Pokémon Light Platinum

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Aronaar

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« Vous pensez vraiment que vous allez trouver la solution là-dedans, Patron ? - Ah ! Ce n’est pas avec des ‘ultra ‘ Lune ou Soleil que je vais avoir mon content, en tout cas. - Peut-être bien, mais c’est quand même assez sordide, ici… » Bob avait raison. L’univers des Pokéhacks était jonché de projets abandonnés, de rêves brisés, de réalisations ayant reçu fort peu d’amour, d’ambitions louables s’écrasant sur une réalité médiocre… Aronaar braqua finalement le faisceau de sa lampe-torche sur un spécimen appelé « Light Platinum ». Une nouvelle région… Des pokémons venant de toutes les régions que l’on connaît déjà… De nouveaux évènements et sprites pour peupler le tout ! Un menu simple, mais accrocheur. Parfois, il n’en faut pas plus. Mais y a-t-il vraiment de quoi susciter l’envie d’accrocher de nouvelles pokéballs à sa ceinture ? Partons enquêter dans les hautes herbes, ami Lecteur !

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Une ville typique de Light Platinum. Vous y rencontrerez Chen... Qui se fera vite oublier !

 

Zhery, vidi, vici, et je n’en suis pas fier

 

Vous faites un rêve avec Arceus dedans, et rapidement après votre réveil, votre mère (numéro #213 : maman irresponsable sans nom, laissant son fils unique faire du braconnage alors qu’il n’a pas l’âge requis pour voyager seul) vous annonce que la professeur Jasmine a besoin de votre aide pour décrypter une inscription sur une stèle antique.

L’inscription est en langage alpha, idiome que vous êtes le seul à connaître depuis que votre père a disparu, prétexte (qui ne sera pratiquement pas réutilisé) pour vous lancer dans l’aventure.

La stèle raconte des choses sur la création de l’univers, tenez-vous bien, Arceus en serait responsable, ce qui ne surprendra en rien ceux ayant joué à Platine. Néanmoins, là, c’est de la grosse info et une fois que les dresseurs d’élite (dont Ash Ketchum !) partent, horreur, un membre de la Team Steam (…) veut tout savoir et attaque Jasmine !

Heureusement, comme dans Rubis, vous prenez un starter et la délivrez. Une fois l’affreux battu, vous rentrez à son labo, elle vous laisse garder le Pokémon que vous avez utilisé, et paf, vous voilà lancé sur la piste du mystère, et surtout, celle de devenir Maître Pokémon.

A ce niveau-là, l’histoire est fonctionnelle, ni plus, ni moins. Elle sert son but de structuration de la progression, quasiment sans originalité. La Team Steam est maléfique « parce que », et son but est très clair : capturer Arcéus pour régner sur le monde et le rendre meilleur, sans souffrance, sans haine, la la la, vous connaissez le refrain.  

Pourtant, même là la mise en scène connaît des couacs, comme lorsque les méchants envahissent le musée d’une ville, et que si vous parlez aux PNJ, ils vous répondent comme si tout allait bien et que la Team Steam n’était pas là.

Même chose avec tous ces Maîtres Pokémons et Champions de Ligue d’autres régions qui interviennent fréquemment pour contrecarrer les actions de la Team, mais qui ont toujours besoin de votre aide (alors que vous devriez être moins qualifié !) pour apporter la touche finale.

Vous avez aussi une palanquée de rivaux (Red, Gold, Diamond…) qui ont pour seul trait de personnalité de vouloir essayer de vous battre, et pourraient tout aussi bien être des anonymes.

Ils interviennent trop souvent, et parfois de pénible manière- on y reviendra.

N’escomptez donc guère de satisfaction par l’intrigue, l’ambiance (Zhery est une région sans grand caractère) ou les personnages. Même après avoir empêché la Team Steam de conquérir le monde, il n’y a pas vraiment de clôture narrative, vous sortez de la Dimension Distorsion comme si vous étiez allé chercher du pain et de la confiture.

 

Tout ceci donne furieusement l’impression d’être là pour respecter un standard (alors qu’une Pokéhack est l’occasion d’en sortir, surtout avec une région personnalisée) et en ressort fort fade.

Ne vous attendez pas à une quelconque amélioration dans la seconde partie ! En effet, Light Platinum vous propose une autre région, Lauren, une fois que vous avez vaincu la Ligue de Zhéry.

Il y aura un retour de la Team Steam purement anecdotique, rien pour camoufler le fait que cette région consiste avant tout à une entrefilade de huit autres arènes avant d’affronter une nouvelle Ligue.

Rien à voir, donc, avec le fait de retourner à Kanto dans Or et Argent, par exemple.

Enfin, comme d’habitude, tout cela peut être pardonné si le gameplay est solide, n’est-ce pas ?

 

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Ne vous laissez pas tromper par l'image, vous n'allez pas beaucoup utiliser Surf.

 

Et je serai le meilleur dresseur… Pour la énième fois

 

Et solide, il l’est… Puisqu’il n’y aucune modification substantielle par rapport aux jeux officiels.

La caractéristique principale que l’on notera est la présence de pokémons de cinq générations différentes - vous pouvez tous les capturer, y compris la désormais classique chasse aux pokémons légendaires.

Là-dessus, c’est un peu comme ce que disait Voltaire à propos des tables : on n’est pas spécialement heureux d’en avoir une, on serait malheureux sans. Disons que la sempiternelle quête de compléter le Pokédex trouve une autre itération ici, ceux qui en sont mordus apprécieront, les autre en seront peut-être bien lassés.

Le pool de bestioles disponibles ne s’en ressent pas énormément au début, car vous trouverez surtout des monstres de poche communs et pas réellement intéressants à intégrer dans son équipe.

J’ai eu le sentiment de pouvoir me faire une équipe variée après la troisième arène. Avant cela, il faut compter sur les personnages vous offrant des pokémons ; ce sera le cas tout au long de l’aventure et très rapidement vous pourrez obtenir un des starters de la deuxième génération.

Pas mal d’échanges seront disponibles, vous pourrez ainsi dégoter avec célérité un Cizayox sans difficulté !

Au bout du compte on peut avec aisance se constituer une équipe répondant à nos souhaits, et ça, c’est une force qu’il ne faut pas dénier. Même si pendant le premiers tiers de la première région, cela ne semble pas nécessaire : un pokémon feu fait un ménage incroyable (je crois n’avoir jamais fait évoluer mon Salamèche en Dracaufeu si rapidement…) à cause de l’abondance de pokémons Plante et Insecte.

Les champions d’Arène, de manière générale, ne sont pas de grands obstacles.

Rarement il y a un double-type pour gêner les attaques ultra-efficaces, et si les répertoires d’attaque sont ingénieux, je n’ai pas pu le constater puisque mon équipe battait en un seul coup la grande majorité des pokémons appartenant aux champions.

Avec la huitième arène et la Ligue, le challenge est plus relevé, mais une équipe d’une composition judicieuse s’en sortira sans trop de pépins, même avec une dizaine de niveaux de moins que l’adversité.

Cela compense peut-être pour le faire que les dresseurs « du commun » se font vite dépasser, servant surtout de fermes à XP. Une fois arrivé à Lauren, mon équipe était facilement une vingtaine de niveaux au-dessus d’eux…

 

Et qu’en est-il de l’exploration ? Si les villes sont classiques (enneigée, désertique, très urbanisée…) le mapping est honnête, les graphismes, notamment, sont de qualité. On pourrait, dans ce domaine, se croire sans peine dans un jeu officiel- chapeau bas pour les sprites des pokémons de générations ultérieures, convertis en version 3G.

Il n’y a, après, pas énormément de zones « secrètes » ou secondaires par rapport au chemin obligatoire, chemin nécessitant régulièrement l’utilisation d’un CS.

Là encore, on peut avoir l’impression que c’était pour répondre à un cahier des charges hérité du monolithe des jeux officiels, avec en plus le fait que les CS sont trop souvent possédées par des PNJ sans importance qu’il faut aller débusquer.

Le créateur de la romhack a cru avoir une bonne idée pour Lauren en incluant de nouveaux obstacles faisant appel à des CT pour être détruits : souches pourries, blocs de glace…

Ce qui, fonctionnellement, ne diffère pas de morceaux de pierre que l’on détruirait avec éclate-roc, et donc n’apporte aucun plaisir de jeu supplémentaire. Game Freaks avait fini par comprendre que cette mécanique des CS et les obstacles associés faisaient long feu ; c’est probablement un des éléments des pokéhacks qui vieillira le plus mal.

Surtout lorsque c’est réalisée de manière trop « systémique ».

 

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Si vous vous accrochez jusque-là, chapeau !

 

Un certain manque de vapeur dans le moteur

 

Light Platinum a néanmoins d’autres échardes dans les pieds. Vous vous rappelez ces occasions où le champion de l’arène locale n’est pas là et qu’il faut aller le faire revenir d’une manière ou d’une autre ?

L’équipe derrière le jeu a apparemment eu un gros coup de cœur pour ça, puisque huit fois sur dix, dans chaque région, le champion est absent de son arène !

La première fois, c’est justifié, comme la championne Insecte déjoue un plan de la Team Steam. Mais ensuite cela devient un élément récurrent devenant parfois franchement stupide, comme la fois où la championne Glace est allée méditer au mont enneigé avant la ville.

Prétexte pour un demi-tour dans une zone déjà visitée, sans aucun évènement, une belle perte de temps…

La première championne de Lauren ? Il faut aller la chercher à la mine… Puis elle vous dit qu’elle va à la raffinerie ! Et là-bas, elle accepte de retourner dans l’arène. Voilà qui n’apporte rien.

D’autres fois, cela vous forcera à aller dans des endroits grouillant de dresseurs, dresseurs que vous auriez de toute façon cherché à affronter, n’est-ce pas ?

Cela renforce le côté très dirigiste de la pokéhack, menant à des situations parfois franchement ridicules, comme ce moment où une ex-rivale bloque votre passage et dit qu’un de ses amis vous attend dans sa maison pour l’affronter. Une seule question : pourquoi ?

Pourquoi un détour inutile vers un endroit déjà exploré, alors que ce dresseur aurait pu se trouver là où l’ex-rivale était ?

Light Platinum souffre malheureusement d’instances régulières de ce genre. Le passage dans la base « secrète » de la Team Steam en est une autre illustration : vous allez affronter séide sur séide, tous avec le même dialogue et avec une équipe quasiment identique à chaque fois.

La base n’est déjà pas exaltante à traverser, mais ce détail la transforme en épreuve pour la patience.

Heureusement, pour vous détendre, vous ne pourrez que constater la générosité des habitants de Zhéry (à défaut de ce qu’ils racontent, peu souvent intéressant).

En effet, en plus des pokémons, vous obtiendrez énormément d’objets en parlant aux PNJ, que ce soit des choses tout à fait ordinaires comme du sable doux, ou bien des utilitaires uniques à l’instar du Multi Exp !

Dommage tout de même que cela soit un peu random et pas un peu plus intégré au reste- ne serait-ce que sur le modèle de la première génération, où ce genre d’objet est une récompense si vous remplissez suffisamment votre Pokédex.

Notez, in fine, que si vous avez encore de l’appétit pour les combats après être devenu le Maître de deux régions – et alors que cela puisse devenir franchement routinier – il vous restera encore les championnats mondiaux !

Vous aurez du mal à vaincre si votre équipe n’est pas au moins de niveau 80, l’un des derniers challengers n’étant autre qu’Ash avec une équipe niveau 100…



Light Platinum ne vous séduira pas par son concept, à moins que vous aimiez que celui-ci soit calqué très fort sur les jeux originaux, sans grand-chose de singulier- et avec une histoire, qui, même pour un jeu Pokémon, n’a pas de quoi déclencher l’enthousiasme. En pardonnant quelques décisions discutables, on découvrira quand même une expérience de jeu simple, solide et efficace pouvant sustenter. Quel dommage, cependant, qu’elle manque de personnalité !
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