The Great Ace Attorney Chronicles

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Aronaar

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Le pays du Soleil Levant a par plusieurs fois gardé pour lui des séries entières, ou plus souvent plusieurs titres, avant de se dire que, finalement, ils pourraient avoir du succès dans le reste du monde.

On pourra notamment penser à Fire Emblem, qui ne fit son entrée internationale qu’avec le septième épisode !

Perdurant dans le monde entier en faisant le choix de proposer moins de traductions locales, la saga des Ace Attorney comportait elle aussi ses épisodes restés un long moment exclusifs au Japon.

Cette isolation disparut en 2021, lorsque Capcom décida de publier une compilation de ces deux épisodes, tant sur Switch et PS4 que sur Steam.

L’occasion de vivre dix aventures à l’ère victorienne, en incarnant l’ancêtre de Phoenix Wright, Ryunosuke Naruhodo…

Pour qui maîtrise la langue de Shakespeare, cela vaut-il l’occasion de rempiler en tant qu’avocat de la défense au sein de cette duologie ?

Enfilez votre brassard d’attorney, faites une provision de sachets de thé et découvrons-le ensemble, ami Lecteur.

 

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Contrairement aux autres épisodes, plusieurs témoins seront fréquemment à la barre en même temps, ce qui aura plus d’une fois son importance.

 

Apporter le changement dans le monde judiciaire

 

Nous sommes à la fin du vingtième siècle et le nouveau système judiciaire du Japon en est encore à ses balbutiements, tout baigné qu’est le pays par les influences occidentales.

L’archipel dispose désormais d’une cour suprême et Ryunosuke Naruhodo va avoir le douteux honneur d’y entrer au cours d’un procès à huis clos : il est en effet l’accusé dans une affaire où un docteur anglais a été assassiné dans un restaurant où il se trouvait !

Comme si les enjeux n’étaient pas suffisants pour un premier procès, on lui donnera également l’ordre d’assurer sa propre défense plutôt que de laisser ce rôle à son meilleur ami Kazuma (jeune juriste brillant) alors que lui-même n’est qu’étudiant…

Procès se déroulant sous le regard attentif de pontes du gouvernement nippon : en effet, la victime étant anglaise, la Grande Bretagne exige une résolution rapide de l’affaire dans un contexte où un important traité a été récemment conclu entre les deux nations.

Autant dire que le jeu met le paquet dès le début, même si le procureur en face de vous restera de peu de prestance : histoire de rajouter un côté filiation absurde mais comique, il s’agira d’un descendant du fameux Payne, punching-ball des nouveaux avocats dans la série !

En-dehors du physique et de quelques refrains gestuels de Ryunosuke (comme le fameux pointage du doigt pour lancer de vibrantes objections) le fait qu’il soit l’ancêtre de Phoenix n’aura pas grande importance, sinon symbolique.

 

Malgré toute la tension d’un tel évènement pour notre protagoniste, il arrivera néanmoins à prouver son innocence en dépit des circonstances, même si la victoire conservera une saveur plutôt amère concernant la personne coupable.

Aussi impressionnante puisse cette performance être pour un novice, cela ne lance pas d’office Ryunosuke comme étant le protagoniste. Ce n’est qu’après la deuxième aventure qu’il se retrouvera à prendre la place de Kazuma en tant qu’avocat au cours d’un programme d’échange, dans lequel son meilleur ami était supposé perfectionner son art en Grande-Bretagne.

Charge à lui d’étudier le droit britannique pendant les 50 jours de la traversée pour être aussi au point que possible !

Cette deuxième aventure est assez unique dans le sens où, se passant à bord d’un bateau, il n’y a aucun procès, seulement une phase d’investigation. On comprend rapidement que le but de cette séquence est d’introduire deux éléments liés : le personnage de Herlock Sholmes et ses « grandes déductions » que l’on retrouvera ensuite dans quasiment chacune des aventures proposées par la duologie.

Ace Attorney oblige, l’illustre détective est loin d’être infaillible : bien au contraire, Ryunosuke devra à chaque fois corriger plusieurs de ses observations, modifiant le sens des déductions finales.

Il y en aura en effet systématiquement un indice pertinent dans l’environnement, souvent pointé par un regard involontaire de la personne subissant le travail de déduction…

Bien que cela apporte de la nouveauté à la série, en mettant en scène la gymnastique mentale point par point (exercice qui manque parfois lors des phases de procès), ces exercices de raisonnement impliquent une certaine longueur.

En effet, vous devez en quelque sorte subir les hypothèses de Sholmes une première fois, puis les vivre une nouvelle fois en apportant ensuite de précieuses corrections, qu’on aimerait pouvoir offrir juste après les failles de raisonnement du détective- d’autant plus que certains indices sont douloureusement évidents, les possibilités étant de toute manière fort limitées.

Bref, ce n’est qu’une fois Ryunosuke débarqué en Angleterre que les choses sérieuses commencent vraiment, aidé par la très digne et très compétente Susato Mikotoba, très mature pour ses 16 ans et dont le soutien en tant qu’assistante judiciaire sera essentiel.

Réfléchie, déterminée et loyale tout en ayant également ses moments d’humour, Susato est un agréable contrepoint à Maya !

Et c’est en défendant un riche magnat au cours d’une affaire plus que trouble que ce duo va mettre les doigts dans un engrenage d’une sombre histoire dont la trame sera filée tout au long des affaires des deux titres, avec des retentissements pour les pays concernés tout aussi intenses, sinon plus, que ce qui se passe dans Spirit of Justice…

 

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Une bonne partie des affaires se déroulera dans la cour du Old Bailey, comportant un jury qu’il sera essentiel de convaincre !

 

Dans une cour de justice, les preuves sont reines

 

Sans surprise aucune, à part le premier cas de chaque titre et la deuxième aventure du premier jeu, la structure de chaque affaire reste dans la droite lignée de la série : un entremêlement de phases d’investigation pour récolter indices et témoignages, avec des phases de procès où vous défendrez votre client.

Celles-ci reposeront majoritairement, comme auparavant, sur des séquences de contre-interrogatoire où vous devrez traquer tel un (vrai) chercheur de vérité la moindre incohérence et le plus petit mensonge dans les paroles des témoins et des accusés, comme une pelote de laine à dévider fil par vil jusqu’à ce qu’il ne reste plus que la froide vérité.

Il vous faudra attaquer certaines déclarations afin d’obtenir plus de renseignements, puis présenter la preuve adéquate afin d’exposer les propos fautifs, ce qui est toujours aussi satisfaisant !

Cette duologie rajoute une petite particularité, que l’on pourrait associer comme étant la « capacité spéciale » de Ryunosuke (au même titre que Phoenix pouvait discerner les verrous-psyché, ou Athéna utiliser la matrice des émotions) : repérer les attitudes dissonantes d’un personnage suite aux déclarations d’un autre témoin.

L’avocat malgré lui interpellera la personne ayant tiqué pour approfondir sa réaction, ce qui apportera un éclaira différent sur le contre-interrogatoire en cours. Rien de flashy, mais cela met en avant le fait d’avoir plusieurs témoins à la barre et nous change quelque peu du surnaturel ou d’une technologie s’en rapprochant, comme il s’agit uniquement ici d’une capacité d’observation crédible (contrairement à un certain Apollo ?).

J’ai pu lire dans un court avis sur le jeu qu’on pouvait tout aussi bien activer le mode Histoire (dans lequel tous les bons choix sont automatiquement réalisés en votre nom) car c’est justement l’intrigue qui fait

l’intérêt de cette compilation, une assertion assez fantaisiste.

Si le mode Histoire peut vous débloquer à des moments où vous seriez réellement perdu, le laisser en permanence ne vaudrait pas mieux que de regarder un Let’s Play sur Youtube !

Nous ne sommes pas dans un visual novel « kinétique » à la Higurashi, il serait plus que dommage de se priver du gameplay de The Great Ace Attorney Chronicles.

Certains passages seront assez retors et vous demanderont d’avoir prêté une grande attention à ce qui s’est passé antérieurement, même en gardant à l’esprit un des principes moteurs de la série (la volte-face, plus que les retournements de situation, désigne finalement aussi la tendance fréquence à ce que les crimes aient été perpétrés de manière diamétralement différentes de ce à quoi on peut songer en première instance) les habitués comme les nouveaux venus trouveront de quoi se creuser agréablement les méninges.

 

Un autre élément inédit apporté par cette compilation est la présence d’un jury de six personnes.

Il ne s’agit donc plus uniquement d’obtenir la conviction du juge mais bien que les jurés se prononcent majoritairement en faveur de votre client.

Les jeux useront de cet élément à satiété, poussant le côté dramatique jusqu’à avoir les jurés déclarer l’accusé coupable alors que le procès aura à peine débuté !

La première fois que cela se produira, Susato arguera du droit de la défense à un « examen récapitulatif » au cours duquel chaque membre du jury devra expliquer les raisons pour lesquelles il a déclaré l’accusé comme coupable.

Charge alors à Ryunosuke de creuser ces raisons et confronter des propos contradictoires afin de persuader plusieurs d’entre eux de modifier leur décision afin que le procès puisse continuer.

Cette procédure, présentée comme rare et désuète, deviendra finalement un impondérable pour éviter un fatal verdict… Notamment du fait que le jury, bien loin d’être sélectionné au hasard comme on le prétend, contiendra toujours des membres ayant un lien pertinent avec l’affaire en cours.

Dans la première que vous aurez à gérer en Angleterre, on trouvera par exemple le maître de la Guilde des Cochers, alors que le crime s’est justement déroulé à l’intérieur d’un cab, dans celle suivante, vous aurez carrément la femme d’un témoin, dans une autre encore l’expertise d’un juré permettra de trouver un indice déterminant dans des photographies…

Si on pourra pointer du doigt le fait que le jury soit utilisé comme ressort dramatique avec un peu trop d’appui, le système apporte un brin de variété entre deux contre-interrogatoires garnis de mensonges, de de bonne hypothèse à choisir, de preuves à examiner soigneusement et de plans à détailler.

On pourra retenir néanmoins quelques moments ridicules, comme le besoin d’avoir le témoignage d’un juré pour « prouver » que, oui, même en plein hiver glacial, lorsqu’un feu se déclare dans un appartement, on va ouvrir la fenêtre pour évacuer la fumée !

Il s’agit ici toutefois d’un problème récurrent dans la série, avec des passages où l’on sait parfaitement ce qui ne va pas et expliquer en quoi il y a problème, alors que le jeu nous impose un chemin alambiqué pour nous permettre de l’exprimer.

On retrouvera également, sur un autre versant, la proportion des jeux à nous donner l’illusion d’avoir une option dans des situations désespérées alors que les personnages se corrigeront eux-mêmes si vous sélectionnez la mauvaise option…

Jamais il ne servira en effet de garder le silence ou de ne pas émettre une objection !

 

 

 

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Le design des personnages sera toujours aussi typé, tandis que les phases d’enquête comporteront moins le besoin de présenter des objets- ce qui n’est pas plus mal.

 

Ouvrir la boite de Pandore

 

Bien entendu, au-delà du gameplay, ce sont deux autres éléments qui assurent la solidité d’un Ace Attorney : la qualité des affaires proposées au joueur et sa galerie de personnages.

Pour le premier, on ne sera globalement pas déçu : la duologie saura nous proposer des solutions insolites, en plus de se dérouler bien plus loin dans le passé (ce qui permet par exemple d’avoir un compteur de gaz qui fonctionne en insérant des pièces comme élément important d’un procès !), à l’instar d’un meurtre à l’intérieur d’un cab – la scène du crime étant littéralement transportée dans la cour ! – ou d’un incident concernant une invention loufoque lors de la Grande Exposition scientifique de Londres.

De manière inédite, deux des procès ne comporteront même aucune victime- sans pour autant que le chemin vers la vérité soit évident.

La force de ces affaires est qu’elles auront toutes un lien, plus ou moins important, avec un scandale vieux de 10 ans qui devra être dénoué et vous tiendra aisément en haleine. Ace Attorney oblige, les protagonistes seront impliqués plus personnellement que ne voudrait leur rôle dans ces affaires, Ryuonosuke se retrouvant ainsi sur les lieux d’un crime peu après qu’il a été commis et défendant ensuite l’accusée dans un mystère de pièce close.

Cela ira parfois jusqu’à l’absurde (ce à quoi la saga nous habitue, néanmoins) lorsqu’un procès historique et décisif pour l’avenir du système judiciaire britannique aura pour avocat de la défense et pour procureur deux étrangers !

Rarement dans d’autres épisodes de la saga un fil rouge tissé de mensonges et de noirceurs aura pris tant d’importance, dans une atmosphère qui, si elle contiendra son cortège habituel de moments drôles ou burlesques, comporte également des occurrences plus nombreuses de moments poignants et d’un certain côté sombre avec des instances plutôt violentes ou déprimantes.

Ce côté est assumé très tôt dans le jeu : la deuxième aventure, sans procès, est une tragédie, tandis que la première affaire dans une cour britannique vous fait bien sentir que l’accusé n’est clairement pas blanc dans l’histoire, la sombre vérité n’éclatant que plus tard.

Fans de légèreté, attendez-vous donc à une alternance d’émotions tranchées !

A titre personnel, je pointerai néanmoins du doigt une des affaires du second jeu… Qui est en fait

Chronologiquement la « suite » d’une autre affaire ayant eu lieu des mois plus tôt, avec le même accusé !

Si le concept derrière le crime avorté est toujours frappé au coin de la brillance de l’auteur, Shu Takumi (béni soit cet homme), on peut avoir l’impression d’un certain remplissage, d’autant plus que son impact sur le scénario global est insignifiant et placé de manière assez artificielle.

L’affaire finale, d’une ampleur telle qu’elle sera séparée en deux cas distincts, aura pour sa part une tendance à la surenchère un peu trop appuyée, notamment à cause du besoin de deux inventions improbables au vu de l’époque pour qu’elle ait un dénouement heureux : un émetteur-récepteur longue distance et portatif, ainsi qu’un appareil capable de projeter le son et l’image d’une personne aussi bien qu’un hologramme !

 

Quant aux personnages, ils tiennent globalement la route également, entre les témoins/accusés pouvant être très perchés (comme « Shamspeare » qui parle comme un Shakespeare du pauvre…) ou le casting des personnages principaux, Ryuonusuke impressionnant par sa résolution à rechercher la vérité, aussi amère puisse-t-elle être.

Barok van Zieks, le procureur que vous affronterez, est particulièrement retors- dans son comportement et son apparence, il peut donner l’impression d’être un croisement entre Miles Edgeworth et Manfred von Karma, avec une froideur et une aura qui commandent le respect.

Avant de se confronter à Ryunosuke, il n’avait pas servi comme procureur depuis 5 ans, car une terrible réputation l’accompagne- celle d’être le faucheur du Bailey.

Réputation compréhensible car la majorité des personnes acquittées durant les procès auxquels il a participé sont mortes de manière accidentelle, alors qu’il avait toujours un alibi indéboulonnable !

Le juge, de son côté, aura des réactions prêtant à sourire, tout en se montrant d’une allure plus compétente et solennelle que cela à quoi les épisodes originaux ont pu nous habituer (ce qui n’est pas forcément un mal).

Au rang des personnages de soutien, vous pourrez compter sur Herlock Sholmes et ses créations (tel un réactif permettant de déterminer que des traces de sang n’appartiennent pas forcément à la même personne) et sa pupille Iris Wilson, une génie de 10 ans docteur en médecine, créant moult inventions et celle qui écrit les exploits de Sholmes !

C’est d’ailleurs au 221 B Baker Street que Ryunosuke et Susato vont vivre leur séjour en Angleterre, fait qui démontre toute l’absurdité, parfois, des questions de propriété intellectuelle puisque en intervertissant deux lettres, ça, passe, tout en conservant des références claires à l’œuvre de Conan Doyle.

Ruban moucheté, chien des Baskerville, étude en rouge, « Lorsque vous avez éliminé l’impossible, ce qui reste, si improbable soit-il, est nécessairement la vérité », ce sont plus que des clins d’œil qui ajoutent un charme aux jeux.

Herlock, pour sa part, s’il est très doué dans certains domaines, est un brin plus sociable que son modèle et sensiblement moins brillant, mais s’il l’était autant, il resterait bien moins de travail pour notre duo judiciaire !

Le voir poser comme faux mannequin dans le musée de cire de Madame Tussaud (qui devient ici une jeune femme mystérieuse en habits de sorcière) car il n’a plus assez d’argent pour payer le loyer est assez cocasse, entre autres moments drolatiques.  

 

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« Bon sang ne saurait mentir »

 

Aspects négatifs

 

-          Pas de traduction en français

-          Un cas remplissage

-          De petites fioritures dans certaines preuves à apporter

-          Les « grandes déductions », longuettes

-          Un final un brin outrancier

 

Aspects positifs

 

-          Le contexte historique offrant d’autres perspectives

-          Une solide galerie de personnages

-          Bonne durée de vie

-          Compositions musicales agréables

-          Les efforts pour apporter de petites variations de gameplay

-          Histoire plutôt captivante

-          Une ambiance sachant jongler entre moments sombres et d’autres plus légers

 

Beaucoup ne manqueront pas de critiquer le studio pour ne pas avoir mis la main au porte-monnaie concernant la traduction, fermant de facto les portes de cette compilation à ceux n’ayant pas un bon niveau en anglais.

Si vous possédez ce dernier et que vous avez apprécié la saga par le passé, il serait dommage de se priver de cette duologie avec le retour de Shu Takumi aux manettes, réussissant savamment son coup en nous transportant dans une autre ère où, si les moyens d’investigations sont forcément moins avancés, la quête de la vérité et les affaires bien ficelées demeurent.

Et si jamais vous vous retrouvez réellement bloqué, le mode Histoire vous permettra, de façon ponctuelle, de garder une progression fluide- mais jouer ainsi par défaut vous priverait d’une partie de la force de ces jeux.

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