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Toutes les oeuvres que je créerai pour le Inktober 2019 seront ici.

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19 - Fronde

L’homme dont je vais vous parler aujourd’hui sera mon principal adversaire pendant le reste de mes vies, et même aujourd’hui, il m’emmerde. Il est toujours dans le coin quand cela concerne mes ennuis. C’est lui qui organise tout depuis la fin des années 2000. Et le pire dans tous cela, c’est qu’il était le bras armé du Pape, autrement dit, quelqu’un qui a le bras long et des moyens quasiment illimités. Une fois, il m’avait même coincé dans un immeuble et une fois qu’il m’avait occis, j’appris dans une autre vie qu’il avait fait passer cela pour une attaque de terroriste islamiste. L’enflure !   L’une des premières fois où j’ai été confronté à l’un de ses plans, j’étais à une base militaire en Afghanistan. Je m’embêtais pas mal, puisque j’ai été affecté en tant que technicien (le fameux Génie si vous vous y connaissez un peu) et je n’avais rien vu venir. C’était une nuit tranquille, et je n’arrivais pas à dormir. J’avais beaucoup de mal à trouver le sommeil depuis l’apparition des Cendrés, et lorsque j’avais une vie dans un monde contemporain, je devenais toujours un peu paranoïaque. De toute manière, dans des temps contemporains, je pensais pendant un petit moment qu’à partir du moment où je m’engageais dans l’armée pour dormir dans une caserne, j’étais en sécurité face à des péquenauds incapables d’avoir mieux que des revolvers rouillés.   Quand les Cendrés me donnèrent tort, j’ai eu une multitude vie plus équilibrée et d’autres méthodes.   J’étais donc à mon atelier lorsque je remarquai que quelque chose n’allait pas. Quand je regardai par la fenêtre, il n’y avait plus de sentinelles. Personne ne semblait patrouiller. Et à l’intérieur de certaines bâtisses, il y avait encore de la lumière légèrement rougeâtre. On était sous attaque de ninja chrétien, un doux kamoulox quand j’y pense aujourd’hui, mais qui me laissa cois cette nuit. En plus, je n’avais pas mon arme disponible, j’étais justement en train de la nettoyer après l’avoir démonté. La remonter m’aurait pris de longues minutes. Je décidai donc de me défendre avec les moyens du bord… en me fabriquant une fronde de fortune.   Je n’avais pas beaucoup de projectile vraiment efficace, à part des balles recouverts de colle recouvert de de poudre. Ce n’est même pas la peine d’essayer chez vous les gens, à tous les coups ça ne fonctionnera pas. Moi, je n’avais pas reçu mon anneau, donc, les chances de miracles pour moi étaient nettement plus élevé, alors ne soyez pas débile et n’en faites pas de même. Au final, j’ai pu assassiner les trois ninjas chrétiens s’étant infiltrés dans la base à l’aide d’une crosse en aluminium, d’un gros morceau de caoutchouc et d’une lanière de cuir pour accueillir le projectile.   Le dernier assassin d’ailleurs me permet d’accomplir le combat au corps à corps le plus éprouvant de ma vie.   Même aujourd’hui, cette fameuse éminence grise est ma plus grande menace et c’est ma première priorité… Car comme vous avez pu le voir aujourd’hui, il a largement les moyens de bien m’emmerder… L’enflure.

MaiffaInes

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18 - Inadapté

Pendant quelques vies, les attaques des Cendrés étaient organisés par de véritables branquignols. Tactiques inadaptées (nous sommes en danger de morts mais nous continuons à essayer de te neutraliser au lieu de faire le maximum pour sauver nos vies), armement souvent faible ou insuffisant (Ah ! Nous avons des épées ! Ton fusil n’a aucune chance ! Ah bah si en fait), motivations des sous-fifres complètements aux fraises (Ne vous inquiétez pas mes laquais ! Grâce à Dieu, nous allons vaincre cet individu qui a une expérience de centaines de vies de guerres et de batailles ! Comment ça vous me laissez me débrouiller seul ?) …   Rends-toi compte Lecteur, même lorsque je suis un gosse paumé dans les Favelas au Brésil, autrement dit, en pleine jungle urbaine où on te laisse crever la gueule ouverte si on peut s’approprier tes reins pour manger une semaine de plus… Et bien j’arrivais encore à survivre à leurs assauts et à les vaincre. Alors que j’étais trop petit et frêle pour porter autre chose qu’une arme de poing riquiqui. Alors que je n’avais qu’un chargeur. Alors que je n’avais qu’un câble électrique pour le corps à corps. Ils étaient nuls à ce point.   Une fois, ils ont même essayé de m’assassiner au beau milieu d’une salle de sport pendant mon entraînement de boxe… Avec tous mes amis autour donc. J’avais bien rigolé ce jour-là après que l’on ait prélevé quelques dizaines de molaires avant de les renvoyer chez eux. Même avec trois revolvers en poches, ils n’ont pas réussi à avoir une ascendance psychologique suffisante pour tenir tous mes potes en respect et m’abattre tranquillement.   Mais au bout d’un moment, cela changea. Enfin, ce n’est pas une surprise, lorsque l’on atteint les abysses de la compétence, les moindres changements peuvent apporter bien des miracles. Et là, c’était des miracles dont j’aurais bien pu me passer…

MaiffaInes

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17 - Ornements

J’ai rapidement été confronté de nouveau aux Cendrés. Sauf que la deuxième fois, non seulement j’étais au courant de leur existence, mais ils pensaient également ne pas m’avoir de sitôt dans leur collimateur. Comment a été amené la bataille ?   Et bien, vous vous en doutez non ? Je ne suis pas revanchard, le rapt était finement joué. Et de plus, j’avais largement compris que dans leur fanatisme religieux, leur but premier était de m’enlever pour me tuer au cours d’un rituel. Donc, avec cette connaissance, j’étais capable de mieux me défendre. Notamment, d’avoir toujours un flingue contre ma poitrine.   Nous nous sommes tombés dessus totalement par hasard. J’étais en train de flâner dans un magasin de décorations, entre les bibelots en cristal, les totems pseudo-africains et les bouddhas en mille et une matières. Je constatais la décadence donnée par le pouvoir des clichés culturelles quand je tombai sur un homme d’église. Je le reconnu immédiatement, car c’était le crétin qui m’avait étripé, mais avec vingt ans de plus.   Nous nous sommes regardés, puis il a regardé mes mains, puis il m’a regardé. Nous avons dégainé au même moment. L’âge ne l’avait pas handicapé, loin de là, il a réussi à esquiver mes balles, et comme il était occupé à essayer de me neutraliser au lieu de me buter direct. Il me vise les genoux ? Ah bah, d’accord, vas-y, moi je me mets derrière à couvert et j’en profite pour te tirer dessus.   Rapidement les débris de tout types volaient en tous sens alors que les plombs les explosaient. Ca été un sacré combat en effet, et contre un seul type ! Il avait certainement fait l’armée avant de rentrer dans les ordres pour passer son temps à essayer de me tuer. Ce qui lui fut fatal, c’était le manque de munition. J’en avais plus que lui, donc quand il fut à cours, je n’avais plus qu’à lui en coller une dans la tête à bout portant et à sortir du magasin.   Bien plus tard, je mourus de vieillesse, encore hilare, car je ne fut pas plus embêté lors de cette vie par les Cendrés.

MaiffaInes

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16 - Sauvage

Je le sentais au fond de moi, le jour de l’affrontement se rapprochait de plus en plus. Je reçus bientôt la visite de la Guerre. J’étais en train d’aiguiser ma faucille quand elle apparut derrière moi, les mains dans les poches, nonchalante comme à son habitude.   « Tu n’es donc pas capable de mener une vie sans avoir à te confronter à tes prochains ? me demanda t-elle avec une pointe de lassitude. A chaque conflit qu’il y a dans ce foutu monde, je te retrouve toujours dans le coin, d’une manière ou d’une autre. - J’aimerai bien pouvoir m’en passer, tu n’as qu’à me libérer, je lui avais répondu avec taquinerie. - Ha ! Si seulement je pouvais le faire. Mais seule ma sœur peut influencer le cours de la vie de cette manière. »   Je m’en doutais bien, aussi, j’avais haussé des épaules. Il n’y avait rien de plus à ajouter. Je vérifiai mes lames, mes armes et mes balles.   « Le souci, c’est qu’avec cette création de ce groupe d’élite, mine de rien, tu es en train d’influencer l’Histoire, me disait-elle avec beaucoup plus de sérieux. L’Histoire ne doit jamais être changé, que ce ne soit pas nos caprices ou par nos actions. - Cela sera bientôt terminé, lui assurai-je en vérifiant le canon de mon .45. - Tu as vingt-quatre heures, trancha-t-elle en me tendant l’anneau de ronce. - Ce sera finit bien avant. »   Je glissai huit cartouches dans mon fusil à pompe que je pris en bandoulière, installai le silencieux sur mon uzi et rangea mon pistolet dans mon holster de hanche.   « Aujourd’hui, ils traversent une partie de la jungle profonde, continuai-je dans un ronronnement de voix. Et j’ai déjà installé tout ce qu’il faut. »   Des éclats de voix apeuré, suivit de claquements de fusils automatiques retentirent à un kilomètre à l’est. La Guerre sourit et s’installa sur un rocher, appréciant déjà le spectacle qui venait à peine de débuter. Je pris le temps d’insérer l’anneau à mon doigt avant de m’élancer à travers la végétation.   Ce qui les faisait hurler n’était pas des pièges mortels, mais des explosifs artisanaux : des récipients en terre cuite, remplis de poudre noire et de sang de porc, le plus épais et odorant, celui que l’on réserve normalement pour les boudins. J’en avais foutu partout sur leur trajectoire la plus probable, et visiblement, j’avais tapé juste. Surpris, ils ne réagirent pas immédiatement lorsque les prédateurs sauvages pointèrent le bout de leur museau et en choppèrent quelques-uns en guise d’apéritif. Quand j’arrivai, le chaos était total. Les tigres ne se déplacent jamais en groupe, mais pour l’occasions, ils semblaient prêts à faire un effort. Deux d’entre eux se partageait l’un des membres de l’unité, l’ayant déchiré en deux après l’avoir égorgé. Un autre était mort, mais avait eu le temps de prendre deux vies. Le reste des soldats étaient en pleine panique, surtout ceux qui étaient complètement recouvert de sang et visible comme un sapin de Noël au beau milieu de la jungle. Il y avait quelques autres encore, et c’était eux mes cibles prioritaires. Me faufilant dans la végétation, j’attendit contre un arbre que l’un d’entre eux passa à mon niveau pour l’attraper lui ouvrir la gorge comme on ouvrait une enveloppe. J’éviscérai deux hommes supplémentaires et un tigre me sauva la mise en sautant sur un franc-tireur que je n’avais pas vu jusque-là.   A présent, ils savaient que j’étais là, ils se sont forcément donner le mot. Plus besoin de prendre de gants. Je m’emparai de mon calibre 12 et réduit le crâne d’un énorme félin en purée, avant de faire de même avec l’un des soldats. Une rafale m’atteint le bras gauche, m’obligeant à lâche mon flingue. J’hurla de douleur et roula dans les buissons pour observer mon état. Les os ressortaient, brisés en trois morceaux. Je m’emparai de mon uzi et cribla de balles le salaud qui avait osé me prendre de cible, et j’en fis de même pour deux de ses copains.   Il n’en restait plus qu’un, il en terminait avec un tigre et avait recharger son revolver à la vitesse de l’éclair. Nous nous toisons. Il tira forcément le premier mais j’eus le temps de dégainer et de lui en coller une en pleine tête. Mais j’étais moi-même atteint au ventre. Je me sentais complètement vannée, j’avais tout donnée. Je posai ma main sur ma plaie abdominale et m’effondra contre un arbre. Bientôt, la Mort viendra de nouveau réclamer son dû et me transmettre dans un nouveau corps.   Et c’est ainsi que les Cendrés naquirent. La propagande américaine avait dû faire son travail et prendre mon corps en photo, mais sans se douter que ça ne fonctionnera pas comme ils le voudraient. Au final, les américains perdirent bel et bien la guerre du Vietnam. Perdre une unité d’élite très coûteuse, à cause d’une seule personne, c’en était trop. La révolte populaire grondait, et ils abdiquèrent.   Mais mon combat contre les Cendrés ne venaient que de commencer.

MaiffaInes

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15 - Légende

Je ne menais pas une campagne. Je me contentais réellement de combattre là où je me trouvais quand la guerre venait frapper à ma porte. J’ai donc mené, pendant de longues semaines, une vie presque tranquille. Un tour j’étais pêcheuse, un autre, fermière, bananière et tout un tas d’autre métiers ingrats que l’on ne peut trouver que dans une jungle. Mais je gardais toujours mon uzi et d’autres armes à porter de mimines.   Rapidement, bien que personne ne pouvait me décrire, on me surnomma de manière bien cocasse la Faucheuse. Je l’appris par la bouche de la véritable Faucheuse d’ailleurs, ce qui augmentait la cocasserie de la situation. On racontait un peu partout que là où il avait des étrangers pour abuser des faibles, là où il y avait des bandits pour jouer les rapaces, la Faucheuse apparaissait de nulle part pour emporter les âmes des mécréants dans un torrent de balles et de lames. Oui de lames, car j’avais souvent une machette ou tout autre outil agricole sous la main. Bon, par trois fois, j’avais justement une faux, ce qui confirma ma sinistre réputation.   J’avais d’ailleurs entendu des rumeurs moi aussi : les yankees en avaient tellement marre de moi qu’ils avaient formé un escadron rien que pour m’abattre : les Phénix. Deux légendes donc étaient désormais destinés à s’affronter, et nous étions tous les deux aussi destructeurs et meurtriers que l’autre.   Partout où ils passaient, ils n’étaient eux aussi que morts et désolation. Ils prenaient plaisir à provoquer leur adversaire légendaire en brulant, massacrant, violant, crucifiant et mutilant à loisirs, des plus jeunes aux plus vieux. Ces enfants de salauds prenaient des photos de leurs méfaits et chargeait leur aviation de larguer des milliers de copies de ces immondes clichés un peu partout pour briser le moral de tout le monde et me provoquer.   Mais c’était mal me connaître. Ce n’était pas eux qui allaient me briser. Ce n’était pas moi qui étais bloquée avec eux. C’était eux qui étaient bloquée avec moi. Et je comptais bien le leur prouver.

MaiffaInes

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14 - Envahi

Il n’y avait pas de mystère sur la raison de la naissance des Cendrés. Cela remontait à la guerre du Vietnam. J’étais dans la peau d’une locale et je m’étais minutieusement préparé compte tenus de ce qui allait nous arriver sur le coin du nez. Et bon sang, j’en ai tué des gens. Je n’ai pas torturé, je n’ai pas volé, je n’ai pas pillé les réserves de nourriture des américains quand ils nous ont envahi. Non, je n’ai fait que défendre l’endroit où je me trouvais à ce moment-là. Je parcourais le pays, avec mon uzi en bandoulière. Ca ne payait pas de mine, c’était aussi précis qu’un journaliste occidental, mais avec son chargeur de 9mm de 30 cartouches, munitions relativement universelles, facile à trouver et à acheter auprès des russes qui nous livraient.   Je n’étais pas une sorte de Robin des bois asiatiques. C’est un personnage que je trouvais inintéressant de toute manière. Voler aux riches pour nourrir les pauvres, mais en combattant et en tuant les hommes du shérif. Au fait Robin, au cas où tu ne serais pas au courant, mais les hommes du Shérif sont souvent aussi pauvres que les autres en plus d’avoir eux aussi des familles.

Mais je digresse. Ma plus féroce bataille, c’était lorsque j’étais la seule nana armée dans tout un village et qu’une section américaine débarquait pour tout brûler, sous prétexte que ces pauvres gens pourraient abriter des insurgés. Sans vouloir critiquer, c’était exactement comme cela que ces crétins créaient eux même les forces ennemies. Mais je comptais bien défendre ces pauvres gens. En un éclair, j’étais passé en mode guérillero. J’attachai un silencieux au canon de mon flingue, ça faisait juste un peu moins de bruit, mais ça ne crachait plus de flamme. Dissimulée derrière la végétation très épaisse, je faisais cracher la mort dés que l’un d’entre eux s’isolait des autres. Au premier cadavre, ils comprenaient ce qu’il se passait, mais n’arrivait pas à me trouver.   Car je ne m’inspirais pas de Robin des Bois, je m’inspirais de Rambo. Pour survivre à la guerre, il fallait devenir la guerre. J’avais toujours dans mon sac des épieux en bois, un peu de venin et du fil pour faire des détentes. Alors qu’ils se rendaient compte que j’étais dans les bois en train de les dégommer un à un et qu’ils s’élançaient à ma poursuite, tout était déjà prêt de mon côté. Je m’étais réfugié dans une petite crevasse, couverte de feuillage (ça ne vous dérange pas que je parle de moi au féminin pour cette histoire j’espère ?), un couteau entre les dents, un arc dans les mains. Quand je commençai à les entendre hurler de douleur et de terreurs, à tirer au hasard au moindre bruit, je savais que je commençais à toucher au but. Je devins une ombre… non, une prédatrice, une véritable panthère vietnamienne. Je tranchai la gorge d’un premier G.I., perfora la poitrine d’un second pour que le hurlement attire la plupart de ses copains et dégoupilla ses grenades au dernier moment. L’explosion provoqua une véritable remise en peinture des environs. Le dernier des G.I. s’enfuit, hurlant. Je le laissai partir.   C’était peut-être une erreur, sachant que c’était certainement l’un de ceux qui allait lancer les fameux Cendrés… Mais mon histoire était loin d’être terminé.

MaiffaInes

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13 - Cendres

Avançons un peu dans le temps pour aujourd’hui voulez-vous ? Il y avait maintenant une centaine de vie depuis celle que j’ai aujourd’hui, alors que je rentrais du travail et que je trouvais mon anneau sur la table de la cuisine, j’eu à peine le temps de me rendre compte que quelqu’un était chez moi que l’on glissa une serviette bourrée de chloroforme sous mon nez. Quelques instants plus tard, je perdis connaissance.   Au début, je m’attendais à quelque chose de beaucoup plus charnel comme mort ou punition. M’étant réincarné de moult fois dans des vies féminines, je savais très bien quel genre d’horreur c’était que de subir un viol et de vivre ensuite. Sauf que moi, à ma mort, je n’oublie jamais, je ne sais pas si c’est pire, mais du coup, à chaque fois que je sentais ce genre de choses arriver, au bout de la dixième fois, cela ne me faisait presque plus rien.   Et après la première fois j’avais décidé d’arrêter d’emmerder les femmes et directement consulter moult documents féministes. Prenez vous un engin de force dans votre anatomie rien qu’une fois, et vous verrez que le respect de l’autre sexe n’est pas que l’œuvre d’hystériques misandres nourries aux idéologies de l’extrême gauche américaine.   Bref, je m’attendais à subir moult sévices dégueulasse, surtout que j’étais attaché à un mur dans une cave. La deuxième chose auquel j’ai pensé, quand j’ai vu plein de types encapuchonnés arriver, je pensai plutôt à un groupe de cultiste new age ayant mal viré, surtout avec leurs emblèmes représentant un phénix renaissant de ses cendres. Je me souviendrai toujours de leur discours.   « Réincarné. Nous sommes les Cendrés. Nous sommes les enfants et les descendants de tout ceux que tu as tué durant toutes tes vies successives. Nous savons qui tu es à cause des tatouages que tu as sur tes mains. De nombreux témoignages nous ont permis de comprendre qui tu es et comment tu fonctionnes. Nous savons que tu peux mourir, mais que tu reviens à chaque fois. Nous savons que tu frayes avec les cavaliers de l’apocalypse pour des raisons certaines très obscurs. Nous savons que tu as participé à toutes les guerres et à toutes les batailles, dans tous les camps. Saches que maintenant, nous sommes là, et nous te traquerons, si possible jusque dans ton berceau, pour que tu n’accomplisses pas ton terrible destin. A chaque fois que tu massacreras l’un des nôtre, nos enfants prendront le relai. Nous ne nous laisserons pas corrompre dans notre combat. A présent, excuse-nous, mais nous accompliront notre devoir sur le champ. »   Et il prit un kriss argenté que je reconnus entre mille : c’est la lame que j’avais utilisé pour m’ôter la vie lors de mes recherches ésotérique en Valachie. Juste avant qu’ils m’éviscèrent, j’eu à peine eu le temps de réagit de surprise, poussant un ‘’AH !’’ retentissant. Ce fut rapidement terminé, même si c’était très douloureux. Je ne mourus pas tout de suite, ils me laissèrent agoniser jusqu’à la fin sans m’achever. Ces milléniales, même pas capable de faire leur travail correctement, c’est terrible. Je comptais bien me venger par la suite.

MaiffaInes

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12 - Dragons

Ahhhh les dragons. Formidables créatures imaginaires ailés, crachant le feu, répandant la mort et la destruction pour faire fructifier son trésor dont il ne s’en sert que comme matelas pour dormir pendant quelques siècles avant de recommencer un cycle vertueux (enfin, exclusivement pour sa pomme, les dragons sont ainsi).   Mais un dragon, c’était également le surnom de la cavalerie lourde possédant des armes à feu. La plupart des unités de ce type étaient espagnoles, car les conquistadors appréciaient leur mobilité et leur pouvoir de dissuasion.   Et je faisais partie de ce corps, mais j’étais à la frontière entre la Grenade (sous les mains des musulmans à cette époque). J’avais une sublime jument que j’avais nommé Esmeralda, un gros mousquet qui ne m’a jamais servi de substitut pénien, ou de substitut pour mon ego. Il ne me servait qu’à exploser des têtes et faire des trous sur les gens que l’on désignait comme ennemi. Le mousquet n’étant déjà pas très précis de base à cause de la forme des munitions à cette époque, il l’était encore moins quand on était lancé au triple galop. Alors ne commencez pas à imaginer des charges épiques où on charge l’ennemi en déchainant le feu et le plomb sur l’adversaire. Non, c’était beaucoup plus ordonné que cela, comme toutes les batailles de l’époque, oubliez vos Age of Empire là, où les bonhommes moches se rentrent les uns dans les autres dans le plus grand des chaos. Une vraie bataille, ça prenait plusieurs heures, tout simplement parce qu’il faut faire des manœuvres.   En tant que cavalerie, on était plus rapide que les autres d’ailleurs, et on harcelait les autres bataillons à distance. Hors bataille, on rattrapait rapidement les ennemis pour leur tirer dessus à bout portant. C’était plus simple que d’essayer d’empaler quelqu’un sur ta lance. Je menais une carrière fructueuse. Ce n’était pas ma vie la plus tranquille, ou la plus palpitante. C’était une vie de combat tout à fait banal.   Je mourus bien plus tard, alors que j’étais vieux et impotent. J’avais reçu mon anneau d’un jeu premier qui m’avait défié en duel pour une raison ridicule. Il est mort en même temps que moi le pauvre, j’avais dégaine un poil trop tard. Maudite vieillesse.

MaiffaInes

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11 - Neige

L’autre jour, j’étais en train de regarder une vidéo sur internet. Il y avait un critique cinéma qui s’exprimait à propos de la guerre et de là où elle devait avoir lieu. Et en effet, le soldat n’a rien à dire sur le choix du théâtre des opérations. Ce sont les politiques et les généraux qui amènent la guerre avec eux, et donc, qui choisissent.   ‘’Et vas y qu’il y a de la gadoue, et l’hiver y fait froid, et il faut traverser un cours d’eau donc c’est difficile…’’   Ben oui, effectivement la plupart du temps c’est difficile la guerre, et réclamer d’avoir le choix est assez idiot. Mais bon, si on prenait plus souvent en considération ces questions lorsque l’on attaquait la Russie, la France aurait sans aucun conquis le monde les doigts dans le nez, mais bon, vous savez comment fonctionne les petits tyrans teigneux.   Ce qui nous amène à l’histoire du jour. Sous les ordres de Napoléon, nous progressions avec grand peine, surtout que le général hiver était de la partie. La maladie était tellement présente que la sœur pestilentielle de la Faucheuse était présente. Et oui, elle se fondait parfaitement dans le décor, puisque les soldats de l’époque emmenaient leurs greluches, leurs putes, ainsi que des boutiquières, des cuisinières et tout un cheptel de gonzesse qui nous suivait de pays en pays, sans que les généraux ne puisse y faire quoi que ce soit. Donc y’avait Pestilence et Guerre avec nous (oui elle aussi) et elles se chamaillaient pour savoir qui avait la plus grosse (on parle ici, du nombre de victime à revendiquer, honnêtement, c’était du kiff kiff).   Et moi, j’étais perdu au beau milieu de ce merdier, et je regrettais d’avoir essayer de mener une vie d’aventure et de combat. Donc, arrive ce qui devait forcément arriver, à savoir, mon bataillon qui se retrouve coupé du reste de l’armée, qui se fait prendre en embuscade, et comme par hasard, je me retrouve dernier survivant. Je n’avais plus qu’une baïonnette, mon uniforme déchiré et une ration de nourriture. Vous savez ce que ça fait de mourir de froid ?   Tout d’abord, on ne ressent plus rien au niveau physique. Le froid peut finir par nous donner une sensation de brûlure, au point où dans certaines régions du monde, une maladie mentale provoqué par le froid pousse le sujet à se dévêtir pour soulager ce qu’ils pensent être une chaleur insoutenable.   J’en en ai été pas là, je sentais juste tout mon corps s’engourdir et s’alourdir. Même mon cœur semblait battre de plus en plus lentement, et de moins en moins fort. Puis, tout cessa purement et simplement de fonctionner. Mes doigts en premiers, comme des saucisses trop dures. Puis mes bras, mes jambes se dérobèrent à mon contrôle. Effondré contre un arbre, je perdis la notion du temps alors que je sentais ma vitalité me quitter.   Ce n’était pas la mort la plus atroce que j’ai eu à subir, mais l’une des plus longue. Elle m’a permit de réfléchir sur l’utilité de la douleur et sur la futilité des décisions des plus grands.

MaiffaInes

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10 - Motif

Faisons une pause parmi toutes ces morts, et laissez moi vous raconter une petite habitude que j’ai adopté au bout d’un moment. Voyez-vous, le tatouage est quelque chose que j’ai finit par apprécier, notamment grâce au vingtième siècle et ses œuvres picturales sur chairs tellement sublimes que j’entamais parfois des collections de photographies.   Et donc, par passion pour ce merveilleux art, j’ai par la suite tatoué mon corps à chacune de mes incarnations. Les motifs étaient toujours les mêmes : un ankh sur la main gauche et un signe cabalistique sur la droite. Aucune raison particulière, juste par envie, par plaisir. Parfois, je le faisais très tôt, dés que possible, trop tôt parfois, ce qui me mettait très en difficulté si la famille où j’atterrissait détestait farouchement cette pratique, et parfois, je le faisais très tard, genre lors de la crise de la quarantaine, je me disais que c’était le moment. Tout dépendait de mes envies.   C’est quelque chose qui me tient à cœur, énormément. C’est un peu l’ancre de mon âme, quelque chose de mon identité profonde qui apparaît qu’importe mon identité, et donc, qu’importe ma vie actuelle. C’est aussi à ce moment là que j’ai complètement accepté ce que j’étais et mon destin. Y compris ce cycle sans fin de vie, de mort, et de renouveau. J’ai accepté d’être le Réincarné quand on implantait dans ma peau de l’encre, c’était pour moi ma véritable carte d’identité.   Le jour où j’avais fait cela pour la première fois, j’avais retrouvé la Faucheuse à un bal. Naturellement, comme si nous nous étions vus la veille, nous nous sommes salués, nous avons dansés et nous n’avons pas échangé un seul mot. Tout passa par le regard et par les sourires. A la fin de la valse, nous nous sommes salués de nouveaux et nous nous étions quittés, elle m’avait remis l’anneau.   Désormais, qu’importe ma vie, et qu’importe ma position dans la société à ce moment-là. J’aurai à chaque fois mes deux symboles sur les mains. Parce que c’est ainsi que je m’incorpore dans l’existence globale des choses.

MaiffaInes

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9 - Balancer

Bien entendu, j’ai participé à toutes les guerres, y compris l’hypothétique guerre du feu, que l’on peut résumer à ‘’Meuler la gueule de la tribu d’en face, car ils ont peint le mur de leur grotte en rouge et pas en blanc’’. Enfin, parfois, j’avais l’impression que l’on en était encore là, à tuer un groupe, juste parce qu’ils ont des couleurs différentes. Ou une couleur différente, celle de sa peau. Une question que vous jugez difficile, mais qui semble pourtant élémentaire dans la psychologie humaine : ce qui est différent, c’est suspect, et ce qui est suspect, on le met de côté, voir, on le brûle.   Bien entendu, la plupart du temps, c’est les dirigeants qui les provoquent les guerres, et non les peuples, et tout cela était pour la plupart du temps bien puéril. Montrer que l’on avait une plus grosse puissance militaire que l’autre, régler un litige commercial (oui, par une guerre qui risque de détruire toutes les infrastructures créant de la richesse, tout à faire, mais bon hein, c’est puéril je vous dit), prendre ou récupérer un territoire plus ou moins légitime et j’en passe, comme les états qui déclarent la guerre à des cartels ou à des mafias… et qui arrivent à perdre. Un mec dans une villa ouvert à tous les snipers à réussit à mettre minable le pays dans lequel il habite, c’est un peu comme la résistance de Vercingétorix, à un moment ça part en cacahuète et on comprendre absolument pas comment cela s’est fait.   Mais bon, je ne vais pas philosopher sur la guerre et les hommes qui les provoquent, voir, qui les entretiennent, car j’en aurait pour pas moins de trois volumes aussi épaisses qu’un livre saint ou une intégrale de Stephen King.   Donc à la place, je vais vous raconter la mort la plus idiote que j’ai subi pendant une bataille.   Nous étions bloqués dans une tranchée et on canardait notre position à coup de rafales de mitrailleuses lourdes, les trucs qui peuvent vous scier les gars en deux. On décide de nous envoyer à l’assaut, parce qu’on ne sait jamais, sur un malentendu, ça peut passer. Moi, j’avais reçu mon anneau il y a cinq minutes, donc je ne me posais plus trop de question, mais je ne suis pas mort comme je l’espérais. Je pensais me faire faucher par les balles. Je pensais me prendre un tir de mortier, le souffle d’une grenade… ou au moins un coup de baïonnette.   Mais non. J’avais atteint le bord de la tranchée, j’étais recouvert de boue à cause d’une explosion ayant projeté de la terre sur moi, j’étais bien camouflé. L’occasion était donc venue de balancer une grenade. Je dégoupille, j’attend deux secondes, puis je me relève d’un coup pour le lancer dans la tranchée adverse. Il y avait un mec du camp d’en face, surpris. Je balance ma grenade bien fort, histoire de bien les prendre de vitesse. Le soldat ennemi, dans un réflexe, prend son fusil comme une batte de baseball, et me renvoi mon explosif.   Voilà.   Je vous avais dit que c’était l’une de mes morts les plus stupide ?

MaiffaInes

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8 - Frêle

J’avais rencontré trois sœurs, il fallait bien que je rencontre la quatrième. Cette rencontre aussi a plutôt été marquante, bien qu’elle fût quelque peu clichée.   Je faisais du bénévolat en Afrique pour essayer de combattre la faim, chose que j’appris à mes dépends au fur et à mesure de mes tentatives que c’était inutile, et ce, pour une excellente raison. Au départ, je pensais qu’il s’agissait de la vieille sœur de la Faucheuse, celle qui purulait de partout. Mais je m’étais lourdement trompée.   J’étais en train de distribuer eau et nourriture à un petit village perdue au fin fond de l’Ethiopie quand elle débarqua à bord d’un 4x4 chromé, enveloppée dans des vêtements Bordeaux Channel et tellement maigre que même à travers ses vêtements, on voyait ses os. On se demandait s’il était possible que ce corps complètement décharné pouvait comporter des organes, surtout quand elle commença à dévorer goulûment une cuisse de bœuf dégoulinante de jus à main nue. Le contraste entre son apparence propret, voir, précieusement ridicule, le décor, l’action humanitaire en cours et son odieux festin était total. Mais je n’étais pas dupe, je savais qui se trouvait en face de moi à ce moment-là.   Avec l’expérience et le recul, je savais ce qui m’attendais, donc je décidai d’y aller franco et d’aller la rencontrer derechef, les yeux dans les yeux. « J’imagine que vous avez quelque chose pour moi ? - Non, me répondit la malingre créature. Je ne donne jamais rien, et je me contente de prendre, c’est ainsi que je fonctionne. - Je.. ai-je automatiquement bafoué complètement désarçonner. Mais il n’y a rien ici. - Si, maintenant il y a vos fournitures humanitaires. - Mais ils en ont besoin, ils ne vont pas vous les céder. - Oh que si, sans même les y forcer. Voyez-vous, Réincarné, il n’y a rien qui soit plus puissant que le pouvoir de l’argent. C’est cela qui fait de moi la plus puissante des quatre. Le pouvoir de l’argent fluctue selon les caprices de tellement d’intermédiaires que personne ne connaît vraiment sa valeur. Je vais leur proposer un prix, qui leur paraîtra énorme, pour ces denrées alimentaires et ces médicaments, mais qui en fait, ne vaut presque rien pour moi, et je vais le revendre à des seigneurs de guerres, un prix qui leur sera tout à fait raisonnable mais qui me rapportera gros. L’une de mes sœurs est l’âme de l’Humanité, et moi, je me nourris ce cette âme, et je n’en ai jamais assez. »   Je lui lançai un regard de défi avec un rictus dégouté. Elle me le rendit avec un air narquois.   Dans la minute qui suivi, je rassemblai arme, munitions et informations et je m’élançais avec l’un de nos camions dans le désert. Arrivant de nuit, j’empoigna un couteau de l’armée, un monstre d’acier de pas moins de 40 cm de long. J’égorgea les sentinelles et quelques hommes endormis. Les hostilités démarrèrent vraiment quand un individu revenant d’une grosse commission me surprit en train de retirer ma lame de l’orbite de son copain, et hurla en essayant de remettre sa ceinture en vitesse. Je fus plus rapide. Je dégainai mon fusil d’assaut et lui explosa la panse à l’aide de trois munitions de 7.62. Le carnage débuta dans la confusion la plus total pour mon ennemi, et je ne manquai pas de me garder le chef en dernier, juste pour le plaisir de le faire hurler.   Mon labeur terminé, je repris mon véhicule et roula vers la prochaine destination du convoi humanitaire, déterminé à les attendre sur place. Quel ne fut pas mon déplaisir en retrouvant la fille couturée de cicatrice à une oasis où je m’arrêtai pour me ravitailler en eau. Elle était assise au bord de l’eau, les pieds dans le liquide bien frais. Elle avait abandonné son cuir et arboraient pas moins de quatre armes attachées à différentes parties de son corps. Alors que je me requinquais et nettoyer le sang qui me recouvrait les bras, elle me parla d’une voix lasse.   « Je sais que tu voulais bien faire, mais ça n’a pas servi à grand-chose. Elle se trouvera bien d’autres seigneurs de guerre, qui vont d’ailleurs essayer de dominer ce territoire. Il va y avoir de terribles batailles, des massacres, des civils enrôlés de forces, des enfants exploités… Et la famine progressera, encore. - Qu’aurais je pu faire pour arranger les choses ? - Quand la famine décide de dévorer un territoire, personne ne peut rien faire. Tout comme tu ne peux m’empêcher d’amener la guerre, tout comme tu ne peux empêcher la vieille dégueulasse d’amener ses microbes et ses virus. Nous sommes immuables et inexorables. Allez, réjouis-toi, au moins, tu vivras encore longtemps pour cette fois. »   Les mains sur les hanches, je regardais mes chaussures et je soupirai tristement. La dernière des quatre sœurs ne m’inspirait que haine et mépris. Mais j’imaginais, à ce moment-là, que j’allais devoir faire avec.   Je mourus bien des décennies plus tard. J’étais près d’une chute, au Kenya, à savourer une cigarette. J’avais reçu l’anneau au matin. Au soir, alors que j’observais le coucher de soleil, des ombres se rapprochèrent de ma position. Une bande de gamin armés de kalash : « C’est toi qui as tué mon grand-père. » m’a-t-il dit avant que lui et ses copains ne vidèrent leur chargeur sur moi.

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7 - Enchanté

Forcément, dans ma situation, s’il y avait bien une chose qui m’intéressait grandement, c’était la sorcellerie. Et s’il y avait bien une période et une nation où on pouvait s’y intéresser, c’était en Transylvanie, vers la fin du Moyen-Age. Auparavant appeler Valachie, cette nation nous a donné l’un des plus terribles tyran de l’Histoire : Vlad l’Empaleur. Oui, le fameux Dracula est valachien, ce qui est tout de même plus classe que dire qu’il vient de Roumanie, plus connu de vos jours comme des parasites voleurs de poules errant sur les routes et envahissant les parkings des centre-commerciaux avec leurs caravanes histoire d’embêter les honnêtes gens. Enfin, si on écoute certains d’entre vous, moi quand j’ai été roumain, c’était un brin plus complexe, mais je ne souhaite guère vous contrarier.   Mais un jour, je me retrouvai valachien et j’en profitai pour faire quelques recherches en sorcelleries et autres diableries. Je dû dans un premier temps apprendre les bases de l’occultisme, la démonologie et toutes sortes de bêtises obscures, comme la nécromancie par exemple.   J’avais réussi à avoir mon petit atelier, avec ma petite bibliothèque. Ne laissez pas votre imagination vous emporter, je n’avais pas une tour avec moult artefact piégeurs et des milliers de familiers se nourrissant de voleurs et d’aventurier en maraude. Non, moi, j’étais bien caché : dans les cachots d’un seigneur pour qui je bossais en tant que bourreau. La torture, c’est un domaine qui rapporte quel que soit l’époque, sachez-le les jeunes. Au lieu d’essayer de vous casser la tête à vous trouver des stages en comptabilité alors que c’est les quotas sont plein de partout, sortez de votre démocratie et allez travailler dans une petite contrée despotique et engagez vous dans les geôles les plus crades que vous trouverez, le taux d’employabilité est proche des 100%   Et comme je n’embêtais personne avec des saloperies terrifiantes, je ne me faisais pas avoir à propos de mes recherches. Cela m’avait pris cinquante ans, mais j’avais réussi ! Un rituel destiné à enchanter une dague en argent afin qu’il puisse détruire ce qui ne peut mourir ! Parfait ! Il me fallut deux ans supplémentaires pour tout réunir, y compris du sang de louve vierge. Oui. Quand je vous dis que c’est un ramassis de conneries, ce n’était pas pour être désagréable.   Et bien entendu, après m’être suicidé avec cette arme, comme je suis en train de vous raconter tout cela, vous vous doutez de l’efficacité de l’enchantement. Je sais qu’il y a des forces supérieures en notre monde, ce en quoi je ne crois pas, c’est en notre capacité pour les manipuler.

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6 - Costaud

Je n’étais absolument pas doué en matière de construction, mais quand il fallait détruire, à commencer par les autres êtres humains. Dans ma première vie, mon commerce n’était pas fructifiant uniquement grâce à mes capacités de gestions, mais surtout grâce à ma stratégie commerciale très agressives qui poussaient les autres familles à mettre la clef sous la porte, voir, à disparaître… nous dirions mystérieusement.   Quand j’eu enfin la chance de me réincarner en Chine, la terre des arts martiaux, je me suis fait plaisir. Quand j’atteignit l’âge de raison, en pleine croissance, je me consacrai à la recherche d’un maître. Je façonnai mon corps, jusqu’à devenir une brute de muscle, mais avec l’esprit d’un être ayant parcourut plus d’une centaine de vie. J’ai approché et appris d’innombrables techniques qui allaient rester en moi pendant des siècles.   Et si au départ, je mordais fréquemment la poussière, petit à petit, alors que mon âge et mon expérience s’accumulaient, je devenais de plus en plus imbattable. Ma réputation grandissait exponentiellement, tout comme le nombre de mes rivaux. Mais même à dix contre un, je pouvais m’en sortir sans trop de casse. Un peu de repos, de la bonne nourriture et quelques filles, et j’étais prêt à recommencer. Le temps où cinq sauvages avec des lances bricolés pouvaient venir à bout de ma personne était désormais bien loin. J’appris aussi à gérer mon sentiment de toute puissance. A bien à y regarder d’ailleurs, je l’avais appris plus facilement que prévu, je m’attendais en effet à subir beaucoup de décès avant de bien gérer ce genre de délire. Mais visiblement, une centaine de décès plus ou moins prématurés étaient une base suffisamment solide pour ces aléas.   Quand je me lassai de cette vie de combat, je devais avoir la quarantaine. Je me rangeai, fis savoir que désormais, la plupart des jeunes étaient plus forts que moi et ouvrit ma propre école. J’avais toujours rivaux, mais rien de grave, du moins, c’était ce que je pensais. Un jour, je me réveillai un matin avec une jeune femme assise à côté de moi. Je sursautai et me redressa d’un coup, criant alors que je me mettais en garde : « Qui êtes-vous ? - L’âme de l’humanité. » m’avait elle alors répondu avec nonchalance. Au fur et à mesure que je décomatais, je pus mieux observer l’intruse : c’était une jeune femme au visage et aux bras couverts de cicatrices, portant un blouson en cuir complètement anachronique avec l’époque et portant sur ses mains pas moins de trois paires de poings américains. Et vu les renflements de sa veste, elle devait également être couvertes de tout un tas de calibre également. Elle fouilla dans ses poches et me tendit un anneau de ronces. « D’la part à ma sœur. - Merci. » Je n’avais rien d’autre à dire, on tambourinait à la porte. Certainement le père du fils que j’avais savaté la veille. Dommage que ce vieux monsieur soit un seigneur de guerre un peu tatillon sur la notion de vengeance. « Baroud d’honneur ? me proposa la jeune femme à côté de moi. - Aller, je concédai. Mais sans tes armes sur les mains, sinon c’est trop facile. » Elle ricana en ôtant ce qui était pour elle de simples bijoux.   Nous sortîmes dehors. Ils étaient au moins une centaine, armés jusqu’aux dents.   « Tu sais que le fait que je t’aide ne changera rien ? me prévint-elle en faisant craquer ses phalanges. - Je le sais très bien. »   Et la bataille qui s’ensuivit fut épique. Nous cassions les lances à coups de poings. Nous dévions les flèches du revers de la main. Nous brisons les os et les vies avec les doigts. Mais contrairement à ma partenaire, j’étais humain et vieux. Alors que je brisais les deux jambes du chef, je reçu une flèche dans le dos. J’eu tout juste le temps de lui retourner la tête à 180 degrés quand un sabre me décapita.   Mais j’ai eu bien d’autres aventures par la suite, parfois beaucoup plus étranges encore…

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5 - Construire

J’ai eu envie de construire une maison une fois. Je m’y étais mis très sérieusement, c’était lors d’une vie en 1998. Quand j’ai commencé, j’avais 20 ans, quand j’avais terminé, j’en avais 34. C’est très long de construire une demeure à partir de presque rien. On commence par acheter un terrain et il faut s’assurer qu’il soit viable à la construction. On aplanit le terrain à coup de masse et d’autres machines très compliquées dont j’ai oublié le nom depuis. Et c’est seulement une fois toutes ces préparations préliminaires terminées que l’on peut commencer à poser les fondations, la base de la maison. A cette époque, on utilise beaucoup le béton, et il faut donc apprendre à le faire. Parce que la bétonnière, mes petits Lecteurs, tout ce qu’elle fait, c’est de tourner pour mélanger la mixture.   Et trouver les bonnes quantités de poudres, sable et eau n’est vraiment pas facile voyez vous, surtout lorsque l’on débute. Et il faut racler ensuite le tout quand on le pose dans la journée. C’est déjà beaucoup de travail. Une fois tout cela effectué, on prépare les murs, le toit, les poutres de soutiens…   Pour pouvoir subvenir aux besoins financiers de tout cela, j’avais monté un petit commerce pour la pêche. Tout le nécessaire se trouvait chez moi. Je ne m’y connaissais pas vraiment, aussi, j’ai dû étudier la question au cours du temps. Vous pensez que ce labeur m’avait prit 14 ans pour quel raison ? Enfin, pour la plupart des gens, 14 années, c’est énorme, mais pour moi, c’est un peu un clignement d’yeux. Ce n’est qu’un instant fugace parmi tant d’autres.   Parfois, j’avais du mal à joindre les deux bouts, ce qui ralentissait mon projet, mais j’étais patient. Enfin, je pense que j’ai plutôt gagné cette faculté au fur et à mesure sur je renaissais. Ou me réincarnais ? Ce que m’avait dit la vieille l’autre fois me trottait dans la tête.   Je vivais simplement ma vie pour cette fois ci, et à la fin, j’étais des plus heureux quand j’avais terminé. J’en étais tellement content que je tapai la poutre pour manifester mon contentement et ma fierté. A ce moment-là, on sonna à la porte. Etrange, mais je décidai d’ouvrir. C’était le facteur. « Et ben ! Vous êtes efficace à la Poste dans le coin, j’avais dit en rigolant. - Signez là… » me répondait laconiquement le frêle gaillard exploité jusqu’à l’os. Je signai et prit l’enveloppe. Il y avait juste un anneau en ronce à l’intérieur. « Ah ! » je fis juste avant que la poutre que j’avais tapoté tout à l’heure bascula, faisant effondrer la bâtisse sur elle-même.   Moi je vous le dis, ne soyez pas pingre, achetez vous les services d’un architecte sérieux. Faire une maison, ça ne s’invente pas sur le tas. Je l’ai appris à mes dépends ce jour-là, et je ne refis jamais cette erreur.

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4 - Glace

J’ai appris à profiter des plaisirs les plus simples, selon les époques et les civilisations bien entendu. Par exemple, au Japon, les friandises populaires ne sont pas sucrées. Une mauvaise surprise dont on s’accoutume rapidement une fois que l’on a goûté au rat sauce chocolat sous Moctezuma.   Mais en prenant une crème glacée à l’italienne que je fis la seconde rencontre la plus importante de toute mon existence. J’étais à New York, nous étions en 1997, et je sortais du bureau. Le journal sous le bras, un béret sur mon crâne dégarni, j’avais la soixantaine glorieuse et sexy des gens qui avaient su prendre soin d’eux. Dans ma veste en tweed se dissimulait un portefeuille bien garni et un revolver chargé de dissuader les quelques plaisantins souhaitant farfouiller dans mes poches.   Je me baladais dans le parc géant servant de poumons à la grosse pomme quand je tombai sur une marchande de glace à l’italienne. Comme la plupart des distributeurs industrielles, il n’y avait que quatre parfums, ce qui n’était pas grave puisque la vanille me convenait très bien. Le problème venait de la marchande : c’était une très vieille dame couverte de croûte, de bubons verdâtres, d’escarres et anomalies immondes qui me figèrent sur place. Je devins blanc comme un linge, et instinctivement, j’avais porté la main sur mon holster d’épaule, à l’intérieur de la veste. La vieille ricana comme une sorcière dans un conte pour enfant. Une goutte de sueur glacée parcourut mon échine, mais je pris la décision de ne pas dégainer. J’opta pour la prudence, mais pas l’inconscience, restant défensivement en retrait, à une distance respectable.   « N’ai donc pas peur de moi, Réincarné, je connais très bien ta fiancée tu sais, me lança-t-elle en bavant un liquide noirâtre. - Ah oui ? je répondis sans pour autant me détendre. Vous êtes sa mère peut être ? » Les sourcils de la femme âgée se froncèrent. Visiblement, elle n’avait pas apprécié ma petite remarque humoristique. Mais elle garda le sourire. « Je suis sa sœur, vous apprendrez rapidement à me connaître. - Certainement, je lui dis en me retenant de faire la grimace. - Voulez-vous une petite douceur ? me proposa-t-elle en prenant les cornets dans ses mains suintantes. - Non merci. » déclinais je rapidement tout en commençant à essayer de m’éloigner. Mais avant que j’aie pu faire cinq pas, elle m’avait agrippé le bras. Elle avait beau dégouliné de toutes les saloperies possibles qu’avaient inventé la nature pour nous infliger peste et décrépitude, elle avait une force extraordinaire. Si elle le souhaitait, elle m’arracherait les membres ou séparerait ma tête en deux, à la seule force de ses bras. « J’ai tout de même un petit quelque chose venant de ma sœur, me dit-elle en me confiant un anneau de ronce. - Ah mais non, râlais-je en soupirant de déception. Je n’ai rien fait de mal, je me suis accoquiné avec aucun mafieux ou avec le gouvernement. Je m’entretien physiquement, même à mon âge, je fais du sport. Je ne fume pas, et je bois peu… - Cancer de la prostate foudroyant, m’asséna-t-elle avec un petit signe de tête. Même en allant à l’hôpital maintenant, il sera trop tard. Vous vous souvenez des quelques fast-foods que vous preniez de temps à autre ? - Les enculés… marmonnais-je sombrement. Ils foutent quoi dans leurs burgers ? - Tu ne veux pas le savoir Réincarné, ricana de nouveau l’ancienne. Une glace ? - Bon, allez, concédais-je. Mettez-moi une triple vanille, c’est la fête. »   Elle ne me fit pas payer, de toute façon elle n’avait guère besoin de mes devises.

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3 - Appât

Je n’en avais plus rien à faire après ma deuxième vie, j’étais devenu amer et désespéré. Je ne comprenais pas ce qui m’arrivais et comment me débarrasser de ce qui semblait être une malédiction. Alors j’en profitais pour m’amuser et combattre le spleen qui m’envahissait, à chacune de mes réincarnations. Au début, je ne savais pas trop quoi faire. A part m’arranger pour avoir un maximum d’argent pour me suicider à coups de festins, d’orgies et piscines de drogues. Mais rapidement, je me suis rendu compte d’une sorte de règle implicite : tant que je n’avais pas reçu l’anneau, tous mes efforts autodestructeurs étaient vains.   Il ne fallut donc pas longtemps pour sur mes tentatives suicidaires se retournent contre moi cruellement. Perte de membres, pertes de sens, tétraplégie même parfois ! Comment était-ce arrivé ? Et bien, une fois, je n’étais pas satisfait de ne pas avoir obtenu un résultat parfait à ma carrière de commercial, et bon, comme on pouvait revivre à chaque fois, je me suis acheté un revolver et je me suis coller une balle dans la cervelle. C’était bon quoi, la Mort ne pouvait pas rattraper cela non ? Un projectile de 45. qui fracasse l’os de mon crâne pour exploser ma cervelle et l’autre partie ma tête, le décès est inévitable. Et bien non ! La munition était défectueuse, le canon faussé et manquant d’entretien, et bien que je pris un peu de plomb dans la tête, ce n’était pas assez puissant pour me tuer, et me voilà emprisonné dans ma chair.   Trois mois d’emprisonnement pour mon âme. Un ennui terrible. Pour ma part, j’avais l’impression que cela avait duré bien plus longtemps que toutes mes vies précédentes. Je fus libéré par une infirmière, bien que je doutais un peu de son identité, à cause de sa chevelure blonde tirant sur le blanc, son anneau de ronce au doigt et, surtout, par ce qu’elle me dit avant de débrancher les appareils me maintenant en vie : « Hi hi hi, plus jamais tu ne me fais hein ? Petit coquin. Je ne serai pas toujours là pour te sortir de ce genre d’ennuis, donc, la prochaine fois, contente toi d’attendre le bon moment. Ou prend de meilleurs outils. »   Et plus jamais je tentai d’accélérer ma fin avant l’apparition de l’anneau. Mais mon amertume demeura tout de même, et je me demandai bien ce que je pouvais faire de mes vies.   C’est à ce moment là que mon histoire d’aujourd’hui arrive à pic. Pardonnez cette longue introduction, mais tout ce qui se passa lors de cette vie vous paraîtrait bien nébuleux si je ne vous avais conté toutes mes pérégrinations les plus autodestructrices.   Après la terrible tétraplégie, je me suis retrouvé à l’époque où l’humain sortait tout juste de l’état de nature. Toujours pas de civilisation, encore moins de société, mais un début de système tribal, de la répartition des tâches, des outils, une hiérarchisation… Des hommes primitifs, oui, mais pas sauvages. Mais rapidement, je fus mis à l’écart. J’étais trop intelligent, trop avancé, ils le sentaient dans mes manières, dans mon regard, dans ma débrouillardise issue de mon érudition. Et en plus, j’étais un faible. Oui, j’avais appris à me battre avec un bâton de combat, mais ce genre d’arme était taillé dans les bois les plus adaptés. Je dû, moi aussi, apprendre à façonner mes propres armes pour me débrouiller seul, pour tuer de quoi me nourrir, et surtout, pour me défendre.   Car à cette époque, tout voulait ta mort. Au cours de l’une de mes vies, j’ai pu accéder à internet et avoir un bref aperçu de la culture de ce milieu, et donc, des jeux vidéo. Et certaines de ses personnes se plaignaient donc, que dans certaines de ces œuvres, tout le monde voulait te buter. Mais mon petit, vient donc à la préhistoire. Certes, on n’avait pas de dinosaures, mais ne t’inquiètes pas, même les chats voulaient t’écharper au lieu de mettre des tranches de pain autour de leurs oreilles. Bon, ils n’avaient pas non plus la même taille et le même régime alimentaire, mais justement, la plupart des bestioles étaient plus grosses et plus féroces que toi ici.   Moi, je m’étais fabriqué un arc, avec des flèches aux pointes de pierres. Pour améliorer ma puissance de frappes contre mes contemporains désirant régulièrement ma mort, j’avais appris à recueillir le venin de certaines créatures. J’en enduisais ensuite mes munitions. Il fallait juste éviter de chasser avec du poison sur mes outils de mort. J’avais également une lance, là aussi avec un bout en pierre attaché à la hampe avec des nerfs de bovidés.   Etre livré à soi-même en pleine nature était déstabilisant, mais l’instinct prit rapidement le dessus. Certes, au départ, j’étais des plus patauds, et donc, affaibli à cause du manque de nourriture. Mais petit à petit, alors que je m’abandonnais à cette nouvelle vie, je devins le chasseur parmi les prédateurs. Symboliquement, j’aimais chasser des gros prédateurs. Ensuite, je prenais leur peau pour m’en faire une cape, et je me fabriquais du cuir pour être bien protégé. Oui, j’étais en avance sur mon temps, mais quand on était un paria, on pouvait bien se permettre de tricher un peu.   Je vivais donc ma petite vie tranquille de mon côté, entre chasse, cueillette, voyage et course poursuite entre brutes voulant ma peau. Cette vie me permit de réévaluer l’intérêt de la vie, et sa pertinence. Je n’avais rien à faire ici, rien à accomplir. Je pouvais juste travailler sur moi-même et réfléchir.   Et bien que je n’étais toujours pas avancé sur ma situation, j’avais décidé de ne plus provoquer la Faucheuse, et d’essayer de m’investir dans la plupart des opportunités qui s’offriront à moi, bonnes ou mauvaises, altruistes ou égoïstes.   Et j’eu bientôt l’occasion d’appliquer cette philosophie. C’était un après midi alors que je traversais un plateau plutôt aride. J’étais en train de me diriger vers un point d’eau que je connaissais très bien, et qui regorgeait souvent de gibier. Mais en chemin, je vis un spectacle des plus lamentables : une bande de gros bras avaient tué un père de famille et était en train d’enlever sa jeune fille. Je brandis mon arc et décocha une flèche empoisonnée vers le plus gros et le plus fort d’entre eux (certainement le chef). Le projectile atteint son épaule. Il se retourna et hurla en pointant dans ma direction, mais j’étais déjà prêt. Alors que la corde de mon arc émit un petit chant sporadique, les hommes préhistoriques se rapprochaient, hurlant de douleur quand je les touchais, et s’effondraient en expirant leur dernier soupir. Le chef était le dernier debout, il n’avait pas bougé, mais il était pâle comme un mort. Je pris la hache de l’un de ses copains pour finir le travail.   La petite fille me regarda avec reconnaissance, effrayée et tremblante. Pour me remercier, elle s’ôta un anneau en ronce du doigt, et me le tendit. Mon regard s’assombrit un court instant, mais je tendis la main pour accepter son cadeau et me l’enfiler au doigt. Le reste de la tribu de l’autre sauvage hurlèrent de rage et j’ordonna à la petite de regagner les siens.   Je pris la tête et la secoua dans les airs, rependant une partie de son sang sur moi, histoire de bien attiré l’attention des malandrins sur ma personne et permettre à la petite de s’échapper. Je n’avais plus de flèches, et je vendis chèrement ma peau. Un premier coup de lance dans le ventre m’ouvrit la panse et éparpilla mes intestins au sol. Une seconde et dernière estocade me transperça la gorge et on me laissa mourir. Mais j’étais étrangement satisfait de cette mort. Désormais, je me jura que chaque mort devait avoir cette satisfaction.

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2 - Stupide

Quand j’ai repris un semblant de conscience, j’étais en train de me chier dessus. C’est quelque chose vous savez de conserver tous ses souvenirs alors que l’on n’était même pas en âge de parler. Alors que je hurlais envers Dieu pour demander la teneur de ces étranges événements, je me rendais compte que je pouvais seulement babiller et baver.   Mon enfance fut difficile, moi qui parlais anglais et qui me retrouvais dans la campagne française. Nous étions en l’an de grâce 1254, et on m’avait donné comme prénom Jean. Et quand j’ai atteint l’âge de pouvoir penser raisonnablement, j’ai pensé avec joie que Dieu me donnait une seconde chance et que je devais lui rendre cet honneur. Je rentrai dans les ordres tout en apprenant à me défendre. J’étudiai la théologie pour pouvoir appliquer ce que je pensais être mon destin. A mes treize ans, je pris la route avec uniquement quelques affaires et un solide bâton et je devins, à mon humble niveau, le bras armé de Dieu pour les plus faibles et les nécessiteux.   Un bandit rackettait des paysans ? Un seigneur un peu trop entreprenant avec votre femme ? Me voilà. J’ai eu mon lot de défaites, et de blessures, mais les innombrables victoires en valait la peine.   Vous vous en doutez Lecteur que tout cela était stupide, terriblement idiot et fanatique. Mais quand on sortait du seizième siècle, pour se retrouver en France quelques siècles dans le passé après une mort bien misérable, la seule hypothèse qui me venait à l’esprit était la volonté divine. Forcément. Il ne pouvait être autrement n’est-ce pas ?   Bien que la volonté fût divine, ce n’était pas Dieu qui était derrière cela, mais quelque chose d’autre. Mais à ma deuxième vie, je refusais encore d’y croire.   Ma vie d’aventure m’avait conduit aux quatre coins du Royaume de France… ou plutôt des Royaumes. La situation géo-politique de la France surpassait en termes d’absurdité et de division les saxons… à certaines époques. Parce que dans d’autres, j’ai appris à mes dépends à quelles bassesses les dirigeants étaient prêts à se résoudre pour acquérir un morceau de terre supplémentaire pour épater leurs voisins ou leur famille.   J’ai visité la Provence, le royaume d’Anjou, la Normandie et une fois même, je me suis rendu en Bretagne, même si je n’y suis pas resté longtemps. Non pas que le climat humide m’était inhospitalier, mais les gens, eux, l’étaient beaucoup plus. Certainement parce que j’avais oublié que les frontières étaient bien différents que lors de ma première vie. J’ai visité bien des forêts, bien des plaines et bien des villages avant que ma carrière d’aventurier ne prenne fin subitement, à cause d’une flèche dans le genou.   Mais cela ne m’avait guère arrêté. Certes, maintenant mon bâton me sert à boitiller lentement, mais j’avais encore mon cerveau et mon art du négoce. Associé à mes recherches théologiques, j’avais commencé à installer de nouveau un petit réseau commercial, mais dont la plupart des bénéfices servaient au bien-être de la communauté. J’ai rénové l’église, mis en place un hôpital des plus primitif et basique, et en encourageant l’artisanat, j’ai pu accumuler des armes et ensuite engager les mercenaires plus vertueux et les plus loyales pour défendre la communauté où j’avais échoué malgré moi. Cette fois ci, je ne payai pas mon amour, mais je le méritai. Nous conçûmes ensemble quatre merveilleux enfants que nous éduquions au mieux. Le premier avait réussi à accéder à la noblesse par le mérite. En devenant chevalier, puis, par le mariage, il devint un baron aimé et respecté de son peuple. Le second reprit le commerce de son père, le fit fructifier et parvint à agrandir son petit village. Le troisième enfant, une fille, devint une soldate, forte, respectée, bien qu’oublié. Et la dernière appris à soigner les gens au mieux, aussi bien avec des onguents qu’avec l’art de la voix. Je m’éteins peu après mes cinquante ans, apaisé, et certains que mes bonnes actions et mon empreinte sur le monde par le biais de mes rejetons exemplaires. Lors de ce jour funeste, la dernière de mes filles m’avait amené un petit anneau, qu’elle avait fabriqué elle-même : un anneau fait de ronces…   Quelle ne fut pas ma déception quand je repris de nouveau conscience, de la fange jusqu’aux chevilles. Pendant au moins une cinquantaine de vie, j’avais décidé que je n’en avais plus rien à foutre… Mais cela était une autre histoire.

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1 - L'anneau

Je me souviens de ma première mort. Cela fait bien un millier de réincarnation maintenant que je vis et meurt sans jamais rien oublier, sans jamais pouvoir passer à autre chose. Mais mon premier décès me revient toujours comme si cela s’était passé hier. Et depuis, je n’ai cessé de traverser l’existence avec le sentiment de ne jamais rien accomplir, car tout est vain et notre vie vaut à peine l’effort d’être vécu. J’ai eu tellement de noms que parfois, en me réveillant un matin, je me présente sous l’identité d’une personne ayant vécu deux milles ans auparavant, ou sous l’appellation de quelqu’un qui naîtra bien plus tard.   La seule chose constante désormais, c’est que je n’ai jamais eu droit à une incarnation privilégiée, et même avec mes réussites, je n’ai jamais réussi à atteindre le degré d’aisance qui caractérise ma toute première vie, celle qui m’a valu cette malédiction.   J’étais un marchand aussi gras qu’il était riche. Je portais les plus beaux vêtements, enfin, aujourd’hui on trouverait cela ridicule, mais au seizième siècle, la petite collerette blanche nous donnant l’air d’un chat sortant du vétérinaire était le top du top. D’un grattement de plume, je décidais du sort d’entrepôts, d’ateliers et de tout un tas d’autres entreprises que l’on pourrait qualifier de primaire à l’époque où je vous parle aujourd’hui. D’un geste de la main, je pouvais même décider des sorts des plus pauvres, que ce soit pour les engager, que pour les jeter en prison. Je ne courtisais pas, je payais mon amour, et je ne parle pas de catins et d’autre pauvrettes que l’on trousse au coin de la rue. Non, je m’étais payé l’amour d’une marquise, embrassant de ce fait mon entrée dans la noblesse, ce qui assurait à mes enfants d’être au service de la reine, à mes petits enfants de faire partie de la plus haute des cours, et un sentiment de puissance qui me donnait un sentiment d’impunité indéfectible. Rien ne pouvait m’arriver… ou presque.   C’était une journée brumeuse, comme il y en avait tant à Londres. On ne voyait goutte à plus de dix pieds, et à chaque fois que l’on croisait quelqu’un, on avait l’impression qu’il surgissait de quelconques ténèbres cendrées. Et quand il s’agissait d’un pauvre crasseux couverts de suie, l’effet était encore plus saisissant. Alors que j’empruntais le pont qui enjambait le Thames, voilà que je tombais sur une paysanne, les cheveux d’une blondeur irréelle, presque blancs, et ne portant qu’une grande faux ainsi qu’une large cape noire comme seul appareil. Elle parlait d’une voix douce mais pourtant audible avec le vacarme quotidien que provoquait la ronde des navires sillonnant le canal putride. Elle me disait qu’elle m’observait depuis un moment, et que je l’obsédais.
« Mais pourquoi donc ? lui disais-je amusé par tant de franchise abrupte.
- Parce que chaque décision que tu prends me donne toujours plus de travail, me disait-elle avec un sourire angelin. Je suis de plus en plus accablé par le fardeau de mon labeur, et la signature que tu as accordée provoquera bien des morts et de souffrance.
- Ainsi va le commerce, lui avais-je répondu avec un clin d’œil. Tout comme on ne fait pas d’omelette sans casser des œufs, nous ne pouvons pas créer autant de richesses à partir de rien. Les nouvelles sont formelles : entre l’Espagne, la France, et d’autres puissances étrangères, nous avons toutes les opportunités imaginables pour que le commerce de la guerre soit fructueux. Mais… en quoi êtes vous autant impliqué dans tout cela ? »
Je lui avais asséné cette phrase dans le but de la bousculer, de la blesser, de lui rappeler son existence de moins que rien, alors que moi, j’avais tout. Mais elle n’avait pas réagi comme je l’espérais. Elle avait tendu la main et m’avait caressé le visage. J’eus un sursaut : elle était glacée. Elle me rappelait ces terres inhospitalières du royaume de Suède que j’ai dû visiter une fois à mon grand déplaisir.
« Avec la balance de la Vie qui penche de plus en plus vers le déséquilibre, tu pourrais faire tellement, reprit-elle avec candeur. Marions-nous, et donne-moi satisfaction. »   J’avais abandonné mes manières à ce moment-là, et je me retenais à grande peine de la prendre séance tenante. Elle m’avait tendu un drôle d’anneau : une sorte d’encerclement de ronces, polie, avec un diadème grisâtre fort élégant. Si c’était le seul rituel pré-coït à souffrir avant que je puisse éplucher et goûter à son fruit, ce n’était guère contraignant je m’étais dit. J’avais retiré l’énorme diamant qui ornait mon annuaire et je lui tendis la main, goguenard. Ce genre de ‘’bijou’’ n’avait aucune valeur, et aucun prêtre n’était en vue pour officialiser cette union. Il me suffira de nier une fois qu’elle deviendra contraignante, et au vu de son accoutrement, ce ne sera guère difficile.   Oui je me disais tout cela, mais je pense Lecteur que tu avais compris bien avant moi ce qui s’était passé n’est-ce pas ? Au moment où l’anneau fut enfilé, je sentis mon bras prendre la lourdeur de l’acier le plus résistant et je chus sur le bord du pont avec un cri d’horreur.
« Garce, que m’as-tu fait ? !
- Ne t’inquiète pas, me susurrait elle. Ce sera rapide. »
Une violente bourrasque écarta sa cape et l’illusion. Là où je pensais pouvoir délecter mon regard de ses formes que j’imaginais larges, je ne trouvais qu’ossement. Son visage avait disparu, comme toute chair et toute expression. Il ne restait plus qu’un crâne grimaçant, aux orbites vides.
« Nous nous retrouverons quand je serai satisfaite, et je mettrais alors un terme à notre contrat de mariage, disait la Mort avec amusement. Pour l’Equilibre. » Mon bras se balançait à l’extérieur de la rambarde et m’entraîna dans l’immonde fleuve où se déverse toutes les immondices humaines. Un goût immonde envahit immédiatement ma bouche et un liquide gras et visqueux emplit ma bouche, envahit mes poumons, et m’étouffe. J’étouffe dans la fange et la pisse.   Et depuis, je renais, je recommence tout, mais en gardant tous les souvenirs de ma vie d’avant. Et à chacun de mes décès, je reprenais tout de zéro, mais en conservant toutes les expériences de mes vies passées. Je garde en mémoire la souffrance de presque un millier de trépas, et j’aimerai pouvoir oublier. Aujourd’hui, cet anneau revient à chacune de mes vies. Une fois que cet ornement apparaît, je meurs toujours dans les vingt-quatre heures. Je ne peux l’éviter, j’ai appris à le savoir. Parfois, j’en profite pour effectuer un coup d’éclat, parfois, je suis complètement pris au dépourvu. Laissez-moi vous conter, Lecteurs, quelques-unes de mes histoires… ou plutôt, de la fin de mes histoires. Je suis le Réincarné. Et alors que je viens de trouver pour la millième fois cet anneau, je pense que je n’ai rien de mieux à faire.

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