Alien Isolation

Aronaar

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Depuis l’Atari 2600, la saga des Aliens a été la source de toute une panoplie de titres vidéoludiques- dont une bonne part dans le domaine de l’action, forcément tentant lorsqu’on peut incarner un Marines armé jusqu’aux dents, un Prédator en mode « traqueur impitoyable » et évidemment, les joyeux xénomorphes. Tout cela avec plus ou moins de succès, jusqu’à Colonial Marines, lequel est un cas d’école de ce qu’il ne faut pas faire comme FPS, horrifique ou non. Heureusement, Alien Isolation est d’une toute autre trempe. En totale résonance avec l’esprit de la trilogie originale, c’est une aventure de survie angoissante que l’on vous promet, dans un cadre oppressant à souhait… Une promesse avérée ? Equipez-vous de votre détecteur de mouvement et venez le découvrir sans faire un bruit, ami Lecteur…

 

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Evidemment, Bob a encore joué avec l'éclairage et les batteries de la lumière s'épuisent trop vite !

Sevastopol, ensemble, construisons le futur !

 

Le jeu se déroule 15 ans après les évènements du premier film Alien. Ellen Ripley continue de dériver dans l’espace, mais une découverte liée à la tragédie du Nostromo a été découverte : la boîte noire du vaisseau, conservée dans la station spatiale Sevastopol.

Lorsque Samuels, un androïde de la Weyland-Yutani, révèle cette information à Amanda Ripley, le choix est rapidement fait : elle les accompagnera pour récupérer la boîte noire et enfin obtenir des informations sur le destin de sa mère.

Taylor, une cadre de la compagnie les accompagne, et les voilà en route à bord du Torrens…

Forcément, on sait que ça va mal se passer- et le jeu ne perd pas de temps, puisque juste au moment d’entrer dans la station (qui ne répond pas aux appels), une partie de cette dernière explose, séparant Amanda des deux autres.

Lorsqu’elle parvient à bord, Sevastopol semble dans un triste état, et les choses s’arrangent à peine lorsqu’un résident décide de faire équipe avec elle de mauvaise grâce, après l’avoir menacé d’un revolver pour savoir qui elle était.

Disposer d’un vaisseau est un puissant argument…

Comme on s’en doute, le temps passé en compagnie de ce joyeux drille est court, histoire de donner une première impression de la station et un avant-goût des mécaniques d’infiltration. Votre équipier d’infortune vous parle d’un tueur rôdant dans la station, et ô ironie, il se fait tuer par lui- lequel n’est autre que l’Alien, bien sûr.

Ripley junior ne devra donc plus seulement récupérer la boîte noire et retrouver Samuels et Taylor, mais tout simplement survivre dans un complexe en pleine déliquescence…

Et pour des raisons cohérentes : Sevastopol abrite notamment une usine de construction de synthétiques Lambda, produits à bas coût pour espérer concurrencer la Weyland-Yutani, mais à cause (entre autres) de cadres incompétents, de restrictions budgétaires insensées et de mauvaises décisions commerciales, c’est un échec.

Ce qui explique pourquoi la station allait être revendue et se retrouve dans un état déplorable ! Si les androïdes Lambda ne sont pas très coopératifs et ont arrêté la maintenance, il y a également une bonne raison, que je ne puis dévoiler ici.

Dans tous les cas et alors que de nombreux jeux dans ce genre souffrent d’incohérences aussi grosses que la bêtise de Donald Trump, Alien Isolation, pour sa part, se passe dans un cadre majoritairement crédible, ibidem pour les décisions des personnages.

Et c’est un gros plus pour l’immersion, le point fort du jeu, assurée aussi en bonne part par une atmosphère audio soignée (les bruits de déplacement du xénomorphe, la musique gagnant en intensité dans les moments de forte tension…) et l’intérieur souvent lugubre de Sevastopol.

Si vous êtes fan des Aliens – il y a de bonnes chances avec un tel titre, non ? – vous pourrez vous régaler du travail effectué par le studio pour coller à la franchise le plus possible, ne serait-ce qu’avec le design et cette touche délicieusement has been des années 70, notamment au niveau des ordinateurs.

Le connaisseur pourra également apprécier les références implicites aux films, particulièrement au premier Alien, Amanda vivant des scènes faisant écho aux propres expériences de sa mère. Et tout cela sans tomber dans le fanservice idiot, le jeu déconstruisant même certaines attentes que l’on pourrait avoir parfois !

Du bon boulot.

 

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Souriez, vous êtes tué !

 

L’ingénierie, plus qu’une passion, une nécessité

 

Le gameplay, dans son cœur, ne surprendra pas : évoluer dans différentes zones de la station pour accomplir des objectifs, avec sur la route de Ripley l’un des ennemis les plus coriaces du jeu vidéo, nommément les portes fermées !

Que ce soit avec l’outil adapté (tel le syntoniseur permettant de pirater certains systèmes électroniques), une carte magnétique, un mot de passe, une commande d’urgence, en déverrouillant depuis un ordinateur ou en rétablissant le courant, vous n’en finirez pas de devoir ouvrir des portes.

Bien sûr vous aurez aussi des tas de système à remettre en route, fonctionnellement, c’est similaire, obligeant régulièrement à des détours pour trouver la solution (pourquoi pas par des conduits d’entretien, méthode approuvée par Gordon Freeman).

Heureusement, le rapport entre le sentiment d’accomplir quelque chose et celui d’être bloqué est équilibré et la progression n’en pâtit généralement pas. Seuls quelques moments ont un goût de sauce rallongée gratuitement, où il faut se coltiner une étape supplémentaire surprise pour ouvrir une porte- je pense par exemple à la phase où un générateur parfaitement fonctionnel tombe en panne, condamnant la porte et obligeant à retourner en arrière.

En parlant de retourner en arrière, vous trouverez sur votre chemin des portes ne pouvant être ouvertes qu’avec un outil que vous ne trouverez qu’ultérieurement, ce qui pourrait inciter à effectuer du backtracking en théorie.

Pourquoi du backtracking, me demanderez-vous, ami Lecteur ? Pour aller chercher des ressources supplémentaires, pardi ! Amanda renvoie Mc Gyver dans les cordes avec ses capacités d’improvisation, capable de créer à partir de camelote et d’autres menus composants des émetteurs de son, des bombes artisanales, mines IEM, medikits…

Toutes choses dont vous aurez besoin pour survivre ! Du moins en difficile, au niveau intermédiaire, l’usage des gadgets (mis à part les medikits) est utile mais pas primordial pour s’en sortir. Dans tous les cas de figure, vous ne pouvez conserver sur vous qu’un nombre limité de composants, rajoutant une petite mécanique de gestion d’inventaire- vous pouvez engager des composants nécessaires à la création d’un objet sans le fabriquer tout de suite, ce qui libère de la place.

Amanda utilisera également un petit arsenal : revolver, shotgun, fusil à clous et lance-flammes. Ceci n’est toutefois pas une invitation à rechercher la confrontation, bien au contraire ! Si les survivants grincheux de la station sont plutôt aisés à abattre, et sans utiliser trop de munitions, les Lambdas sont déjà une toute autre affaire, nécessitant un chargeur entier de revolver en pleine tête pour s’avouer vaincu.

Et comme APOLLO, l’intelligence centrale de Sevastopol, n’est pas vraiment de votre côté, moult synthétiques seront sur votre chemin.

Quant au xénomorphe, s’il a réussi à opérer un tel carnage sur la station, c’est simple : point de Marines et d’équipement militaire à disposition, il se rie des armes de petit calibre dont vous disposez grâce à sa chitine, seul le lance-flammes peut le repousser…

Momentanément !

Et d’ailleurs, en évoquant l’alien, il est temps de parler de la star du jeu.

 

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La carte sera une précieuse alliée, vu la propension des portes à être fermées, parfois de façon bien commode.

 

Le parfait organisme (pour VOUS faire la peau)

 

Massive. Véloce. Extrêmement menaçante. La créature immortalisée par Giger prend vie comme jamais sous les yeux et aux oreilles du joueur, vous traquant inlassablement, utilisant le système de ventilation comme une toile de métal parcourant toute la station afin de vous retrouver et de vous tuer.

Comme dans Amnesia, un puissant facteur de tension réside dans l’impuissance que vous ressentez face à cet ennemi implacable. Au mieux vous pouvez le distraire et vous enfuir, au pire vous dissimuler en espérant déjouer sa vigilance.

A part une faible poignée d’instances scriptées, il peut surgir à tout moment, plus ou moins proche, peut-être sans un bruit derrière vous alors que vous pensiez le couloir sûr, peut-être bien juste devant vous, et dans ce cas, les carottes sont cuites car le xénomorphe est si rapide que s’il vous voit, vous avez de très bonnes chances de décéder dans les secondes qui suivent.

Ne mettez pas toute votre foi dans le détecteur de mouvements : cet appareil emblématique peut vous éviter un face à face digne d’un vidéogag de l’horreur, mais n’indique qu’une position approximative, et si vous l’utilisez trop et que l’alien se trouve près, il viendra vous rendre une sanglante visite !

Même lorsque la créature tellement convoitée par la Weyland-Yutani au cours de la franchise regagne les conduits de ventilation, difficile d’avoir l’esprit tranquille, car au final, elle reste très près…

Et ne vous inquiétez pas, si jamais vous vous montrez apte à brouiller votre piste, le jeu forcera l’IA à aller vers votre position de temps à autre pour maintenir la tension.

Le mot correspond d’ailleurs, à mon sens, tout à fait pour qualifier l’effet produit par Alien Isolation. Non pas que le jeu ne soit pas effrayant : il y a largement de quoi avoir des coups au cœur, notamment au début lorsque vous prenez vos marques et ne savez pas encore tout à fait de ce dont quoi est capable le xénomorphe ; par la suite il y aura également de la place pour de mauvaises surprises.

Mais au bout d’un moment, et notamment de quelques trépas expéditifs, un phénomène d’habituation se met en place et la perspective de se faire trucider par la créature peut devenir nettement moins phobogène.

On pourra en venir parfois à être quelque peu agacé de voir que notre hôte à la double mâchoire revient déjà nous rendre visite après une trop courte absence, ou qu’il se montre un peu trop insistant à fouiller la même zone en boucle.

Pourtant, on peut remarquer que l’IA fait son travail, notamment en s’adaptant. Si vous vous cachez trop souvent au même endroit, y compris dans un conduit de ventilation qui vous semble cosy pour récupérer, il finira par vous débusquer- violemment.

Utiliser des fusées éclairantes paraît une bonne idée pour attirer son attention ? Jouez à ça trop souvent, et le xénomorphe finira par comprendre qu’il s’agit d’un stratagème et l’ignorera.

Vous aimez utiliser le lance-flammes pour sentir que vous reprenez le dessus sur cette affreuse bestiole ? Il finira par jauger quelle est la portée de l’arme, vous forçant à gâcher plus de carburant (et ça part déjà très vite…).

On ne peut pas non plus tellement prendre en faute le fait que la créature se focalise sur Amanda, puisque les xénomorphes priorisent l’élimination des cibles les plus dangereuses !

Malgré tout cela, il peut survenir des moments de lassitude lorsque le schéma perd de son sel et que l’alien est plus ressenti comme obstacle que comme menace. Heureusement, les postes d’appels d’urgence – le seul moyen de sauvegarder manuellement – sont placés de telle manière que la frustration, elle, ne sera pas trop présente.

A vous après d’aller résolument de l’avant, ou retourner de temps à autre vers un poste pour sauvegarder au cas où…

 

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Si vous vous croyez invincible pendant les mini-jeux de piratage, vous allez avoir une mauvaise surprise...

 

Je voulais qu’Amanda Ripley puisse tourner la page

 

De manière générale, le tempo de la campagne est plutôt bon : les petites victoires succèdent et précèdent la réalisation de nouveaux obstacles ou désastres à surmonter.

Deux phases sont réellement à mettre en faute. La première, lorsque Marlow, le capitaine du vaisseau ayant trouvé la boîte noire, « raconte » ce qu’ils ont trouvé dans l’épave visitée par le Nostromo : une séquence laborieuse où l’on incarne justement Marlow.

Pas d’action, pas de réflexion, de la marche à pas lents pour une révélation n’apportant rien sous cette forme puisqu’on aura déjà deviné ce qui allait se passer.

L’autre phase se situe vers la fin qui est étirée un peu artificiellement pour marquer le coup, surtout lorsque Ripley se retrouve capturée au lieu d’être tuée sans aucune raison logique, donnant lieu à un détour n’apportant pas grand-chose.

La fin en elle est-même ne parvenant, pour sa part, pas forcément à donner un grand sentiment d’accomplissement…

D’autres petits défauts gravitent autour d’Alien Isolation. Les QTE sont inoffensives mais dispensables.

L’IA rencontre parfois des bugs, comme des humains incapables de contourner un pilier pour vous tirer dessus, ou l’alien fonçant vers vous mais se retrouvant bloqué par un Lambda, ce qui pour le coup brise toute tension. Des moments où on jurerait que le xénomorphe devrait nous voir lorsqu’on se trouve très proche de lui, alors qu’à d’autres moments il nous repère de très loin. Quant à collectionner les plaques d'identité, comme cela n'a aucun impact que ce soit sur le gameplay ou la narration, j'ai du mal à en voir le sens.

Surtout dans un contexte où les déplacements sont dangereux !

Dans l’ensemble néanmoins, l’ambiance n’en pâtit pas trop, la VF suivant également à ce niveau.

 

Un petit mot sur les DLC avant de conclure, divisés en deux catégories : un mode survival et du contenu scénarisé. Dans le mode survival, différentes maps vous sont proposés mettant en scène des personnages référencés dans la campagne (mais qu’on ne rencontre pas), dotés de différentes habilités, afin de survivre le plus longtemps possible ou d’atteindre une sortie le plus rapidement possible, pour exemples.

Peut-être des gens auront faim de ce genre de chose après le mode principal, pourtant déjà bien copieux (entre 12 et 18h selon que vous arrivez bien ou pas à fausser compagnie au xénomorphe), mais quelque part, je doute que réaliser le meilleur score sur ce genre de jeu va représenter une vraie motivation.

Le contenu scénarisé tourne autour du premier film Alien, ce qui parlera plus aux fans… A moins que ceux-ci ne préfèrent sagement économiser leurs euros pour visionner le film à la place !

Lorsqu’on se rend compte que l’ensemble des DLC revient plus cher que le jeu de base, il y a de quoi réfléchir…



Le premier Alien versait dans le survival-horror avec un peu d’action, et Alien Isolation prouve que, oui, il est possible de faire la même chose en jeu vidéo. Prenant, doté d’une superbe ambiance, riche en tension sans forcément faire peur à tout le monde, cette itération est assurément une bonne pioche si vous n’avez rien contre une production plus subtile que les autres jeux concernant la licence. Bien entendu, être un connaisseur des Aliens ne pourra que vous faire apprécier le jeu davantage !