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Toutes les oeuvres que je créerai pour le Inktober 2019 seront ici.

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31 - Mûr

Nous avons traversé la Terre sous un concert de bombes, fermement campés sur nos motos. J’ai assisté en direct à la dévastation total du genre humain. Par je ne sais quel prodige, le temps semblait accélérer alors que nous roulons. Les quatre cavalières exultent, hurlent et influencent les humains. Tout d’abord, des milliards d’âmes sont arrachés par ma fiancée qui lève sa faux au plus haut au-dessus de sa tête. Les trois autres n’ont plus qu’à agir de concert ensuite : instillant la guerre, la famine et la maladie parmi les pauvres survivants qui auraient certainement préféré un pull pour noël et pas des emmerdes supplémentaires. Partout sur la planète, les radiations liquéfient les hommes, les affrontements déciment pour des boîtes de conserves et de l’essence et la faim affaiblie tout ce joli monde.   Je pense devenir fou. Ma tête me vrille sous les images de destructions multiples et accéléré. Les gens pleurent et se dévorent à cause de moi. J’ai précipité l’humanité dans le gouffre juste pour pouvoir mourir définitivement.   Les années passent, et je suis toujours sur cette moto. Je vieillis à vue d’œil et je halète. Je sens ma peau se dessécher, mes organes se ratatiner et l’arthrose s’emparer de mes os. Je pleure à mon tour, jusqu’à me vider de toutes substances et de toutes émotions. Quand les motos s’arrêtent, j’ai plus l’impression d’être une grosse buche raide et desséchée qu’un être humain. Il n’y avait plus rien de vivant, même pas d’animaux, les gens les ont mangé. Il n’y avait plus de plantes, les radiations les ont détruites. Il n’y avait plus que moi, avec la faucheuse à mon bras.   « Nous avons terminé notre travail, m’indique Pestilence. Nous allons enfin pouvoir nous reposer. - Merci encore mon amour, comme tu l’as tant espéré, je vais t’offrir le repos auquel tu aspire tant. Tu ne pourras plus te réincarner. Ta prochaine mort sera la dernière. Merci encore. »   Attends, tu ne vas pas me laisser comme ça quand même ? Non ! Salope ! REVIENT ! JE NE SUIS PAS ENCORE MORT !   Et elle me laisse. Je ne peux même plus parler, ma mâchoire ne bouge pratiquement plus. Je suis debout au milieu des débris. Je ne peux même pas marcher ou m’assoir, je suis paralysé. Je dois attendre le retour de la mort sans pouvoir crier et sans que rien ne puisse mettre un terme à mes souffrances. A présent, le temps s’étire, et je ne peux toujours pas mourir…   Pitié… Achevez moi…

MaiffaInes

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30 - Attraper

Je pense qu’il est temps que je vous explique tout ce bordel. Jusqu’à maintenant je vous ai gardé la surprise, mais vous commencez à vous douter de ce que je vais faire n’est-ce pas ? Dans le doute, je vais l’expliciter : je vais causer une guerre thermo-nucléaire en lançant des missiles russes sur l’Europe et les Etats Unies, histoire de bien titiller tout le monde et causer une troisième et certainement dernière guerre mondiale.   De quoi réunir les quatre cavalières de l’Apocalypse donc !   Car je pense que c’est cela que la Mort souhaite. Elle souhaite retrouver ses sœurs et pour cela, il n’y a qu’une seule possibilité, provoquer une catastrophe mortelle mondiale. Je m’empare de la valise nucléaire soviétique, je l’ouvre en utilisant les mains du défunts président, et comme j’ai eu le code il y a de cela des centaines de vies auparavant, je peux utiliser l’outil de destruction massive.   Maintenant, je suis en pleine hésitation. Quelles villes, voir quelles régions, devrais-je atomiser ? Je suis un peu pressé par le temps, alors je prends au hasard. Allez hop, l’Allemagne, la Bretagne, et alpes transalpines. Pour l’Amérique, un missile pour chaque partie du nouveau continent, histoire de se mettre tout le monde dans la poche. Une fois ces manipulations entrées, je m’installe à la fenêtre pour observer la course des missiles dans le ciel, les traînées partant dans toutes les directions. J’allume un ordinateur pour lancer ‘’It’s the End of the world as we know it’’et je soupire d’aise pendant que je peux encore écouter un peu de musique.   Alors que les sirènes me cassent les oreilles, je vis d’autres traînées, plus au ras du sol. Quatre motos filant à vivre allure vers ma direction. Je souris en reconnaissant ma bien aimé. Je grimace en reconnaissant Famine, la plus famélique et la plus guindé des quatre, et qui a eu le mauvais goût de tuner sa moto avec des néons jaunâtres. Guerre est celle qui s’assortit le mieux avec sa bécane, notamment avec son accoutrement de clous et de cuirs. Elles s’arrêtent devant le bâtiment, observent le carnage, certaines retirant leur casque. Les quatre se prirent dans les bras pour un câlin général et je choisie ce moment pour ouvrir la fenêtre.   « Hey chérie ! je hurle en direction de la Faucheuse. Attrape ! »   Je me défais de l’anneau de ronce et je lui lance. Elle l’attrape ave agilité et me fait signe de descendre. Je m’exécute, je n’ai plus rien d’autre à faire. Guerre me gratifie d’une accolade et Pestilance d’un clin d’œil amical. Famine, comme à son habitude ne me donne rien, pas même un regard.   « Tu as enfin réalisé notre destin, me susurre ma femme, nous pouvons enfin convoler en justes noces. Prend donc place à mes côtés. »  

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29 - Blessé

Vous savez, là où est établi Poutine, ça ne vaut ni la Maison Blanche, ni l’Elysée, mais c’est très loin d’être dégueulasse. Par contre, le nombre de gardes d’élites au mètre carré est très certainement trois ou quatre fois plus élevé. On a bien défouraillé pendant au moins deux ou trois bonnes heures. Je jonglais entre mon propre équipement, ce qui me tombais sous la main et l’environnement, autant qu’il est possible bien entendu. Je pense que jamais je n’oublierai la sensation des balles qui sifflent à mes oreilles, les douilles qui s’accumulent à mes pieds, manquant de me faire tomber quand je glisse dessus. Mes bras qui commençaient à me donner une sensation de déchirement à force de tirer le chien du fusil à pompe. Tirer le manche prend à présent un tout autre sens dans mon esprit.   Et derrière moi, il ne restait plus que des ruines, des murs déchiquetés, des cadavres de plus en plus découragés ou effrayés et des armes encore fumantes. Même le sang ne peut plus être humé, on ne respire plus que la poudre et le métal chauffé à blanc. Et il ne reste plus que le boss, le dernier rempart entre moi et mon objectif : contenter la Mort. J’explose les caméras avec mes dernières cartouches de fusils et vérifie mon holster. Il ne me restait que mon 357 magnum Python. Je souris. C’est digne d’un vieux dessin animé, il ne me manque plus que le t-shirt rouge et la coupe à la con. Le cliché n’est pas complet cependant, mon barillet est plein et j’ai encore deux recharges de prêt dans mes poches.   Je défonce la porte d’un coup de pied, et je roule à terre, juste à temps pour éviter deux tirs de makarov. J’ai de la chance, mon adversaire était chauvin. Il m’aurait accueilli avec le fleuron de l’armement américain, je serais une passoire. Je tire une première fois, surpassant les tirs de semi-automatique par la seule puissance de mon arme, et j’atteins le président russe à l’épaule. Cela ne semble pas l’arrêter malgré le fait qu’il ait décollé à l’arrière sous la puissance de l’impact, et il m’aligne pour m’atteindre à l’abdomen. Je hurle de douleur, mais je tiens le coup. Je ne peux m’arrêter maintenant. Le pistolet de Poutine est vide, il déclic pathétiquement dans le vide, et à l’obstination de l’homme pour essayer de tirer malgré tout, je sais qu’il n’a plus rien en réserve. Je prends le temps de viser pour exploser le crâne de l’un des hommes les plus connus du monde.   Je m’appuie sur le mur et je pose une main sur ma blessure. Je pissais le sang. J’en ai plus pour longtemps.

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28 - Conduire

La route est longue jusqu’en Russie, surtout quand on part de Paris. Je ne vous dis pas le nombre de plein qu’il faut faire, le nombre d’heure que l’on avale sur la route et le nombre de nuits que l’on passe dans des hôtels miteux. Quand on en trouve bien entendu. Parce que sinon, je peux aussi vous parler du nombre de fois où j’ai dû dormir dans la bagnole. Vous avez déjà dormi sur un canapé ? Imaginez maintenant dormir sur un truc encore moins confortable mais avec l’insécurité en plus. Ca ne vaut pas dormir sous les ponts, mais on en est pas loin, car là où on peut se garer, c’est généralement fréquenté par moult salopards de tout genre : trafiquants de toutes sortes de biens illégaux, camés, clodos en vadrouilles, jeunes connards en quête d’un moyen de tromper l’ennui de leur existence…   Ce n’est donc pas la meilleure solution, surtout en plein territoire slave. Mais je finis par abandonner ma vieille voiture. J’avais à présent bien mieux : un tank. En sabotant les autres bien entendu, je n’ai pas envie d’être emmerdé sur le périph’ de Moscou.   Les prochaines heures sont consacrées à massacrer tous ceux qui me barrent la route. Je leur roule dessus avec mes chenilles, tel le boucher de Stonne. J’éventre les bâtiments à coup de canon. Des bâtiments genre les commissariats de police hein, pas les bâtiments de civil. Même quand les soldats se planquent parmi les bâtiments civils, je préfère nettement la mitrailleuse. Ou je me contente de passer, réservant mes munitions pour quelques élus triés sur le volet. Pour les reconnaître, c’est simple, ils ont un gros tube qui lance des explosifs. Ah mais, eux, pour se distinguer autant, ils ont même le droit à une priorisation ! Je suis comme ça, sympa comme tout.

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27 - Manteau

Et je sais tout à fait ce qui me reste à faire. Et de plus, j’ai reçu mon anneau. Il me reste donc moins de vingt-quatre heures pour appliquer mon plan pour cette vie-là. Autant dire que le temps presse, et comme je viens d’avoir l’idée, soit je serai seul, soit j’aurai des renforts, mais elles viendront d’elles même… Enfin, non, si j’ai des renforts, c’est que j’aurai encore bien des vies. Donc, j’espère être seul.   Mais je ne vais pas y aller avec seulement ma bite et mon couteau. Il me fallait du matériel. En dessous de mon lit, il y a mon coffre remplis d’armes, mon armurerie personnelle. Le temps de le sortir et de l’ouvrir, et me voilà avec une débauche de calibres, de munitions et de lames divers et variés. Je prends un katana court que j’aiguise pour m’assurer que la lame reste bien tranchante, et le glisse à ma ceinture. Je m’empare du fusil à pompe : un SPAS, calibre 12, que j’ai modifié pour le rendre semi-automatique. J’enfile une ceinture de munition et la couvrit de cartouche de chevrotine calibre douze. Je prends plusieurs pistolet et revolver de différentes tailles et les rangent dans différents holsters. Deux pour les épaules, deux pour la ceinture, deux à la cuisse et les plus petits dans des mini-holsters planqués à mes chevilles. Et pour planquer tout cela, une seule solution : un excellent manteau bien long, souple, protégeant bien des intempéries.   J’hésite un long moment entre le cache poussière, le pancho et le trench-coat. Chacun possède ses atouts et ses attraits esthétiques. Mais il faut se rendre à l’évidence. Le trench avait tout son charme compte tenu de mon plan…

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26 - Sombre

Pourquoi la Mort a fait de moi le Réincarné ? Que pourrais-je donc faire pour elle, que ne peut-elle pas faire ?   J’avoue que mes recherches m’ont plongé pendant un moment dans le plus profond des désespoirs. Car pendant plusieurs vies, je n’ai trouvé absolument aucune piste. Rien. Nada. Peau d’zobe. J’ai pourtant cherché dans presque tout ce qui était possible et imaginable, y compris les plus sombres connaissances occultistes inventé par les mages antiques les plus frappés de la caboche.   Mais il devait bien y avoir plus de trucs sur les cavaliers de l’Apocalypse quelque part non ? Et bien oui, dans la bible. Oui j’ai l’air particulièrement con, ne vous posez pas la question, j’ai tellement de vies accumulées qu’au bout d’un moment, je ne peux pas me souvenirs de tout non plus. Cependant, on n’avait pas tant d’informations que cela dans ce lourd et épais bouquin remplis d’inepties pompeuses, et il en était de même dans ses deux ersatz…   C’est à ce moment là que j’avais compris pourquoi j’étais devenu l’Inquisiteur. Il me fallait plus d’information, alors j’avais convaincu le Pape de ma propre menace… Et pour cela, j’avais réorganisé les Cendrés pour me capturer une première fois et exécuter mon premier meurtre rituel avec l’arme que j’avais ‘’enchanté’’ en Transylvanie. J’ai organisé un véritable harcèlement de moi-même, afin de boucler mon propre flux temporel. Et par la même occasion, en rappelant à moi-même quel était l’objectif, je provoque ces mêmes recherches.   Et j’ai enfin trouvé quel était le souhait de la Mort… Quelque chose de simple. Retrouver sa famille.

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25 - Délicieux

La vengeance est un plat qui se mange froid comme on le dit. Pourtant, son goût en restera toujours profondément inchangé. Mais cette fois-ci, je ne constaterai sa qualité que bien plus tard. Sur le moment, ma vengeance a été quelque peu terni par bien des points. Et le premier était sans nul doute l’identité de l’homme sur qui nous avions mis le grappin.   Certes, nous avions atteint la salle du trésor, débordant de coupes, de croix en or incrustés de pierres précieuses et de bien moult autres trésors. Et juste au milieu de tout cela, il y avait un homme. Habillée entièrement de rouge, comme s’il était un inquisiteur espagnol du seizième siècle. Il était incroyablement nonchalant compte tenu de la situation.   « Bienvenu à tous, et nous voilà, tous les sept. Sept réincarnés. »   Moi et mes cinq camarades nous nous sommes regardés, sans trop comprendre.   « Vous devriez savoir pourquoi je suis si efficace pourtant non ? insista l’Inquisiteur en souriant. C’est parce que je vous connais très bien. Et pourquoi je connais aussi bien hum ? Pourquoi ai-je autant d’information ? »   Il défit ses gants, exhibant des tatouages. Un ankh et un signe cabalistique. A sa main droite, un anneau de ronce. Nous serons tous des dents.   « Pourquoi ? demandions-nous tous les six simultanément. - Il semble que vous ayez oubliez quelque chose depuis un moment. Il faut donner satisfaction à la Mort si on veut être libérer. J’ai donc eu pour mission de nous rafraîchir la mémoire. Et il faut maintenant se demander ce qu’elle veut. Réfléchissez-y… »   Il cracha soudainement du sang. Nous reculions tous d’un pas alors que la maladie l’emporta. Nous nous regardions alors et nous partîmes.   Le soir même, avant de se séparer, nous avions dîner dans un excellent restaurant chinois, et dans les biscuits clôturant le repas, nous trouvâmes des anneaux de ronces. Un pour chacun.   Peu après ça, j’ai vécu de nouveau cette aventure, cinq autres fois.   Et me voilà aujourd’hui, à vous conter mes multiples vies. Et je pense avoir trouvé la solution à la question. Quel est le souhait de la Faucheuse ?

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24 - Etourdi

Lors de la prise d’un bâtiment, ce qui est important, c’est la capacité d’une équipe à étourdir. Il faut étourdir la sécurité pour la neutraliser. Neutraliser les combattants à l’intérieur pour mieux les massacrer. Etourdir l’adversité pour éviter de tomber dans des pièges et des guet-apens. Provoquer l’étourdissement de l’adversaire pour l’achever, c’est la base de tout combat en fait.   Le moyen le plus simple, c’est de porter un coup au but. Que ce soit à main nue, avec une arme blanche ou même un tir d’arme à feu, un coup bien placé, c’est une victoire assurée, puisqu’un assaut victorieux permet souvent d’enchaîner plusieurs autres attaques, plus facile à placer, et qui peuvent donc être mortel. Il y a des outils dédicacés à l’étourdissant d’ailleurs : des grenades pour la plupart, mais également certaines armes d’auto-défense comme la bombe au poivre, le taser, ou même, les charges de porte. En fait, tout explosif sert avant tout à assommer. Lors de la première guerre mondiale, les tirs d’artillerie ne devaient pas servir à tuer l’infanterie, mais à les briser moralement et physiquement pour faciliter l’assaut qui arrive juste ensuite.   Lorsque que l’on jette une grenade, on essaye avant tout d’instaurer une panique chez l’ennemi. Une panique, qui va étourdir son sens tactique et sa réactivité. En dehors de les balancer dans des lieux fermés et verrouiller bien entendu. Voyez l’utilisation d’explosif en combat comme les tirs de barrages : le but est de créer un effet, pas forcément de mettre une fin définitive au combat. Enfin, ça, c’est uniquement mon point de vue, Lecteur, j’imagine que vous avez le vôtre.   Et nous, nous avions toute la panoplie en ce qui concernait l’arsenal de l’étourdissement. Vraiment tout. Lorsque l’on débarqua dans le temple dédié à un dieu anonyme et certainement inexistant, nous avons démarré l’assaut en jetant des grenades assourdissantes tout azimut. Mon moi chinoise assommait toujours à moitié ses adversaires avant de leur briser la nuque. Le petit vieux sortit un fusil à canon sciée de son trench-coat et ne semblait cesser de tirer avec, forçant les ennemis à se mettre à couvert où je les attendais, équipé de mon pistolet silencieux.   A chaque salle, on plaçait des explosifs sur les portes, voir les murs, et on débarquait à l’unisson. On nettoyait et on recommençait pour la salle suivante. Nous avons amené l’enfer dans un lieu saint. Et je dois avouer que c’était particulièrement plaisant…

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23 - Ancien

Mon plan pour parer à la difficulté de la solitude était simple : poser mon cul sur un banc place Saint Pierre, et attendre. La raison est fort simple : si aujourd’hui je me rends compte que je me trouve dans une situation inextricable seul, alors forcément, mes mois futurs le savent également. Et ils savent forcément que je suis en train d’attendre sur l’une des plus célèbres places d’Europe.   Et je n’ai pas eu à attendre longtemps, les voilà déjà. Ils étaient cinq, divers et variés. La plus jeune était une jeune adolescente asiatique, au crâne rasé et aux habits d’une blancheur immaculée. Une seconde femme se tenait à ses côtés, les mains dans les poches de sa veste à trois cent patates. Elle mesurait près de deux mètres et à sa carrure, elle devait bien faire deux de large. Le troisième était un petit vieux au grand et large pardessus traînant au sol. Le quatrième, un homme de mon âge au regard noir et aux mains couverts de cicatrices. Le dernier enfin, un homme mûr, aux tempes grisonnantes et au regard d’acier. Tous, sur leurs mains, avaient les mêmes tatouages : celle d’un ankh et d’un signe cabalistiques sur les mains.   Nous nous sourions. Combien de temps avons-nous attendu chacun pour participer à ce rassemblement ? Quelles ressources chacun avait accumuler et amener juste pour ce jour ?   Je me levai de mon banc. Nous n’avions pas besoin de parler. Il était l’heure. D’un pas unanime, nous nous dirigeons vers le palais papal, impatient d’en découdre…

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22 - Fantôme

Quand tu t’intéresse à une cible, tu ne dois surtout pas visible, de quelque manière que ce soit. Le mieux que vous pouvez faire, c’est de pouvoir entrer dans une pièce est d’être tellement oubliable que personne ne fait attention à vous, même quand vous êtes en train de fouiner partout. Etre invisible, ce n’est pas seulement se dissimuler dans une boîte en carton dans des couloirs stériles. C’est surtout pouvoir faire des choses répréhensibles aux yeux de tous.   Ce n’est pas si facile. Le culot ne suffit pas à ce stade, il faut intégrer mentalement qu’au moment où on fait quelque chose pouvant provoquer notre mort, c’est tout à fait normal et naturel de le faire, mais surtout, d’être là. Aucune hésitation, aussi bien de corps que d’esprit, n’est autorisé. Une balle dans la tête, ça va tellement vite…   Peu d’homme peuvent véritablement exécuter cet exercice, et moi-même, j’avais encore énormément de progrès à faire. Mes repérages à l’intérieur des places fortes du Vatican étaient donc particulièrement délicats. Les accoutrements étaient étroitement surveillés et étiquetés. En voler une impliquerait de provoquer une alerte dans la semaine qui suivrait.   Heureusement, j’avais quelques contacts ci et là dans la mafia et à l’état. Avec les bonnes justifications, j’obtint un petit poste d’agent d’entretien là où ils conservaient leurs plus belles pièces couvertes d’ors et de pierres précieuses. Mais récolter les renseignements sur le lieu de mon prochain coup n’était pas suffisant. Je ne pouvais pas faire cela seul, et je ne pouvais me fier à personne d’autre. Il n’y avait qu’une seule solution.

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21 - Trésor

Quand tu veux t’attaquer et faire mal à quelqu’un, pas besoin de le faire saigner ou de lui exploser les os. Attaque-toi à sa psyché, rend le fou. Et l’une des meilleures façons de le faire, c’est de s’attaquer à ceux qu’il aime (mais c’est particulièrement lâche et lamentable) ou de s’attaquer à son portefeuille.   Et généralement, les gens d’Eglise au Vatican, ils n’aiment personnes mais ils ont un gros trésor. Et je voulais m’assurer de passer un message pour tous les Inquisiteurs qui suivront, ou tout autre nom que ce genre de connard qui suivront.   Je sortais du Maroc où j’avais abandonné un gars dans le désert. Oui, je pouvais être cruel, je le savais bien. J’avais pris l’avion pour Rome, et en quelques heures, me voilà dans la capitale italienne. J’avais une planque déjà disponible, tout près du Vatican, et ça tombait bien, car j’allais y rester un moment.   Dans les premiers jours, je ne fis rien de particulier. Je préférais me faire oublier, il y a peu, j’étais encore poursuivi par des tueurs à gages papaux. Au bout de deux semaines, je commençais mes repérages, faire le tour de mes contacts, récolter des renseignements pour préparer mon coup. Ma cible ? Le trésor du Vatican.   Rien de plus, rien de moins. Je n’enverrai pas un message qu’au boss des Chrétiens pour qu’il cesse de m’emmerder. Je vais envoyer un message à tous les boss de religions divers et varié à travers le globe. Même les sectes les plus obscurs vénérant le Grand Cthulhu vont me craindre après ça.

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20 - Marcher

Ce mec était un malin. Un jour, il arriva même à me faire croire que j’étais parvenu à le buter d’une manière bien sadique, et cela m’étais retombé dessus en plus. Je venais de recevoir mon anneau alors que j’étais au Maroc. Je faisais parti des services de renseignements et je venais de remplir une mission particulièrement délicate. C’était certainement comme ça que j’ai dû me faire remarquer des assassins du Pape.   Comme depuis un certain temps, ils étaient nettement plus dangereux et plus organisés, mais j’avais réussi à avoir le chef. Et il avait dans ses poches l’anneau de ronce !   « Pourquoi as-tu cela sur toi ! je lui avais hurlé en pleine face. Qui te la donner ? - Tu ne tireras rien de moi, Réincarné. Je ne suis pas le chef de cette nouvelle unité pour que tu puisses me soutirer n’importe quelle information juste en la demandant poliment. - Qui a parlé d’être polie ? lui assénais-je en lui branquant le canon de mon pistolet sous le menton. Qui te l’a donné ? Guerre ? »   Aucune réponse, il se borna à me faire son regard de méchant. Je lui collai un coup de crosse dans la tempe et l’emmena à l’intérieur de mon 4x4. Direction plein sud vers le Sahara où je m’arrêtai en plein désert. Juste à temps pour le réveil de la princesse sur la banquette arrière.   « Espèce d’enfoiré, qu’est-ce que tu fous ? - C’est à toi que je pose la question. Tu dois bien savoir à quoi sert cet anneau, et tu me l’amène. Tu dois te douter que je n’ai plus rien à perdre pour l’instant. - Et c’est pour ça que tu m’offre une balade à travers les dunes ? Tu es pédé en plus d’être immortel immonde créature ? - J’ai été bien des choses, mais immortel et pédé n’en font pas parti. »   J’ouvrit le réservoir et y glissa un tuyau avant d’obliger le mec à s’agenouiller devant. Il commençait à comprendre ce à quoi j’étais en train de le condamner. Il sua à grosse gouttes.   « C’est… déconne pas mec. Même toi avec ton immortalité ça doit être horrible. - Je ne suis pas immortel espèce de débile profond. Tu ne te rends donc compte de rien quand tu m’appelle Réincarné ? - Oh bordel… Je… Ecoute je ne suis même pas l’Inquisiteur. - C’est ce fameux inquisiteur qui a rendu les Cendrés plus efficaces depuis quelques années ? - Oui, c’est lui. Et il m’a confié cet anneau en me disant que ça te pousserait à te suicider d’une manière ou d’une autre. Mais je refuse de mourir comme ça, je préfère encore que tu me colle une balle dans la tête. - Comme tu le sais bien, je suis un enfoiré multimillénaire. Je compte bien ne pas t’exécuter. »   Je balançai mon arme et enfila mes lunettes de soleil. Je n’avais plus qu’à aller jusqu’au Vatican pour commencer mon enquête, sachant que rien n’était perdu. Le bonhomme, évidemment, se jeta sur l’arme alors que je reprenais ma place de conducteur et que je redémarrai le véhicule. Il me braqua et appuya sur la détente. Clic Clic. « Le village le plus proche est à vingt kilomètres au nord-est. Je te souhaite une bonne marche. » lui lançai-je en démarrant en trombe, l’aspergeant de poussière. Il avait intérêt à être bon en randonné sous zénith désertique, car je l’avais laissé sans eau.

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19 - Fronde

L’homme dont je vais vous parler aujourd’hui sera mon principal adversaire pendant le reste de mes vies, et même aujourd’hui, il m’emmerde. Il est toujours dans le coin quand cela concerne mes ennuis. C’est lui qui organise tout depuis la fin des années 2000. Et le pire dans tous cela, c’est qu’il était le bras armé du Pape, autrement dit, quelqu’un qui a le bras long et des moyens quasiment illimités. Une fois, il m’avait même coincé dans un immeuble et une fois qu’il m’avait occis, j’appris dans une autre vie qu’il avait fait passer cela pour une attaque de terroriste islamiste. L’enflure !   L’une des premières fois où j’ai été confronté à l’un de ses plans, j’étais à une base militaire en Afghanistan. Je m’embêtais pas mal, puisque j’ai été affecté en tant que technicien (le fameux Génie si vous vous y connaissez un peu) et je n’avais rien vu venir. C’était une nuit tranquille, et je n’arrivais pas à dormir. J’avais beaucoup de mal à trouver le sommeil depuis l’apparition des Cendrés, et lorsque j’avais une vie dans un monde contemporain, je devenais toujours un peu paranoïaque. De toute manière, dans des temps contemporains, je pensais pendant un petit moment qu’à partir du moment où je m’engageais dans l’armée pour dormir dans une caserne, j’étais en sécurité face à des péquenauds incapables d’avoir mieux que des revolvers rouillés.   Quand les Cendrés me donnèrent tort, j’ai eu une multitude vie plus équilibrée et d’autres méthodes.   J’étais donc à mon atelier lorsque je remarquai que quelque chose n’allait pas. Quand je regardai par la fenêtre, il n’y avait plus de sentinelles. Personne ne semblait patrouiller. Et à l’intérieur de certaines bâtisses, il y avait encore de la lumière légèrement rougeâtre. On était sous attaque de ninja chrétien, un doux kamoulox quand j’y pense aujourd’hui, mais qui me laissa cois cette nuit. En plus, je n’avais pas mon arme disponible, j’étais justement en train de la nettoyer après l’avoir démonté. La remonter m’aurait pris de longues minutes. Je décidai donc de me défendre avec les moyens du bord… en me fabriquant une fronde de fortune.   Je n’avais pas beaucoup de projectile vraiment efficace, à part des balles recouverts de colle recouvert de de poudre. Ce n’est même pas la peine d’essayer chez vous les gens, à tous les coups ça ne fonctionnera pas. Moi, je n’avais pas reçu mon anneau, donc, les chances de miracles pour moi étaient nettement plus élevé, alors ne soyez pas débile et n’en faites pas de même. Au final, j’ai pu assassiner les trois ninjas chrétiens s’étant infiltrés dans la base à l’aide d’une crosse en aluminium, d’un gros morceau de caoutchouc et d’une lanière de cuir pour accueillir le projectile.   Le dernier assassin d’ailleurs me permet d’accomplir le combat au corps à corps le plus éprouvant de ma vie.   Même aujourd’hui, cette fameuse éminence grise est ma plus grande menace et c’est ma première priorité… Car comme vous avez pu le voir aujourd’hui, il a largement les moyens de bien m’emmerder… L’enflure.

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18 - Inadapté

Pendant quelques vies, les attaques des Cendrés étaient organisés par de véritables branquignols. Tactiques inadaptées (nous sommes en danger de morts mais nous continuons à essayer de te neutraliser au lieu de faire le maximum pour sauver nos vies), armement souvent faible ou insuffisant (Ah ! Nous avons des épées ! Ton fusil n’a aucune chance ! Ah bah si en fait), motivations des sous-fifres complètements aux fraises (Ne vous inquiétez pas mes laquais ! Grâce à Dieu, nous allons vaincre cet individu qui a une expérience de centaines de vies de guerres et de batailles ! Comment ça vous me laissez me débrouiller seul ?) …   Rends-toi compte Lecteur, même lorsque je suis un gosse paumé dans les Favelas au Brésil, autrement dit, en pleine jungle urbaine où on te laisse crever la gueule ouverte si on peut s’approprier tes reins pour manger une semaine de plus… Et bien j’arrivais encore à survivre à leurs assauts et à les vaincre. Alors que j’étais trop petit et frêle pour porter autre chose qu’une arme de poing riquiqui. Alors que je n’avais qu’un chargeur. Alors que je n’avais qu’un câble électrique pour le corps à corps. Ils étaient nuls à ce point.   Une fois, ils ont même essayé de m’assassiner au beau milieu d’une salle de sport pendant mon entraînement de boxe… Avec tous mes amis autour donc. J’avais bien rigolé ce jour-là après que l’on ait prélevé quelques dizaines de molaires avant de les renvoyer chez eux. Même avec trois revolvers en poches, ils n’ont pas réussi à avoir une ascendance psychologique suffisante pour tenir tous mes potes en respect et m’abattre tranquillement.   Mais au bout d’un moment, cela changea. Enfin, ce n’est pas une surprise, lorsque l’on atteint les abysses de la compétence, les moindres changements peuvent apporter bien des miracles. Et là, c’était des miracles dont j’aurais bien pu me passer…

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17 - Ornements

J’ai rapidement été confronté de nouveau aux Cendrés. Sauf que la deuxième fois, non seulement j’étais au courant de leur existence, mais ils pensaient également ne pas m’avoir de sitôt dans leur collimateur. Comment a été amené la bataille ?   Et bien, vous vous en doutez non ? Je ne suis pas revanchard, le rapt était finement joué. Et de plus, j’avais largement compris que dans leur fanatisme religieux, leur but premier était de m’enlever pour me tuer au cours d’un rituel. Donc, avec cette connaissance, j’étais capable de mieux me défendre. Notamment, d’avoir toujours un flingue contre ma poitrine.   Nous nous sommes tombés dessus totalement par hasard. J’étais en train de flâner dans un magasin de décorations, entre les bibelots en cristal, les totems pseudo-africains et les bouddhas en mille et une matières. Je constatais la décadence donnée par le pouvoir des clichés culturelles quand je tombai sur un homme d’église. Je le reconnu immédiatement, car c’était le crétin qui m’avait étripé, mais avec vingt ans de plus.   Nous nous sommes regardés, puis il a regardé mes mains, puis il m’a regardé. Nous avons dégainé au même moment. L’âge ne l’avait pas handicapé, loin de là, il a réussi à esquiver mes balles, et comme il était occupé à essayer de me neutraliser au lieu de me buter direct. Il me vise les genoux ? Ah bah, d’accord, vas-y, moi je me mets derrière à couvert et j’en profite pour te tirer dessus.   Rapidement les débris de tout types volaient en tous sens alors que les plombs les explosaient. Ca été un sacré combat en effet, et contre un seul type ! Il avait certainement fait l’armée avant de rentrer dans les ordres pour passer son temps à essayer de me tuer. Ce qui lui fut fatal, c’était le manque de munition. J’en avais plus que lui, donc quand il fut à cours, je n’avais plus qu’à lui en coller une dans la tête à bout portant et à sortir du magasin.   Bien plus tard, je mourus de vieillesse, encore hilare, car je ne fut pas plus embêté lors de cette vie par les Cendrés.

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16 - Sauvage

Je le sentais au fond de moi, le jour de l’affrontement se rapprochait de plus en plus. Je reçus bientôt la visite de la Guerre. J’étais en train d’aiguiser ma faucille quand elle apparut derrière moi, les mains dans les poches, nonchalante comme à son habitude.   « Tu n’es donc pas capable de mener une vie sans avoir à te confronter à tes prochains ? me demanda t-elle avec une pointe de lassitude. A chaque conflit qu’il y a dans ce foutu monde, je te retrouve toujours dans le coin, d’une manière ou d’une autre. - J’aimerai bien pouvoir m’en passer, tu n’as qu’à me libérer, je lui avais répondu avec taquinerie. - Ha ! Si seulement je pouvais le faire. Mais seule ma sœur peut influencer le cours de la vie de cette manière. »   Je m’en doutais bien, aussi, j’avais haussé des épaules. Il n’y avait rien de plus à ajouter. Je vérifiai mes lames, mes armes et mes balles.   « Le souci, c’est qu’avec cette création de ce groupe d’élite, mine de rien, tu es en train d’influencer l’Histoire, me disait-elle avec beaucoup plus de sérieux. L’Histoire ne doit jamais être changé, que ce ne soit pas nos caprices ou par nos actions. - Cela sera bientôt terminé, lui assurai-je en vérifiant le canon de mon .45. - Tu as vingt-quatre heures, trancha-t-elle en me tendant l’anneau de ronce. - Ce sera finit bien avant. »   Je glissai huit cartouches dans mon fusil à pompe que je pris en bandoulière, installai le silencieux sur mon uzi et rangea mon pistolet dans mon holster de hanche.   « Aujourd’hui, ils traversent une partie de la jungle profonde, continuai-je dans un ronronnement de voix. Et j’ai déjà installé tout ce qu’il faut. »   Des éclats de voix apeuré, suivit de claquements de fusils automatiques retentirent à un kilomètre à l’est. La Guerre sourit et s’installa sur un rocher, appréciant déjà le spectacle qui venait à peine de débuter. Je pris le temps d’insérer l’anneau à mon doigt avant de m’élancer à travers la végétation.   Ce qui les faisait hurler n’était pas des pièges mortels, mais des explosifs artisanaux : des récipients en terre cuite, remplis de poudre noire et de sang de porc, le plus épais et odorant, celui que l’on réserve normalement pour les boudins. J’en avais foutu partout sur leur trajectoire la plus probable, et visiblement, j’avais tapé juste. Surpris, ils ne réagirent pas immédiatement lorsque les prédateurs sauvages pointèrent le bout de leur museau et en choppèrent quelques-uns en guise d’apéritif. Quand j’arrivai, le chaos était total. Les tigres ne se déplacent jamais en groupe, mais pour l’occasions, ils semblaient prêts à faire un effort. Deux d’entre eux se partageait l’un des membres de l’unité, l’ayant déchiré en deux après l’avoir égorgé. Un autre était mort, mais avait eu le temps de prendre deux vies. Le reste des soldats étaient en pleine panique, surtout ceux qui étaient complètement recouvert de sang et visible comme un sapin de Noël au beau milieu de la jungle. Il y avait quelques autres encore, et c’était eux mes cibles prioritaires. Me faufilant dans la végétation, j’attendit contre un arbre que l’un d’entre eux passa à mon niveau pour l’attraper lui ouvrir la gorge comme on ouvrait une enveloppe. J’éviscérai deux hommes supplémentaires et un tigre me sauva la mise en sautant sur un franc-tireur que je n’avais pas vu jusque-là.   A présent, ils savaient que j’étais là, ils se sont forcément donner le mot. Plus besoin de prendre de gants. Je m’emparai de mon calibre 12 et réduit le crâne d’un énorme félin en purée, avant de faire de même avec l’un des soldats. Une rafale m’atteint le bras gauche, m’obligeant à lâche mon flingue. J’hurla de douleur et roula dans les buissons pour observer mon état. Les os ressortaient, brisés en trois morceaux. Je m’emparai de mon uzi et cribla de balles le salaud qui avait osé me prendre de cible, et j’en fis de même pour deux de ses copains.   Il n’en restait plus qu’un, il en terminait avec un tigre et avait recharger son revolver à la vitesse de l’éclair. Nous nous toisons. Il tira forcément le premier mais j’eus le temps de dégainer et de lui en coller une en pleine tête. Mais j’étais moi-même atteint au ventre. Je me sentais complètement vannée, j’avais tout donnée. Je posai ma main sur ma plaie abdominale et m’effondra contre un arbre. Bientôt, la Mort viendra de nouveau réclamer son dû et me transmettre dans un nouveau corps.   Et c’est ainsi que les Cendrés naquirent. La propagande américaine avait dû faire son travail et prendre mon corps en photo, mais sans se douter que ça ne fonctionnera pas comme ils le voudraient. Au final, les américains perdirent bel et bien la guerre du Vietnam. Perdre une unité d’élite très coûteuse, à cause d’une seule personne, c’en était trop. La révolte populaire grondait, et ils abdiquèrent.   Mais mon combat contre les Cendrés ne venaient que de commencer.

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15 - Légende

Je ne menais pas une campagne. Je me contentais réellement de combattre là où je me trouvais quand la guerre venait frapper à ma porte. J’ai donc mené, pendant de longues semaines, une vie presque tranquille. Un tour j’étais pêcheuse, un autre, fermière, bananière et tout un tas d’autre métiers ingrats que l’on ne peut trouver que dans une jungle. Mais je gardais toujours mon uzi et d’autres armes à porter de mimines.   Rapidement, bien que personne ne pouvait me décrire, on me surnomma de manière bien cocasse la Faucheuse. Je l’appris par la bouche de la véritable Faucheuse d’ailleurs, ce qui augmentait la cocasserie de la situation. On racontait un peu partout que là où il avait des étrangers pour abuser des faibles, là où il y avait des bandits pour jouer les rapaces, la Faucheuse apparaissait de nulle part pour emporter les âmes des mécréants dans un torrent de balles et de lames. Oui de lames, car j’avais souvent une machette ou tout autre outil agricole sous la main. Bon, par trois fois, j’avais justement une faux, ce qui confirma ma sinistre réputation.   J’avais d’ailleurs entendu des rumeurs moi aussi : les yankees en avaient tellement marre de moi qu’ils avaient formé un escadron rien que pour m’abattre : les Phénix. Deux légendes donc étaient désormais destinés à s’affronter, et nous étions tous les deux aussi destructeurs et meurtriers que l’autre.   Partout où ils passaient, ils n’étaient eux aussi que morts et désolation. Ils prenaient plaisir à provoquer leur adversaire légendaire en brulant, massacrant, violant, crucifiant et mutilant à loisirs, des plus jeunes aux plus vieux. Ces enfants de salauds prenaient des photos de leurs méfaits et chargeait leur aviation de larguer des milliers de copies de ces immondes clichés un peu partout pour briser le moral de tout le monde et me provoquer.   Mais c’était mal me connaître. Ce n’était pas eux qui allaient me briser. Ce n’était pas moi qui étais bloquée avec eux. C’était eux qui étaient bloquée avec moi. Et je comptais bien le leur prouver.

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14 - Envahi

Il n’y avait pas de mystère sur la raison de la naissance des Cendrés. Cela remontait à la guerre du Vietnam. J’étais dans la peau d’une locale et je m’étais minutieusement préparé compte tenus de ce qui allait nous arriver sur le coin du nez. Et bon sang, j’en ai tué des gens. Je n’ai pas torturé, je n’ai pas volé, je n’ai pas pillé les réserves de nourriture des américains quand ils nous ont envahi. Non, je n’ai fait que défendre l’endroit où je me trouvais à ce moment-là. Je parcourais le pays, avec mon uzi en bandoulière. Ca ne payait pas de mine, c’était aussi précis qu’un journaliste occidental, mais avec son chargeur de 9mm de 30 cartouches, munitions relativement universelles, facile à trouver et à acheter auprès des russes qui nous livraient.   Je n’étais pas une sorte de Robin des bois asiatiques. C’est un personnage que je trouvais inintéressant de toute manière. Voler aux riches pour nourrir les pauvres, mais en combattant et en tuant les hommes du shérif. Au fait Robin, au cas où tu ne serais pas au courant, mais les hommes du Shérif sont souvent aussi pauvres que les autres en plus d’avoir eux aussi des familles.

Mais je digresse. Ma plus féroce bataille, c’était lorsque j’étais la seule nana armée dans tout un village et qu’une section américaine débarquait pour tout brûler, sous prétexte que ces pauvres gens pourraient abriter des insurgés. Sans vouloir critiquer, c’était exactement comme cela que ces crétins créaient eux même les forces ennemies. Mais je comptais bien défendre ces pauvres gens. En un éclair, j’étais passé en mode guérillero. J’attachai un silencieux au canon de mon flingue, ça faisait juste un peu moins de bruit, mais ça ne crachait plus de flamme. Dissimulée derrière la végétation très épaisse, je faisais cracher la mort dés que l’un d’entre eux s’isolait des autres. Au premier cadavre, ils comprenaient ce qu’il se passait, mais n’arrivait pas à me trouver.   Car je ne m’inspirais pas de Robin des Bois, je m’inspirais de Rambo. Pour survivre à la guerre, il fallait devenir la guerre. J’avais toujours dans mon sac des épieux en bois, un peu de venin et du fil pour faire des détentes. Alors qu’ils se rendaient compte que j’étais dans les bois en train de les dégommer un à un et qu’ils s’élançaient à ma poursuite, tout était déjà prêt de mon côté. Je m’étais réfugié dans une petite crevasse, couverte de feuillage (ça ne vous dérange pas que je parle de moi au féminin pour cette histoire j’espère ?), un couteau entre les dents, un arc dans les mains. Quand je commençai à les entendre hurler de douleur et de terreurs, à tirer au hasard au moindre bruit, je savais que je commençais à toucher au but. Je devins une ombre… non, une prédatrice, une véritable panthère vietnamienne. Je tranchai la gorge d’un premier G.I., perfora la poitrine d’un second pour que le hurlement attire la plupart de ses copains et dégoupilla ses grenades au dernier moment. L’explosion provoqua une véritable remise en peinture des environs. Le dernier des G.I. s’enfuit, hurlant. Je le laissai partir.   C’était peut-être une erreur, sachant que c’était certainement l’un de ceux qui allait lancer les fameux Cendrés… Mais mon histoire était loin d’être terminé.

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13 - Cendres

Avançons un peu dans le temps pour aujourd’hui voulez-vous ? Il y avait maintenant une centaine de vie depuis celle que j’ai aujourd’hui, alors que je rentrais du travail et que je trouvais mon anneau sur la table de la cuisine, j’eu à peine le temps de me rendre compte que quelqu’un était chez moi que l’on glissa une serviette bourrée de chloroforme sous mon nez. Quelques instants plus tard, je perdis connaissance.   Au début, je m’attendais à quelque chose de beaucoup plus charnel comme mort ou punition. M’étant réincarné de moult fois dans des vies féminines, je savais très bien quel genre d’horreur c’était que de subir un viol et de vivre ensuite. Sauf que moi, à ma mort, je n’oublie jamais, je ne sais pas si c’est pire, mais du coup, à chaque fois que je sentais ce genre de choses arriver, au bout de la dixième fois, cela ne me faisait presque plus rien.   Et après la première fois j’avais décidé d’arrêter d’emmerder les femmes et directement consulter moult documents féministes. Prenez vous un engin de force dans votre anatomie rien qu’une fois, et vous verrez que le respect de l’autre sexe n’est pas que l’œuvre d’hystériques misandres nourries aux idéologies de l’extrême gauche américaine.   Bref, je m’attendais à subir moult sévices dégueulasse, surtout que j’étais attaché à un mur dans une cave. La deuxième chose auquel j’ai pensé, quand j’ai vu plein de types encapuchonnés arriver, je pensai plutôt à un groupe de cultiste new age ayant mal viré, surtout avec leurs emblèmes représentant un phénix renaissant de ses cendres. Je me souviendrai toujours de leur discours.   « Réincarné. Nous sommes les Cendrés. Nous sommes les enfants et les descendants de tout ceux que tu as tué durant toutes tes vies successives. Nous savons qui tu es à cause des tatouages que tu as sur tes mains. De nombreux témoignages nous ont permis de comprendre qui tu es et comment tu fonctionnes. Nous savons que tu peux mourir, mais que tu reviens à chaque fois. Nous savons que tu frayes avec les cavaliers de l’apocalypse pour des raisons certaines très obscurs. Nous savons que tu as participé à toutes les guerres et à toutes les batailles, dans tous les camps. Saches que maintenant, nous sommes là, et nous te traquerons, si possible jusque dans ton berceau, pour que tu n’accomplisses pas ton terrible destin. A chaque fois que tu massacreras l’un des nôtre, nos enfants prendront le relai. Nous ne nous laisserons pas corrompre dans notre combat. A présent, excuse-nous, mais nous accompliront notre devoir sur le champ. »   Et il prit un kriss argenté que je reconnus entre mille : c’est la lame que j’avais utilisé pour m’ôter la vie lors de mes recherches ésotérique en Valachie. Juste avant qu’ils m’éviscèrent, j’eu à peine eu le temps de réagit de surprise, poussant un ‘’AH !’’ retentissant. Ce fut rapidement terminé, même si c’était très douloureux. Je ne mourus pas tout de suite, ils me laissèrent agoniser jusqu’à la fin sans m’achever. Ces milléniales, même pas capable de faire leur travail correctement, c’est terrible. Je comptais bien me venger par la suite.

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12 - Dragons

Ahhhh les dragons. Formidables créatures imaginaires ailés, crachant le feu, répandant la mort et la destruction pour faire fructifier son trésor dont il ne s’en sert que comme matelas pour dormir pendant quelques siècles avant de recommencer un cycle vertueux (enfin, exclusivement pour sa pomme, les dragons sont ainsi).   Mais un dragon, c’était également le surnom de la cavalerie lourde possédant des armes à feu. La plupart des unités de ce type étaient espagnoles, car les conquistadors appréciaient leur mobilité et leur pouvoir de dissuasion.   Et je faisais partie de ce corps, mais j’étais à la frontière entre la Grenade (sous les mains des musulmans à cette époque). J’avais une sublime jument que j’avais nommé Esmeralda, un gros mousquet qui ne m’a jamais servi de substitut pénien, ou de substitut pour mon ego. Il ne me servait qu’à exploser des têtes et faire des trous sur les gens que l’on désignait comme ennemi. Le mousquet n’étant déjà pas très précis de base à cause de la forme des munitions à cette époque, il l’était encore moins quand on était lancé au triple galop. Alors ne commencez pas à imaginer des charges épiques où on charge l’ennemi en déchainant le feu et le plomb sur l’adversaire. Non, c’était beaucoup plus ordonné que cela, comme toutes les batailles de l’époque, oubliez vos Age of Empire là, où les bonhommes moches se rentrent les uns dans les autres dans le plus grand des chaos. Une vraie bataille, ça prenait plusieurs heures, tout simplement parce qu’il faut faire des manœuvres.   En tant que cavalerie, on était plus rapide que les autres d’ailleurs, et on harcelait les autres bataillons à distance. Hors bataille, on rattrapait rapidement les ennemis pour leur tirer dessus à bout portant. C’était plus simple que d’essayer d’empaler quelqu’un sur ta lance. Je menais une carrière fructueuse. Ce n’était pas ma vie la plus tranquille, ou la plus palpitante. C’était une vie de combat tout à fait banal.   Je mourus bien plus tard, alors que j’étais vieux et impotent. J’avais reçu mon anneau d’un jeu premier qui m’avait défié en duel pour une raison ridicule. Il est mort en même temps que moi le pauvre, j’avais dégaine un poil trop tard. Maudite vieillesse.

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11 - Neige

L’autre jour, j’étais en train de regarder une vidéo sur internet. Il y avait un critique cinéma qui s’exprimait à propos de la guerre et de là où elle devait avoir lieu. Et en effet, le soldat n’a rien à dire sur le choix du théâtre des opérations. Ce sont les politiques et les généraux qui amènent la guerre avec eux, et donc, qui choisissent.   ‘’Et vas y qu’il y a de la gadoue, et l’hiver y fait froid, et il faut traverser un cours d’eau donc c’est difficile…’’   Ben oui, effectivement la plupart du temps c’est difficile la guerre, et réclamer d’avoir le choix est assez idiot. Mais bon, si on prenait plus souvent en considération ces questions lorsque l’on attaquait la Russie, la France aurait sans aucun conquis le monde les doigts dans le nez, mais bon, vous savez comment fonctionne les petits tyrans teigneux.   Ce qui nous amène à l’histoire du jour. Sous les ordres de Napoléon, nous progressions avec grand peine, surtout que le général hiver était de la partie. La maladie était tellement présente que la sœur pestilentielle de la Faucheuse était présente. Et oui, elle se fondait parfaitement dans le décor, puisque les soldats de l’époque emmenaient leurs greluches, leurs putes, ainsi que des boutiquières, des cuisinières et tout un cheptel de gonzesse qui nous suivait de pays en pays, sans que les généraux ne puisse y faire quoi que ce soit. Donc y’avait Pestilence et Guerre avec nous (oui elle aussi) et elles se chamaillaient pour savoir qui avait la plus grosse (on parle ici, du nombre de victime à revendiquer, honnêtement, c’était du kiff kiff).   Et moi, j’étais perdu au beau milieu de ce merdier, et je regrettais d’avoir essayer de mener une vie d’aventure et de combat. Donc, arrive ce qui devait forcément arriver, à savoir, mon bataillon qui se retrouve coupé du reste de l’armée, qui se fait prendre en embuscade, et comme par hasard, je me retrouve dernier survivant. Je n’avais plus qu’une baïonnette, mon uniforme déchiré et une ration de nourriture. Vous savez ce que ça fait de mourir de froid ?   Tout d’abord, on ne ressent plus rien au niveau physique. Le froid peut finir par nous donner une sensation de brûlure, au point où dans certaines régions du monde, une maladie mentale provoqué par le froid pousse le sujet à se dévêtir pour soulager ce qu’ils pensent être une chaleur insoutenable.   J’en en ai été pas là, je sentais juste tout mon corps s’engourdir et s’alourdir. Même mon cœur semblait battre de plus en plus lentement, et de moins en moins fort. Puis, tout cessa purement et simplement de fonctionner. Mes doigts en premiers, comme des saucisses trop dures. Puis mes bras, mes jambes se dérobèrent à mon contrôle. Effondré contre un arbre, je perdis la notion du temps alors que je sentais ma vitalité me quitter.   Ce n’était pas la mort la plus atroce que j’ai eu à subir, mais l’une des plus longue. Elle m’a permit de réfléchir sur l’utilité de la douleur et sur la futilité des décisions des plus grands.

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10 - Motif

Faisons une pause parmi toutes ces morts, et laissez moi vous raconter une petite habitude que j’ai adopté au bout d’un moment. Voyez-vous, le tatouage est quelque chose que j’ai finit par apprécier, notamment grâce au vingtième siècle et ses œuvres picturales sur chairs tellement sublimes que j’entamais parfois des collections de photographies.   Et donc, par passion pour ce merveilleux art, j’ai par la suite tatoué mon corps à chacune de mes incarnations. Les motifs étaient toujours les mêmes : un ankh sur la main gauche et un signe cabalistique sur la droite. Aucune raison particulière, juste par envie, par plaisir. Parfois, je le faisais très tôt, dés que possible, trop tôt parfois, ce qui me mettait très en difficulté si la famille où j’atterrissait détestait farouchement cette pratique, et parfois, je le faisais très tard, genre lors de la crise de la quarantaine, je me disais que c’était le moment. Tout dépendait de mes envies.   C’est quelque chose qui me tient à cœur, énormément. C’est un peu l’ancre de mon âme, quelque chose de mon identité profonde qui apparaît qu’importe mon identité, et donc, qu’importe ma vie actuelle. C’est aussi à ce moment là que j’ai complètement accepté ce que j’étais et mon destin. Y compris ce cycle sans fin de vie, de mort, et de renouveau. J’ai accepté d’être le Réincarné quand on implantait dans ma peau de l’encre, c’était pour moi ma véritable carte d’identité.   Le jour où j’avais fait cela pour la première fois, j’avais retrouvé la Faucheuse à un bal. Naturellement, comme si nous nous étions vus la veille, nous nous sommes salués, nous avons dansés et nous n’avons pas échangé un seul mot. Tout passa par le regard et par les sourires. A la fin de la valse, nous nous sommes salués de nouveaux et nous nous étions quittés, elle m’avait remis l’anneau.   Désormais, qu’importe ma vie, et qu’importe ma position dans la société à ce moment-là. J’aurai à chaque fois mes deux symboles sur les mains. Parce que c’est ainsi que je m’incorpore dans l’existence globale des choses.

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9 - Balancer

Bien entendu, j’ai participé à toutes les guerres, y compris l’hypothétique guerre du feu, que l’on peut résumer à ‘’Meuler la gueule de la tribu d’en face, car ils ont peint le mur de leur grotte en rouge et pas en blanc’’. Enfin, parfois, j’avais l’impression que l’on en était encore là, à tuer un groupe, juste parce qu’ils ont des couleurs différentes. Ou une couleur différente, celle de sa peau. Une question que vous jugez difficile, mais qui semble pourtant élémentaire dans la psychologie humaine : ce qui est différent, c’est suspect, et ce qui est suspect, on le met de côté, voir, on le brûle.   Bien entendu, la plupart du temps, c’est les dirigeants qui les provoquent les guerres, et non les peuples, et tout cela était pour la plupart du temps bien puéril. Montrer que l’on avait une plus grosse puissance militaire que l’autre, régler un litige commercial (oui, par une guerre qui risque de détruire toutes les infrastructures créant de la richesse, tout à faire, mais bon hein, c’est puéril je vous dit), prendre ou récupérer un territoire plus ou moins légitime et j’en passe, comme les états qui déclarent la guerre à des cartels ou à des mafias… et qui arrivent à perdre. Un mec dans une villa ouvert à tous les snipers à réussit à mettre minable le pays dans lequel il habite, c’est un peu comme la résistance de Vercingétorix, à un moment ça part en cacahuète et on comprendre absolument pas comment cela s’est fait.   Mais bon, je ne vais pas philosopher sur la guerre et les hommes qui les provoquent, voir, qui les entretiennent, car j’en aurait pour pas moins de trois volumes aussi épaisses qu’un livre saint ou une intégrale de Stephen King.   Donc à la place, je vais vous raconter la mort la plus idiote que j’ai subi pendant une bataille.   Nous étions bloqués dans une tranchée et on canardait notre position à coup de rafales de mitrailleuses lourdes, les trucs qui peuvent vous scier les gars en deux. On décide de nous envoyer à l’assaut, parce qu’on ne sait jamais, sur un malentendu, ça peut passer. Moi, j’avais reçu mon anneau il y a cinq minutes, donc je ne me posais plus trop de question, mais je ne suis pas mort comme je l’espérais. Je pensais me faire faucher par les balles. Je pensais me prendre un tir de mortier, le souffle d’une grenade… ou au moins un coup de baïonnette.   Mais non. J’avais atteint le bord de la tranchée, j’étais recouvert de boue à cause d’une explosion ayant projeté de la terre sur moi, j’étais bien camouflé. L’occasion était donc venue de balancer une grenade. Je dégoupille, j’attend deux secondes, puis je me relève d’un coup pour le lancer dans la tranchée adverse. Il y avait un mec du camp d’en face, surpris. Je balance ma grenade bien fort, histoire de bien les prendre de vitesse. Le soldat ennemi, dans un réflexe, prend son fusil comme une batte de baseball, et me renvoi mon explosif.   Voilà.   Je vous avais dit que c’était l’une de mes morts les plus stupide ?

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8 - Frêle

J’avais rencontré trois sœurs, il fallait bien que je rencontre la quatrième. Cette rencontre aussi a plutôt été marquante, bien qu’elle fût quelque peu clichée.   Je faisais du bénévolat en Afrique pour essayer de combattre la faim, chose que j’appris à mes dépends au fur et à mesure de mes tentatives que c’était inutile, et ce, pour une excellente raison. Au départ, je pensais qu’il s’agissait de la vieille sœur de la Faucheuse, celle qui purulait de partout. Mais je m’étais lourdement trompée.   J’étais en train de distribuer eau et nourriture à un petit village perdue au fin fond de l’Ethiopie quand elle débarqua à bord d’un 4x4 chromé, enveloppée dans des vêtements Bordeaux Channel et tellement maigre que même à travers ses vêtements, on voyait ses os. On se demandait s’il était possible que ce corps complètement décharné pouvait comporter des organes, surtout quand elle commença à dévorer goulûment une cuisse de bœuf dégoulinante de jus à main nue. Le contraste entre son apparence propret, voir, précieusement ridicule, le décor, l’action humanitaire en cours et son odieux festin était total. Mais je n’étais pas dupe, je savais qui se trouvait en face de moi à ce moment-là.   Avec l’expérience et le recul, je savais ce qui m’attendais, donc je décidai d’y aller franco et d’aller la rencontrer derechef, les yeux dans les yeux. « J’imagine que vous avez quelque chose pour moi ? - Non, me répondit la malingre créature. Je ne donne jamais rien, et je me contente de prendre, c’est ainsi que je fonctionne. - Je.. ai-je automatiquement bafoué complètement désarçonner. Mais il n’y a rien ici. - Si, maintenant il y a vos fournitures humanitaires. - Mais ils en ont besoin, ils ne vont pas vous les céder. - Oh que si, sans même les y forcer. Voyez-vous, Réincarné, il n’y a rien qui soit plus puissant que le pouvoir de l’argent. C’est cela qui fait de moi la plus puissante des quatre. Le pouvoir de l’argent fluctue selon les caprices de tellement d’intermédiaires que personne ne connaît vraiment sa valeur. Je vais leur proposer un prix, qui leur paraîtra énorme, pour ces denrées alimentaires et ces médicaments, mais qui en fait, ne vaut presque rien pour moi, et je vais le revendre à des seigneurs de guerres, un prix qui leur sera tout à fait raisonnable mais qui me rapportera gros. L’une de mes sœurs est l’âme de l’Humanité, et moi, je me nourris ce cette âme, et je n’en ai jamais assez. »   Je lui lançai un regard de défi avec un rictus dégouté. Elle me le rendit avec un air narquois.   Dans la minute qui suivi, je rassemblai arme, munitions et informations et je m’élançais avec l’un de nos camions dans le désert. Arrivant de nuit, j’empoigna un couteau de l’armée, un monstre d’acier de pas moins de 40 cm de long. J’égorgea les sentinelles et quelques hommes endormis. Les hostilités démarrèrent vraiment quand un individu revenant d’une grosse commission me surprit en train de retirer ma lame de l’orbite de son copain, et hurla en essayant de remettre sa ceinture en vitesse. Je fus plus rapide. Je dégainai mon fusil d’assaut et lui explosa la panse à l’aide de trois munitions de 7.62. Le carnage débuta dans la confusion la plus total pour mon ennemi, et je ne manquai pas de me garder le chef en dernier, juste pour le plaisir de le faire hurler.   Mon labeur terminé, je repris mon véhicule et roula vers la prochaine destination du convoi humanitaire, déterminé à les attendre sur place. Quel ne fut pas mon déplaisir en retrouvant la fille couturée de cicatrice à une oasis où je m’arrêtai pour me ravitailler en eau. Elle était assise au bord de l’eau, les pieds dans le liquide bien frais. Elle avait abandonné son cuir et arboraient pas moins de quatre armes attachées à différentes parties de son corps. Alors que je me requinquais et nettoyer le sang qui me recouvrait les bras, elle me parla d’une voix lasse.   « Je sais que tu voulais bien faire, mais ça n’a pas servi à grand-chose. Elle se trouvera bien d’autres seigneurs de guerre, qui vont d’ailleurs essayer de dominer ce territoire. Il va y avoir de terribles batailles, des massacres, des civils enrôlés de forces, des enfants exploités… Et la famine progressera, encore. - Qu’aurais je pu faire pour arranger les choses ? - Quand la famine décide de dévorer un territoire, personne ne peut rien faire. Tout comme tu ne peux m’empêcher d’amener la guerre, tout comme tu ne peux empêcher la vieille dégueulasse d’amener ses microbes et ses virus. Nous sommes immuables et inexorables. Allez, réjouis-toi, au moins, tu vivras encore longtemps pour cette fois. »   Les mains sur les hanches, je regardais mes chaussures et je soupirai tristement. La dernière des quatre sœurs ne m’inspirait que haine et mépris. Mais j’imaginais, à ce moment-là, que j’allais devoir faire avec.   Je mourus bien des décennies plus tard. J’étais près d’une chute, au Kenya, à savourer une cigarette. J’avais reçu l’anneau au matin. Au soir, alors que j’observais le coucher de soleil, des ombres se rapprochèrent de ma position. Une bande de gamin armés de kalash : « C’est toi qui as tué mon grand-père. » m’a-t-il dit avant que lui et ses copains ne vidèrent leur chargeur sur moi.

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7 - Enchanté

Forcément, dans ma situation, s’il y avait bien une chose qui m’intéressait grandement, c’était la sorcellerie. Et s’il y avait bien une période et une nation où on pouvait s’y intéresser, c’était en Transylvanie, vers la fin du Moyen-Age. Auparavant appeler Valachie, cette nation nous a donné l’un des plus terribles tyran de l’Histoire : Vlad l’Empaleur. Oui, le fameux Dracula est valachien, ce qui est tout de même plus classe que dire qu’il vient de Roumanie, plus connu de vos jours comme des parasites voleurs de poules errant sur les routes et envahissant les parkings des centre-commerciaux avec leurs caravanes histoire d’embêter les honnêtes gens. Enfin, si on écoute certains d’entre vous, moi quand j’ai été roumain, c’était un brin plus complexe, mais je ne souhaite guère vous contrarier.   Mais un jour, je me retrouvai valachien et j’en profitai pour faire quelques recherches en sorcelleries et autres diableries. Je dû dans un premier temps apprendre les bases de l’occultisme, la démonologie et toutes sortes de bêtises obscures, comme la nécromancie par exemple.   J’avais réussi à avoir mon petit atelier, avec ma petite bibliothèque. Ne laissez pas votre imagination vous emporter, je n’avais pas une tour avec moult artefact piégeurs et des milliers de familiers se nourrissant de voleurs et d’aventurier en maraude. Non, moi, j’étais bien caché : dans les cachots d’un seigneur pour qui je bossais en tant que bourreau. La torture, c’est un domaine qui rapporte quel que soit l’époque, sachez-le les jeunes. Au lieu d’essayer de vous casser la tête à vous trouver des stages en comptabilité alors que c’est les quotas sont plein de partout, sortez de votre démocratie et allez travailler dans une petite contrée despotique et engagez vous dans les geôles les plus crades que vous trouverez, le taux d’employabilité est proche des 100%   Et comme je n’embêtais personne avec des saloperies terrifiantes, je ne me faisais pas avoir à propos de mes recherches. Cela m’avait pris cinquante ans, mais j’avais réussi ! Un rituel destiné à enchanter une dague en argent afin qu’il puisse détruire ce qui ne peut mourir ! Parfait ! Il me fallut deux ans supplémentaires pour tout réunir, y compris du sang de louve vierge. Oui. Quand je vous dis que c’est un ramassis de conneries, ce n’était pas pour être désagréable.   Et bien entendu, après m’être suicidé avec cette arme, comme je suis en train de vous raconter tout cela, vous vous doutez de l’efficacité de l’enchantement. Je sais qu’il y a des forces supérieures en notre monde, ce en quoi je ne crois pas, c’est en notre capacité pour les manipuler.

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