Duke Nukem Forever

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Aronaar

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Beaucoup de séries de jeux vidéos sont comme les civilisations : elles ont leur âge d’or, avant qu’une autre ne vienne les éclipser, et que leur tour de briller ne revienne. La légende de Duke Nukem a certainement marqué les années 90 : un héros viril à l’excès décimant des aliens caricaturaux et ne cachant pas son goût pour les femmes bien faites, le tout dans de l’action effrénée. Il y a bien eu des spin-off depuis Duke Nukem 3D, mais rien d’aussi marquant que celui-ci et pas de réel retour du Roi sur PC ! La légende a bien continué, sous forme de vaporware, de développeur en développeur, finissant par éclore en catastrophe après plus de dix ans. Retour sur une des plus magistrales chutes de piédestal… Pas besoin d’accrocher vos ceintures, ami Lecteur.

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De l'action originale et haletante comme on pouvait l'espérer.

 

Hail to the fallen king, baby !

 

“Looking good, baby”, déclare Duke avant même que le menu s’affiche, ce qui est déjà un petit mensonge car les graphiques et animations sont juste dans la norme, voir en-deçà, pour l’époque.

Après une sorte de trailer introductif qui ne vend pas du rêve non plus, vous arrivez au niveau tutoriel syndical, où vous affrontez sans surprise les Cochons de l’espace.

Une rapide traversée se concluant par un duel contre un boss cyclopéen que vous décimez à coup de dévastator, sans grand challenge mais plutôt en attendant qu’on vous donne les munitions nécessaires pour oblitérer la créature.

Duke conclue avec un peu plus de panache en arrachant l’œil et en le balançant comme un ballon de rugby !

Mais tout ceci n’était en fait qu’une simulation, vous vous retrouvez dans la demeure bling-bling de l’homme au cigare avec des jumelles relevant la tête, lui demandant si ça « avait été bon pour lui aussi ».

On se croirait dans l’ambiance adéquate, pour le coup, et le fait que les Cochons de l’Espace remettent ça pour de vrai va dans ce sens.

Le Président a beau intimer à Duke de ne pas se mêler de ça, notre héros gonflé aux anabolisants n’aura pas le choix, comme les aliens ont une dent contre lui et cherchent à lui faire la peau. A Duke, donc, de reprendre du service et leur botter les fesses si violemment qu’ils seront réexpédiés dans l’espace !

YEAH !

Voilà ce que j’aurai aimé exprimer durant le jeu. On se fiche bien entendu que l’intrigue soit mince comme du papier cigarette et même pas particulièrement originale, mais même Duke ne semble pas particulièrement investi.

Pourtant, le plan des envahisseurs devrait créer une motivation suffisante puisqu’ils kidnappent les femmes, l’un des seuls intérêts de notre protagoniste unidimensionnel !

L’affaire est vite réglée, et de façon perturbante. Les femmes capturées sont rassemblées dans une ruche alien, où elles servent d’incubatrice pour les extra-terrestres, attachées à demi-nue dans la structure, leurs gémissements indiquant leurs souffrances.

Duke ne peut absolument rien faire pour les sauver. Pire, lorsqu’il retrouve les jumelles, elles meurent sous ses yeux dans une gerbe de sang, des créatures aliens sortant de leur ventre ayant explosé.

Franchement malsain et pas du tout dans le ton qui aurai dû être léger.

 

De façon générale, on aura bien du mal à accrocher à l’ambiance de Duke Nukem Forever. Comme un voyageur perdu dans le désert, on se raccrochera aux scènes et aux réparties du héros en espérant de l’eau fraîche, et en obtenant parfois, comme lorsque Duke déclare que les armures, c’est pour  les lopettes. Et que l’armure est celle de Master Chief…

Souvent malheureusement, l’eau est tiède ou carrément croupie. Lorsque le général vous demande de sauver l’Amérique, notre tueur nucléaire se fend d’un « Americaaaaa… Fuck Yeah ! »  totalement convenu ou forcé.

Duke croise un puzzle où il faut réarranger des tuyaux pour que la vapeur détruise un obstacle ?

« Je hais les puzzles de Valve ! » fait-il avec une ironie qui tombe totalement à plat, puisqu’il finit quand même par faire le puzzle ! Cela aurait été une occasion magnifique de déconstruire le cliché et affirmer sa personnalité en le faisant détruire tuyaux et obstacle à mains nues, au lieu de ce conformisme navrant…

 

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Vous n'aurez même pas à attendre une heure avant d'arriver cette section que tout fan de Duke appréciera !

 

 

Come get… Not much, in fact

 

Conformisme. Voilà le mot qu’on peut coller au jeu, trahissant les espoirs qu’il soit, comme annoncé, un bon moment venu du passé.

Là où on imagine très bien Duke se balader avec tout l’attirail offensif possible pour un carnage maximal, on se retrouve bêtement sous la limitation moderne de deux armes ! Frustrant, d’autant plus que l’arsenal n’a quasiment pas évolué depuis Duke Nukem 3D, vous aurez très peu l’occasion d’utiliser le rayon glaçant ou le rayon réducteur.

En plus, vous aurez souvent à vous balader avec une arme lançant des projectiles explosifs, puisque les boss ne craignent que ça. Du coup, pour « compenser », vous avez des caisses rechargeant toutes vos munitions lors des moments le nécessitant, sans que cela arrange particulièrement le gameplay.

On pourrait encore s’accommoder si l’ancien vaporware ne commettait pas un crime capital dans un FPS censé déboiter sévèrement : l’arsenal ne donne que fort peu de satisfaction à utiliser.

Le railgun est sympathique avec sa précision et sa capacité de tuer en un seul coup de nombreux ennemis, le shotgun demeure jouissif : éclater à bout portant un cochon de l’espace avec ce joujou fait partie des meilleurs moments que DNF peut offrir.

Ce qui, en contraste avec tout ce qu’un FPS est en mesure de proposer, est plutôt triste, non ?

Autre emprunt moderne : la barre de vie qui se recharge après plusieurs secondes sans dégâts. L’appeler barre « d’ego » ne change rien à l’affaire : au lieu de jouer les durs suintant la testostérone allant chercher des medpacks pour se soigner de temps à autre, il faudra vous mettre régulièrement à couvert, ce qui casse complètement le rythme et n’a rien à voir avec l’action frénétique des anciennes itérations.

Tout au plus pourrez-vous foncer pleinement après avoir ingéré des pilules anabolisantes (équivalents au bonus berserk dans Doom) ou vous tenir au milieu de la mêlée avec assurance en ayant bu une bière, vous rendant insensible aux dommages pendant un court laps de temps.

La barre d’ego augmente après chaque boss vaincu et en interagissant avec certains objets du décor, comme soulever les pages d’un calendrier érotique, frapper un trio de seins aliens (si si ) ou encore réussir un high-score dans mini-jeu de flipper particulièrement daté.

Il y a d’ailleurs tout un niveau dédié à ces mini-jeux, durant lequel l’objectif principal est de trouver du pop-corn, un vibromasseur et un préservatif pour avoir droit à une lap-dance de quelques secondes. Youhou.

Le reste du temps, ce n’est qu’une bien maigre incitation pour l’exploration, laquelle demeure de toute façon extrêmement limitée. Bye bye le côté rétro de la recherche de secrets, élément pourtant important des aïeuls. 

En plus de la bière et des pilules, Duke peut utiliser un holoduke pour servir de distraction – à la fois peu utile et peu utilisé – ou sa « Duke-vision » pour voir dans le noir, ce qui fait plus gadget qu’autre chose.

 

A la décharge de DNF, il veut nous charmer avec de la variété. Mais c’est encore une fois en cédant aux sirènes de titres plus actuels, par exemple en incluant plusieurs séquences de railshooting/stillshooting.

Détruire le vaisseau-mère alien (dès la première mission !) de cette façon ne comporte aucun challenge et peu de plaisir, éclater des cochons de l’espace avec une mitrailleuse, depuis un transport aérien, s’avère abondamment soporifique.

 

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Ne comptez pas sur les combats de boss pour faire circuler l'adrénaline.

 

Looks like Lady luck gave you the finger !

 

Et de la plateforme, alors ? Il y en avait bien avant, non ? Ah, certes, mais pas autant, et pas de façon aussi forcée. Le jeu adore vous obliger à passer sur un rayon réducteur pour des sections avec des détours plus ou moins stupides pour progresser.

La pire séquence de ce genre est probablement lorsqu’en étant mini, vous devez faire tout le tour d’une cuisine de restaurant à l’eau électrifiée pour appuyer sur le disjoncteur, sauvant la serveuse qui va vous ouvrir la porte. Long, sans fun, sans intérêt ludique.

Hélas, même en taille normale, Duke devra fréquemment perdre du temps à effectuer des sauts pas forcément précis, ou résoudre des « puzzles » mortifiants, tels que rassembler des bidons lourds afin de faire pencher assez un container métallique pour pouvoir l’utiliser comme rampe.

Ou chercher une batterie de l’autre côté du niveau pour activer un engin de démolition et fracasser un mur bloquant la progression. Bien entendu, ce genre d’obstacles peut s’entendre dans un FPS.

Ils y ont même parfois une place éminente, comme au sein des Half-life.

Ici, ce n’est cependant que des bâtons supplémentaires dans des rouages qui ne vont déjà pas très vite.

En plus, s’il est besoin de le souligner, de ne pas être dans le caractère de Duke ! Ou comment désespérer en devant utiliser une voiture télécommandée pour éjecter une batterie hors d’une pièce, dont naturellement notre homme fort ne peut pas exploser la porte.

Combien il aurait été satisfaisant à un moment de l’entendre lancer un cri primal qui annulerait l’effet d’un rayon réducteur obligatoire…

Qu’y a-t-il d’autre au menu ? Des phases en véhicule, pardi ! Le pluriel est tout juste atteint avec deux. La première vient tôt, aux commandes d’une voiture jouet en étant miniaturisé. Comme il n’y a pas d’obstacles difficiles à manœuvrer, aucune pression temporelle et quasiment pas d’ennemis à éviter, la pertinence est plus que douteuse.

L’autre prend plus d’une heure au gré de différents niveaux, et honnêtement, il est fun d’opérer des cascades en activant le boost, autant que de défoncer des ennemis à toute vitesse. L’alarme a donc sonné chez Gearbox, on risquait dangereusement de s’amuser, ce pour quoi le parcours est interrompu trois à cause de panne d’essence.

Et, bien entendu, l’ami Duke est foutrement incapable de prendre plusieurs bidons à la fois…

Ou comment insérer de nouveau des passages ultra téléphonés.

Il y a également une phase sous l’eau, tout aussi molle puisqu’il faut toutes les vingt secondes se rendre sur des bulles d’air pour ne pas périr noyé, ce qui rend plus laborieux le combat contre le boss du niveau plutôt que de le rendre plus intéressant.

De manière générale, il ne faut pas non plus compter sur les affrontements contre les boss pour ressentir

quelque chose d’épique. On est plus dans le domaine du match d’endurance et des sprints tactiques pour refaire le plein en munitions. Le combat contre la Reine alien est parfaitement risible : pendant la plus grande partie, vous pouvez rester bien à couvert, immunisé à ses attaques, ses séides ayant le plus grand mal à vous atteindre.

Et ne nous étalons pas sur le boss qui régénère deux fois sa barre de santé afin d’en finir définitivement…

 

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Le shotgun sera l'occasion de quelques bons moments... Noyés dans une piscine olympique de médiocrité.

 

When you get to Hell, tell them Duke sent you

 

Alors certes, on conçoit fort bien que le jeu s’adresse plus particulièrement aux fans. Le bestiaire est d’origine, on visite plusieurs endroits à la gloire de Duke, on retrouve des éléments emblématiques, les femmes fondent devant la mâle attitude de notre héros, tout le monde est admiratif, ça amuse un moment…

Mais au final, le jeu est comme des pâtes chinoises sur lesquelles on aurait versé de la poudre estampillée « Duke Nukem ». Elle a un goût raisonnable, sans dissimuler le fait que ce qu’on mâche reste de la production industrielle.

Et c’est bien là le problème : avec un cycle de développement aussi chaotique et inconsistant, DNF semble sortir d’une capsule temporelle, avec un héros dont l’humeur ne fait mouche que quelques fois et plongé dans un environnement qui, à force de vouloir cadrer avec des productions plus modernes, n’est plus le sien.

A ne vouloir s’engager pleinement dans aucune direction, on obtient quelque chose de fade qui ne rend aucunement hommage au personnage des années 90- lequel dit lui-même que la fin est pourrie, ce qui est ma foi parfaitement exact, vous donnant encore plus l’impression d’avoir perdu votre temps.

L’annonce de Duke après les crédits (bien trop longs pour une telle production) comme quoi il va être candidat aux présidentielles ne rattrape rien.

Au moins l’ancien Président meurt, ce qui est un juste salaire pour avoir cassé les oreilles du joueur avec sa sous-intrigue de négociations fictives avec les aliens.

 

Bien, la campagne est un désastre- quid du multijoueur ? Rien que du très convenu, tel l’incontournable Deathmatch. Bizarrement, transformer le « capture the flag » en « capture the babe » ne suffit pas à rendre le mode de jeu plus recherché.

Peut-être trouverez-vous quelques irréductibles peuplant encore les serveurs, en tout état de cause, même si les développeurs avaient assuré à ce niveau-là, cela n’aurait probablement pas été suffisant pour sauver le navire en perdition.

Pour conclure, une question théorique : entre DNF, Aliens : Colonial Marines et Chrome, trois FPS avec de gros galons dans le caractère insipide, lequel pourrait quand même trouver grâce à qui veut vivre de première main une telle expérience ?

Après une longue méditation métaphysique, ma réponse sera Colonial Marines. DNF démolit une légende et s’avère d’une platitude extrême, Chrome est rigolo par moments à cause de son amateurisme mais également fort frustrant parfois.

Colonial Marines est facile, rapide et tellement raté à tous les niveaux qu’il en devient une expérience académique pour identifier les erreurs à ne pas commettre dans un FPS.

A bon entendeur…



On comprend la volonté de vouloir sauver les meubles. Conclure le projet, arrondir les angles et espérer engranger assez de bénéfices pour limiter la casse. Si Daikatana nous a appris quelque chose, néanmoins, c’est qu’il faut parfois préférer la douceur du néant. Non content d’être un FPS mou et sans originalité, Duke Nukem Forever semble bien avoir enterré son protagoniste. A éviter absolument. Si vous ne connaissez pas la série, jouez à Duke Nukem 3D à la place, si vous connaissez déjà la série, jouez-y quand même ! Venez, Bob, une autre guerre nous attend…
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1 Comment


Recommended Comments

Je serai pour ma part beaucoup plus méchante envers ce titre, pas seulement pour tous les points que tu as soulevé, mais pour le fond que je trouve complètement abruti et puéril.

Il faut savoir qu'à l'époque, Duke Nukem 3D était devenu plus ou moins malgré lui le porte parole d'une génération de joueur qui voulait à la fois rire tout en prenant le jeu vidéo un peu plus au sérieux, avec des thèmes plus matures par exemple. DN 3D n'était pas un monument de maturité, mais il était des plus subversif et provocateur, ce qui à l'époque, était suffisant.
Dans DNF, hélas, ce n'est pas le cas. Le jeu est à la fois plus vulgaire et plus aseptisé. Il est vulgaire et puéril parce qu'on peut jouer avec du caca, parce que oulala, regardez moi ça, on peut se faire sucer, et qu'on se booste en buvant de la bière.
Et c'est aseptisé car au final, la violence n'est pas poussé à fond, que le sexe n'est pas poussé à fond et que Duke, monument viril et viriliste doublé en france par la voix de Swarzy, est bourré après UNE bière. Comme si les auteurs ne voulaient pas se prendre une avalanche d'indignation et qu'ils se sont dit "faut pas déconner avec l'alcool". De toute manière, ce jeu est mou de partout, et ce n'est donc pas étonnant qu'il soit aussi mou dans le fond.

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