Valkyria Chronicles II

Aronaar

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Valkyria Chronicles ! Sorti sur Steam en 2015, il avait ainsi pu être accessible à un plus grand nombre de joueurs, et les amateurs de tactique auraient eu raison de s’y pencher. Les années passent, et point de portage de la suite, laquelle s’est nichée sur la PSP et non pas sur la PS3. Un choix impliquant des limitations techniques, nuisant à une suite qui n’avait guère besoin de ça. En effet, malgré un accueil chaleureux de la part de la critique et d’excellentes ventes au début, le résultat commercial a tout de même amené à ce que le troisième épisode ne sorte pas du Japon… Rentrez dans le tank, ami Lecteur, et examinons les raisons de cette demi-débâcle.

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L'Académie de Lanseal : pour tous vos besoins de school drama.

 

A ce qu’il paraît, il y aurait une guerre civile

 

Deux ans se sont écoulés depuis que Gallia a montré sa valeur martiale en repoussant l’Empire, lequel cherchait à faire main basse sur ses riches gisements de ragnite, source énergétique indispensable sur ce monde.

Deux années pendant laquelle la principauté s’est lentement reconstruite, mais le crépuscule de la victoire trahissait l’aube d’un nouveau conflit : l’Archiduchesse, souveraine de Gallia, avait révélé ses origines Darcsen. Darcsen, qui, sur ce continent, connaissent les mêmes persécutions que les Juifs, accusés de maux vieux de plusieurs millénaires.

Bref, si une bonne partie du peuple n’a pas remis en cause la légitimité de l’Archiduchesse – alors même qu’elle n’est pas de la lignée des Valkyrur – une maison noble s’insurge devant ce qu’elle considère comme une trahison et souhaite s’installer sur le trône.

Histoire, également, de ramener Gallia sur le chemin de la « pureté » et en purgeant au passage le pays des Darcsens. Un patriotisme bien fasciste comme on a pu en voir dans notre propre Histoire, ce qui mène à une guerre civile.

Dans tout cela, on nous place surtout du point de vue d’Avan Hardins, dont le frère est mort durant une mission spéciale, mission sur laquelle l’instructeur de l’académie militaire de Lanseal refuse de s’étendre. Qu’à cela ne tienne : jeune au sang chaud, Avan décide de s’engager à l’académie pour découvrir ce qui est arrivé à Léon, son frère. Il se retrouve ensuite délégué principal de la classe G, la pire de toutes, devant jongler entre cette fonction, la vie à Lanseal et le conflit qui fait rage…

La progression change donc radicalement par rapport au premier Valkyria Chronicles, puisque elle se découpe en douze mois, au rythme de la vie qu’on aurait bien envie de qualifier comme lycéenne. Parce qu’en fin de compte, avec les leçons, les entraînements, la vie quotidienne d’êtres humains sortant de l’adolescence et tout ce que cela peut comporter, il suffit de plonger tout ça dans un pot de peinture militaire et ça ressemble à du « school drama » !

Il y a en cela un petit avantage et un gros inconvénient. L’avantage, c’est que cela permet de développer la personnalité des camarades sous nos ordres, les rendre plus attachants. Honnêtement, dans l’épisode précédent, il y avait un noyau dur et le reste demeurait dans l’ombre.

Attention cependant, plus développé ne veut pas dire extrêmement recherché pour autant. Avan ressemble à Lloyd : impulsif, courageux, très peu intellectuel et misant gros sur le pouvoir de l’amitié. Zeri et Cosette, les deux autres élèves sur le devant de la scène, ressemblent aussi à des personnages de Tales of Symphonia : Zeri, un mix entre Genis et Kratos pour son attitude « intellectuel cool » pétri de sang-froid et de pragmatisme, Cosette est comme Colette une blonde un peu maladroite débordant de gentillesse, qui saura se dépasser pour ses amis.

On tombera alors sur des archétypes de la japanimation (telleJuliana l’élève alpha, sûr de sa supériorité et dotée d’une poitrine qui devrait la conduire à une opération du dos) parvenant tout de même à arracher quelques sourires.

Le gros inconvénient, c’est que cela fait parfois passer la guerre civile au second plan, un comble. Il n’y a que 15 missions liées au scénario, et quatre d’entre elles concernent le tournoi traditionnel de Lanseal pour déterminer qui est la meilleure classe !

En comparaison, le premier Valkyria Chronicles en avait 18, autrement plus développées.

En plus de cela, les rebondissements sont plutôt prévisibles, tandis que des raccourcis sont utilisés. Les incursions de la classe G dans la guerre civile sont assez disjointes, donc on peut être assez surpris d’apprendre par cutscene que, tout d’un coup, les rebelles ont réussi une avancée majeure et pris la capitale dans un élan aussi brutal que rapide !

On est dans le brouillard sur beaucoup des actions de l’armée régulière…

 

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Le cœur du gameplay ne varie pas.

 

Recyclez, répétez, la bataille est à vous

 

Sous une présentation pas forcément des plus alléchantes, le gameplay, lui, reste majoritairement fidèle à ce qui avait été établi précédemment.

Il s’agira donc de mener des escouades de soldats de différentes classes à la victoire, alternant entre une vue tactique et le contrôle direct des personnages pour aller dégommer du rebelle, en accomplissant un objectif variant selon les missions.

On retrouve évidemment du classique : éliminer toutes les unités ennemies, s’emparer des bases adverses, vaincre le commandant des troupes antagonistes…

Avec aussi des nouveautés, comme mener un véhicule de transport d’un point A à un point B à travers plusieurs zones, en évitant naturellement qu’il soit réduit en morceaux de ferraille ; ou récupérer des caisses disséminées dans plusieurs zones.

« Plusieurs zones », avez-vous peut-être relevé, ami Lecteur, et c’est fort sagace de votre part, car c’est un grand changement.

Là où le premier Valkyria Chronicles tablait plus sur de grandes cartes où les camps servaient de points de regroupement pour garder une mobilité, cette suite tourne principalement autour des camps de transition, qui permettent d’accéder à une autre zone de la mission- lesquelles en comportent de 2 à 5.

Régulièrement, plusieurs zones permettent d’accéder à une même zone, cruciale, l’une des deux étant généralement située de manière plus avantageuse pour accomplir l’objectif.

Le soft vous permettra donc de commencer dans deux zones différentes (la plupart du temps) avec une limitation : pas plus de 5 unités alliées dans une même zone… Et pas plus de six sur

l’ensemble de la carte !

On touche du doigt les limitations de la PSP. Ce n’est heureusement pas un handicap majeur car le jeu conserve un tempo nerveux : en moyenne, on se situe aux alentours des 3 tours pour boucler une mission afin d’obtenir le meilleur score, et donc le plus d’expérience et d’argent.

Les problèmes pour protéger les camps de transition ne se poseront donc guère, quant aux missions où il faut défendre vos camps principaux, elles tourneront 9 fois sur 10 en chasse à l’ennemi.

Quel est donc le souci à ce niveau-là ? Le recyclage, pardi ! Vous ne pouvez accéder à la ou les mission(s) scénarisée(s) du mois qu’après avoir accompli un certain nombre de missions secondaires (lesquelles sont supposées vous confronter aux rebelles, mais quelques lignes de briefing sont insuffisantes pour mettre dans l’ambiance).

En soi, c’est assez logique pour que vous ayez le niveau nécessaire afin de continuer la campagne. Le problème, c’est que vous allez voir les mêmes cartes encore et encore, certes avec des objectifs et des ennemis différents, ce qui n’empêche pas que cela devienne lassant.

D’autant plus que le système de changement de classe a changé : il n’y a plus d’évolution globale, mais individuelle.

Chaque unité, selon ses actions durant une mission (vaincre un ennemi, capturer un camp, éliminer un As adverse, détruire un blindé…) obtiendra à la fin de cette dernière des « crédits » (diplôme, certificat, Soutien, Attaque…), chaque classe nécessitant certains crédits pour être débloquée.

Valkyria Chronicles II a en un système de classes plus élaboré : classe de base, premier embranchement (un Eclaireur peut devenir Eclaireur Vétéran ou Sniper, par exemple) puis un autre embranchement pour la classe finale (un Eclaireur Vétéran pourra passer Elite ou bien Eclaireur Lourd).

Dans un jeu de tactique, on devrait se louer d’une telle possibilité, de pouvoir choisir entre continuer d’avoir une unité anti-tank ou d’un porteur de mortier anti-infanterie, ou un soldat de choc avec plus de grenades ou possédant un lance-flammes afin de faire place nette, etc.

On peut ainsi avoir une escouade qui s’adapte à toutes les situations !

Le mot-clé ici est « peut », car dans les faits, cela demandera une sacrée patience pour entraîner tout ce beau monde. Tellement qu’on pourra avoir fort envie de se rabattre sur une équipe plus limitée et quasiment toujours au front.

 

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Le tank obtient des ajouts sympathiques. Notez au passage la jauge de moral, qui augmente à chaque fois que vous vainquez un ennemi ou capturez un camp. La pertinence est moindre vu qu'elle sera de toute façon en votre faveur 9 fois sur 10...

 

La cloche a sonné pour la classe G, en avant !

 

Si le sniper est devenu une spécialisation (qui peut devenir un sniper antitank d’ailleurs, assez fendard !), y aurait-il donc une classe principal en moins ? Nenni.

C’est, contre toute attente, l’ingénieur qui se trouve scindé en deux nouvelles classes : l’ingénieur lui-même, ravitaillant en munitions ses camarades, les soignant et réparant le tank ; et le technicien blindé, désarmant les mines, réparant les sacs de sable, équipé d’un bouclier le protégeant efficacement des tirs, ce qui lui permet d’attaquer en mêlée.

Malheureusement, ça ne rend pas l’ingénieur beaucoup plus utile, dans un jeu où chaque « point d’action » doit être utilisé à bon escient, la politique de l’avancée rapide régnant souvent, on sera bien en peine, avec la limite d’unités, de voir la valeur d’un tel soutien sur le champ de bataille.

Les soins entre chaque tour suffisent généralement, au pire, un ordre peut être donné pour soigner quelqu’un, bien plus flexible que la présence d’un ingénieur dont le potentiel offensif et défensif est faible.

Même constat pour les munitions, quant à votre tank, si vous jouez correctement vos cartes, il n’aura pas besoin de réparations.

Le technicien blindé, lui, n’est pas forcément mieux loti : les mines s’évitent facilement 95% du temps, réparer les sacs de sable signifierait que vous soyez en mode défensif (presque jamais le cas). Heureusement, sa haute résistance aux dégâts et le fait que son arme de mêlée soit également efficace contre les ennemis blindés, combinés à une mobilité honorable, font qu’il peut trouver sa place de façon assez régulière.

Si seulement changer de classe n’était pas aussi pénible ! D’ailleurs, grinder sera également nécessaire pour obtenir des matériaux nécessaires pour certaines améliorations (notamment les plans récupérés après avoir vaincu un As), matériaux qui ne sont pas remportés de façon automatique en réussissant une mission (matériaux pouvant aussi être utilisés pour donner un avantage durant une mission à une classe d’unités).

Ai-je également mentionné que des éléments obtenus aléatoirement étaient nécessaires pour changer de classe ? Car c’est le cas, et c’est fort pénible.

 

A ce niveau-là, le bilan est un brin mitigé, car pas mal d’améliorations spéciales deviennent trop rapidement obsolètes, ou proposent des échanges discutables : allez-vous vraiment troquer un machinegun standard contre un spécial infligeant plus de dommages, mais avec moins de balles par chargeur, pour exemple ?

Sur un versant attenant, vous trouverez beaucoup plus d’améliorations qu’avant concernant le tank, qu’il soit classique, léger (conservant une bonne puissance de feu et ne coûtant qu’un CP, précieux !) ou VTB.

C’est ce modèle là qu’il faudra garder dans les missions d’escorte, hors de celles-ci, son utilité n’est pas nécessairement probante. Tout simplement à cause de sa fragilité, son arsenal considérablement réduit, et le fait que vu la configuration des cartes, transporter vos troupes de cette manière ne représente pas un avantage significatif.

Autre nouveauté, des équipements pour contrecarrer des effets négatifs sur certaines cartes ou circonvenir des obstacles : lampe en cas de nuit, radiateur géant en cas de neige, bras de

construction pour ériger un pont, armure frontale renforcée pour défoncer des rochers, et ainsi de suite.

Le poids des équipements fait qu’on ne peut généralement en prendre qu’un à la fois, et c’est un peu plus intéressant. Pas forcément les conditions spécifiques, relativement bénignes (vos unités auront leur jauge d’endurance réduite dans le désert, sans impact énorme au vu du map-design), plus les raccourcis que cela autorise parfois. Hop, un pont pour assaillir le camp ennemi par l’arrière !

 

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ANIMEEEE !

 

Engagez-vous, rengagez-vous qu’ils disaient

 

Au niveau des missions, vous pourrez en acheter une chaque mois, histoire de varier un peu l’ordinaire et d’avoir un As à dégommer pour de nouveaux plans.

Si vous utilisez suffisamment souvent un personnage, vous débloquerez également sa mission personnelle, ce qui lui permet de changer un trait négatif en trait positif, ou d’ajouter un trait positif.

Dommage que ces potentiels aient encore de temps à autre un côté un peu trop aléatoire dans leur activation, ce qui limite leur intégration d’un point de vue tactique.

Rajoutez le multijoueur si vous trouvez des gens motivés, des missions après la fin du jeu et une chose indéniable fait surface : Valkyria Chronicles 2 possède théoriquement une durée de vie vertigineuse.

Théoriquement, car en tant que vilain pragmatique, j’aime nuancer les choses. D’un côté, je conçois tout à fait l’enthousiasme que l’on peut avoir à faire du complétionnisme, de l’autre, il faut bien réaliser à quel point les missions peuvent devenir routinières, engoncées dans des petites cartes peinant parfois à se renouveler, lorsque ce n’est pas de la repompe pure et simple.

Cela contribue encore à ce que le scénario, déjà pas mirobolant alors qu’il avait des bases crédibles, passe en arrière-plan.

L’équilibre peut ainsi sembler renversé entre des tas de missions sans plus-value narrative (sans beaucoup de contexte non plus !), et beaucoup de temps passé sur toutes les problématiques que peuvent rencontrer des adolescents, avec des situations bien cliché comme la scène de la piscine avec Juliana perdant le haut de son maillot. Wouhou.

Soyons d’accord, le premier Valkyria Chronicles pouvait également être dissonant lorsqu’il passait de la guerre à des moments plus « anime », plus détendus.

Le problème, c’est que la suite nuit à l’immersion lorsqu’elle cherche à se prendre au sérieux après des moments bien ridicules, alors même qu’elle offre des scènes avec une résonance juste- comme lorsque Cosette surmonte le trauma lié à la mort de ses parents.

Ceux plus réceptifs au J-RPG souffriront moins de cet état des choses, néanmoins, au vu de ce

que nous offrait le premier jeu, n’étions-nous pas en droit d’attendre une qualité d’écriture similaire ?

Cela demeure un facteur motivationnel, facteur que l’on aurait pu atténuer dans ce cas précis…

S’il n’y avait pas tellement de missions redondantes.

 

Pour l’anecdote, sachez qu’Alicia et Welkins sont présents en tant que personnages secondaires, seulement pour vous apprendre des ordres. La milice ne peut intervenir qu’en cas de conflit externe, pas de guerre civile.

Si l’Archiduchesse bénéficiait d’un tel soutien populaire, vu en plus tout ce que les rebelles font subir aux Darcsens, on se demande pourquoi d’anciens miliciens ne viennent pas quand même aider les loyalistes…

Et on comprend difficilement en tout cas pourquoi c’est la classe G qui semble la seule capable de mettre un terme à la rébellion ! Les autres classes de l’académie peuvent tout aussi bien faire de la figuration…



Il suffit parfois d’une seule décision de game-design pour porter un rude coup à jeu, dans le cas présent, il s’agit du système abscons de changement de classe. Un gameplay, aussi solide qu’il soit, va s’affadir au travers d’un grind superflu, sur des cartes recyclées, avec trop peu de missions scénarisées, alors que le challenge devient bien réel. Valkyria Chronicles II apportait pourtant suffisamment d’innovations, mais ces défauts, couplés à de petites cartes et une histoire ne sachant pas trouver le ton juste, paralysent le potentiel du titre. Si vous avez apprécié le premier épisode, vous pouvez faire l’impasse sans remords sur celui-ci, et profiter plutôt du troisième en émulation traduite.