffisant pour dominer de sa petite taille une déesse de trois mètres assise, elle parla aussi fort qu’elle le pouvait malgré le chagrin qui la dévorait. « Apis sera suffisant, il a toute ma confiance. » Bast fronça du museau, ce qui fit immédiatement déglutir la petite. « Apis ne peut t’apprendre à te battre, à moins que je te fasse muter en chatte humaine, petite idiote. - Je ne peux pas obliger quelqu’un à souffrir autant, tenta de répliquer l’enfant aussi courageusement que possible. - Elle ne peut pas souffrir, elle n’a plus de nerfs, c’est son mental qui est en état de choc, expliqua doctement la divine créature qui retroussait ses babines de colère. - Et comment pourrait-elle s’en remettre un jour, même dans plusieurs siècles, alors qu’elle est dans cette état ? » Bast sembla s’empêcher de feuler in extremis, mais ferma les yeux en serrant ses poings tremblants. Après un long moment, la déesse soupira. « Ta bonté… peut être une terrible faiblesse, Maiffa. Sans les connaissances de Menhouai, tu pourrais bien ne pas atteindre tes dix ans. Tu n’es pas morte, le Tindalosien qui t’a blessé le sait et le ressent au plus profond de son être. Tu as toujours en toi la connaissance de ce qu’il est réellement : un chien monstrueux à peine digne de l’apparence qu’il aime prendre dans la réalité. Et il reviendra te chercher dès qu’il en aura le temps libre. Tu es toujours dans le coma… enfin, tu es toujours endormie. Il n’hésitera pas à s’en prendre à ton corps inerte pour augmenter ses chances. » Le regard de la divinité vacilla un court instant et elle caressa la tête de l’enfant qui saisit la main de la divinité dans les siennes. Bast termina alors son explication d’une voix plus calme : « Je ne prendrai pas le risque de m’attacher à toi comme je l’ai fait pour tes prédécesseurs, si tu ne fais pas les choix qui te permettront de survivre à coup sûr. C’est déjà trop pour moi. » Ce fut au tour de la petite fille de fermer les yeux, mais sa réflexion fut beaucoup plus courte. D’une voix tremblante, mais décidée, elle annonça sa décision : « Je veux que Menhouai soit en paix. - Alors qu’il en soit ainsi. » lâcha avec amertume la déesse qui se releva. Maiffa se pencha vers les restes remuants de l’ancienne lépreuse, et lui serra ses métacarpes. « Merrciiiii… » Bast posa sa main à son tour, mais sur le crâne de la morte-vivante. Un instant plus tard, Menhouai, que l’on avait appelé la Lépreuse une grande partie de sa vie, était en paix, ses os se détachant pour ne plus être que des restes ordinaires. « J’espère que tu sais ce que tu fais, car tu le feras seule à présent. » Et sur ces derniers mots, la déesse prit congé des deux derniers membres de sa Légion.
  8. MaiffaInes

    Charmed

    Je confirme ce que dise les autres, puisque tu as décidé de ne pas m'écouter depuis la dernière fois : Si tu veux faire un article de blog, il serait plus correct d'y apporter beaucoup plus de travail. Va t'inspirer de ce que j'ai fait sur Hitman pour parler de l'univers de la série dans sa globalité. Et si tu veux faire de la discussion, utilise plutôt le forum.
  9. MaiffaInes

    The 7th Circle [Aperçu]

    Pour une fois, mes chers camarades, je vous offre un aperçu et non une critique. Pourquoi ? Et bien parce que le jeu d’aujourd’hui, je peux en parler en ayant fait une partie d’une demi-heure, sans rien pouvoir ajouter derrière. Comme je ne peux cependant être sûre de moi sans être malhonnête, ce sera donc un aperçu et non une critique, comme j’en ai pourtant l’habitude. The 7th Circle commence par ce qui semble être un suicide, et nous voilà enfermé dans un étrange donjon aux couloirs étroits, dégueulasse et suintant de sang. L’œuvre est un dongeon-crawler fauché, mais pas dénué d’intérêt. A vrai dire, vous avez accès à tout le contenu du jeu en quelques minutes. Aucunes informations ne vous est dissimulé lors de la création de votre personnage et il ne faut pas hésiter à visiter chaque menu pour découvrir et décrypter les possibilités que l’on nous offre. Et bon sang, il y en a. L’expérience se veut classique, et là-dessus, je veux bien accorder que l’on se rapproche de beaucoup d’un jeu de rôle papier. Il est encore difficile de dire si un jeu de rôle sur table peut vraiment être transposé en jeu vidéo sans que l’on ne tombe dans le porte-monstre-trésor, mais hélas, dans ce jeu, c’est le cas, même si le but est plus de s’échapper que d’accumuler des richesses. Normalement, si vous avez deux sous de logiques, vous confectionnerez votre héros pour qu’il ait des points forts et inévitablement alors, des points faibles. En utilisant astucieusement vos qualités, vous aurez donc un tas de barda inutile dans votre inventaire. En effet, à quoi vous servirait des armes contendantes si vous vous spécialisez dans les lames ? Et bien le jeu y répond : rien ne se perd dans le 7eme Cercle (oui je renomme le jeu en français si je le veux). Vos objets en trop peuvent être détruits pour en récupérer des composants. Ces composants vous serviront à fabriquer des objets ou à améliorer ceux que vous avez déjà. Il y a de la magie et oulala, que c’est complet. Réparti dans les étages, vous trouverez des feuilles de papiers vous donnant des mots de quatre lettres. Chacun de ses mots est un sortilège, mais pas de panique, vous n’aurez rien à mémoriser, vous aurez en permanence votre livre de sortilège disponible, même si les développeurs ont décidé tout de même d’obliger le joueur à taper presqu’à chaque fois le mot magique qui lui permettra d’avoir l’effet voulu. Enfin, dernier bon point pour le jeu, c’est son univers. Le 7eme cercle est une référence aux Neuf Cercles de l’enfer, et le septième correspond au cercle où sont envoyés les violents. Ceux qui le sont envers les autres, mais aussi bien entendu, pour ceux qui se suicident, comme on a pu le voir dans l’introduction. Et il se peut bien que l’on soit en enfer donc, l’ambiance suinte de crasse, de sang et de douleur. Les ennemis qui vous attaquent ne semblent sortir que de l’imagination débridé d’un Clive Barker en pleine forme et en pleine période Hellraiser. Cependant, j’en ai déjà fini avec les bons points du jeu… Déjà, le plus gros point noir de ce jeu, c’est sa technique. Jamais je n’ai vu un jeu bas de gamme (dans le sens moyens et budgets mise en œuvre à notre époque) qui peine autant à fonctionner sur mon ordinateur, et j’ai une machine fait pour jouer à des jeux-vidéos ! Il y a des ralentissements à causes des FX lancés pour illustrer l’attaque d’un ennemi… donc quasiment à chaque couloir. Et les combats… C’est d’un foutoir ! Alors que l’on affronte toujours les monstres en 1v1 ! Il est difficile de dire comment tout fonctionne, car même avec des statistiques qui nous avantages, notamment en vitesse, on peut assister à des choses bien étranges, comme les ennemis qui enchaînent 8 attaques ( !! ), vous qui enchaînez 8 actions. Vous pouvez réussir vos attaques ou les échouez sans comprendre si c’est à cause de la défense de l’ennemi, de son esquive ou juste si vous avez échoué votre action. Et enfin, la musique aurait gagné à être autre chose que synthétique, car le métal, déjà ce n’est pas ma tasse de thé, mais de plus, ça casse un peu les oreilles et ce n’est pas le plus indiqué pour des affrontements au tour par tour. Au final, peut-on conseiller ce jeu ? Et bien, si vous aimez les RPG exigeants, à l’atmosphère horrifique dans lequel vous allez forcément mourir pour mieux recommencer (oui, y’a des éléments de rogue like) alors allez-y, surtout si vous ne craignez pas les problèmes techniques. Pour le reste, attendez plutôt que son prix soit inférieur à 3-4 €
  10. MaiffaInes

    Recherche d'un Titre de Jeu

    Delta Force ?
  11. MaiffaInes

    Buffy Contre Les Vampires

    Pour répondre à ta question, mes personnages préférés étaient WIllow et Gilles. Et comme tu es l'auteur du post Demone, tu devrais pouvoir corriger ton post justement.
  12. MaiffaInes

    Buffy Contre Les Vampires

    Ben en fait, sur un forum, tu auras pas le nombre de vu car ce n'est pas le but, c'est d'avoir une discussion avec les gens.
  13. MaiffaInes

    Buffy Contre Les Vampires

    Ben regarde la mise en page, y'a des retour à la ligne à chaque phrase on dirait.
  14. MaiffaInes

    Buffy Contre Les Vampires

    Il y a un petit soucis au niveau de ton texte, tu devrais les corriger.
  15. MaiffaInes

    Resident Evil 2

    J'avoue que je suis curieuse aussi de ce charme... Et que je suis même en désaccord. Le boule de Claire Redfield est clairement plus captivant dans le remake comme le montre l'une des vidéos de Sheshounet.