Philips : l’Histoire du CD-I


Jeu Analyse
Annatar78
Par Annatar78,
Lorsque l’on pense jeu-vidéo, une partie d’entre vous se souviendront de la lutte acharnée entre SEGA et Nintendo durant les années 1980-1990, d’autres se remémoreront la Playstation de Sony, tandis que les plus jeunes évoqueront la nouvelle génération de consoles. Combien se souviennent du bref passage de Philips et de son fameux CD-i ? Très peu je suppose. C’est pourtant ce voyage là que je te propose de faire, à toi qui est curieux d’en apprendre d’avantage sur l’histoire du jeu vidéo.

Les débuts de la firme

Bien avant l’arrivée du CD-i et à des lustres du jeu-vidéo, Gerard et Anton Philips fondèrent, en 1891, Koninklijke Philips Electronics N.V alias Philips & Co. Cette société néerlandaise se spécialisa dans l’éclairage, inventant la lampe à filament de carbone. Rapidement, l’entreprise deviendra l’un des plus importants fabricants d’Europe. En 1914, les premiers laboratoires de l’entreprise virent le jour ainsi que les premiers récepteurs radio. Par la suite Philips développa des produits électroménagers, utiles à la vie de tous les jours. Parmi les inventions de la société, on peut citer les téléviseurs apparus à partir de 1925, les postes de radio (1927) ou bien les rasoirs électriques (1939). Philips ne fut pas inquiété par la Seconde Guerre Mondiale, les dirigeants ayant envoyés une partie du capital aux USA ainsi que le siège social aux Antilles Néerlandaises.

 

L’entreprise prit peu à peu le statut de multinationale, se rapprochant de ce que l’on connaît d’elle aujourd’hui. Parmi les nombreuses inventions de l’entreprise, certaines d’entre elles ont été acclamées par le public se vendant à plusieurs millions d’exemplaires. Ce fut le cas par exemple des rasoirs à trois têtes, de la cassette audio (1963), de certaines lampes à économie d’énergie (1970), ainsi que de la maison de disque Polygram (1973). Philips était alors au meilleur de sa forme, lorsqu’un an plus tard la firme hollandaise tenta de conquérir un nouveau marché : celui du jeu-vidéo.

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Le Vidéopac et le début du jeu-vidéo

L’histoire du jeu-vidéo commença réellement en 1971 aux USA lorsque Ralph Baer mit en vente son prototype de console. Il fut rapidement acheté par la société Magnavox qui commercialisa la bête à partir de 1972, la baptisant Odyssey. Elle sera la toute première console de jeu-vidéo que l’humanité a put connaître. Ayant le monopôle du marché du jeu-vidéo entre ses mains, Magnavox n’arriva pas à vendre sa console comme elle aurait dû se vendre. Le public ne connaissant pas encore le simple terme « jeu-vidéo », peu d’américains osèrent acheter ce nouvel objet. Il est dit de l’Odyssey que les rentrées d’argent étaient plus importantes de par les procès contre Atari et Mattel, que par la vente de la console en elle-même. Premier arrivé sur le marché, Magnavox possédait un certain nombre de droits de licences que les concurrents souhaitaient obtenir.

 

Philips interviendra en 1978, lorsque Magnavox sortit l’Odyssey II aux USA. Un an plus tard, Magnavox fut racheté par Philips qui souhaitait obtenir une place sur ce nouveau marché qui lui était encore inconnu. En 1979, l’Odyssey II fut vendu en Europe sous le nom de Videopac G7000. Apprécié dans certains pays d’Europe, il fut néanmoins boudé en France. La console fut ensuite exportée vers diverses destinations, également sous différents noms. La console se vendit comme des petits pains au Brésil tandis que le Japon ne l’adopta pas. A cette époque, en plus de posséder 90 % du marché mondial, Atari bénéficiait d’importantes licences que ne pouvait obtenir les concurrents. Face à l’Intellevision, la ColecoVision et la Vectrex, la console de Philips fut engloutie dès le début des années 1980. Vous rajoutez à cela le krack de 1983, et voilà que la console est définitivement morte. Têtu, Philips commercialisa une Odyssey III (Videopac G7400 en Europe) en 1983, en quantité très limitée.

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Voici l'Odyssée, la première console de l'histoire

 

Le MSX et l’avant CD-I

Dès 1983, Philips rejoignit le projet MSX. Celui-ci consista à l’élaboration de standards de micro-ordinateurs pouvant être compatible entre eux. En effet, les fichiers d’ordinateurs de l’époque ne pouvaient se transférer ou s’échanger d’un prototype à un autre. Le MSX fut destiné au grand public uniquement. D’origine japonaise, le projet fut développé par de nombreuses sociétés en coopération. Les auteurs du concept ne sont autres que Sanyo, Sony, Panasonic, Casio, Toshiba, Microsoft, Yamaha et Philips…pour ne citer que les plus importants. C’est alors que de nombreux prototypes (compatibles entre eux) virent le jour au compte-gouttes.

 

Le succès fut mitigé à l’échelle mondiale. Alors que le MSX fit un bide sidéral aux États-Unis, il rencontra un grand succès au Brésil ainsi qu’au Japon. L’Europe fut quelque peu mitigée, notamment en France ou les ventes ne décolèrent pas. Le standard MSX fut développé quelques années, les concepteurs abandonnant le navire au fur et à mesure. Microsoft s’éclipsa rapidement, bientôt suivit par Philips.

Philips s’occupa d’un nouveau projet dès 1985. Depuis la création du compact disc (CD) en 1979, l’entreprise souhaitait exploiter ce support sur un nouveau produit multimédia. Ce nouveau produit multimédia devint rapidement le projet Compact Disc Interactive alias CD-i. Durant deux ans, Philips développa son projet loin des regards. En 1987 celui-ci fut achevé pour être commercialisé. Le retour espéré de Philips était en marche.

 

Le CD-i : une arrivée plutôt discrète

L’année 1988 fut donc la bonne. Après des années de travail acharné, Philips commercialisa son fameux CD-I. Ce nouveau prototype ne fut vendu que sur le marché des professionnels. Personne n’expliqua ce choix à l’époque. Créateur du compact disc avec Sony, Philips mit en avant son atout compatible CD lors de la sortie de la machine. Les clients ne se bousculèrent pas pour obtenir celle-ci. On peut noter, en revanche, qu’il n’était pas rare d’apercevoir un CD-I dans les auto-écoles ou bien dans les locaux de chez Renault. Les maigres ventes du Compact Disc Interactive ne perturbèrent pas les plans de Philips. Persuadé que son CD-I allait finir par se vendre, l’entreprise néerlandaise fit une présentation de sa machine au grand public à la fin de l’année 1991. On y apprit alors, de cette présentation, que Philips était soutenu par d’autres firmes telles que Sony, Sanyo et Matsushita. Des éditeurs tiers étaient déjà en train de négocier les droits de licences, tandis que le CD-i n’était alors qu’en démonstration. A la fin de l’année 1991, Philips se vit déjà pousser des ailes, le CD-I devant encore convaincre le grand public.

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Voici la bête, le fameux CD-i de Philips

 

Le CD-i : une plate-forme multimédia

La première chose qui interpella le public, fut l’aspect High Tech du CD-I. Rectangulaire et plutôt épais, il possédait un petit écran d’où s’affichait de nombreuses informations numérisées. De plus, il ne ressemblait aucunement aux consoles de jeux concurrentes. Révolutionnaire, il pourrait s’apparenter aujourd’hui à un magnétoscope numérique, tant par son design que par son poids. Philips dévoila alors qu’il ne souhaitait pas vendre une console de jeux, mais plutôt une plate-forme multimédia capable d’effectuer diverses opérations. En effet, le CD-I n’avait sa place ni dans la chambre à côté des consoles de jeux, ni sur un bureau à côté de l’ordinateur, mais bien dans un salon. Capable de lire les CD audio/vidéo, il pouvait faire tourner de nombreux logiciels informatiques, des jeux-vidéo, ainsi que des applications multimédias et culturelles. Lors de la présentation du CD-I en fin d'année 1991, Philips se vanta d’avoir négocié plus d’une centaine de contrats avec de nombreux éditeurs. Le public semblait conquit. Il ne restait à Philips qu’une étape pour s’assurer un bon avenir : vendre sa console.

 

Le CD-i : des ventes bien loin des espérances

C’est au début de l’année 1992 que fut commercialisé le CD-i aux USA, avant de débarquer début septembre en France, puis dans le reste de l’Europe. Pour une console européenne, ce fut également la surprise de la voir débarquer en Amérique du Nord avant notre bon vieux continent. La console ne se dénichait pas dans un magasin de jeux-vidéo ordinaire, mais s’achetait dans une boutique multimédia gérée par la société néerlandaise. Ce fut un premier faux pas de la part de l’entreprise, dotant plus que le public avait du mal à discerner les différentes fonctionnalités de l’engin. Ce ne fut pas la faible campagne marketing qui allait remédier à cet épineux problème. Philips accumulait les erreurs qui ne furent pas toutes de sa faute. Le hasard fit que le CD-i se trouva entre deux générations de consoles.

 

Vendu en 1992, le CD-i fut la dernière console de la quatrième génération. Arrivé alors que SEGA et Nintendo se disputaient violemment le marché, les joueurs ne prêtèrent que peu d’attention au jeune CD-i. D’ autre part, le système 3DO allait faire son apparition l’année suivante, réputé plus performant. La Playstation, quant à elle, était prévue pour 1994. Sony, l’ancien allié, retourna sa veste et partit produire sa propre console. Cette dernière sera en partie responsable de la tombe du dernier projet de Philips, dans le domaine du jeu vidéo.

 

Le CD-I : une invasion de modèles

Philips aurait pu rattraper ses erreurs mais il ne le fit pas. Au contraire, la firme plongea un peu plus dans les abysses, notamment à cause du prix de sa machine. Concevoir une plate-forme multimédia avec un design irréprochable capable de (presque) tout faire, est une bonne chose en soit mais cela coûte très cher. Inutile de vous le cacher, l’addition fut très salée. Vendu pour environ 5000 F (800-900 Euros) en Europe, le CD-i ne fut pas adapté à un marché de masse.

 

Philips se décida, après s’être (enfin) rendu compte que sa plate-forme était trop chère, à vendre un second modèle en Europe. A ces deux modèles européens, ajoutez le modèle américain, un ou deux modèles pour les professionnels, et vous obtenez une nouvelle erreur commise par Philips. L’entreprise néerlandaise souhaitait tellement conquérir un public très large, que beaucoup (trop) d’argent fut investi dans l’élaboration de nouveaux modèles. Il est inimaginable de voir une telle politique aujourd’hui, Philips fut heureusement (ou malheureusement) le seul à opter pour cette stratégie. Jusqu’en 1997, année à laquelle Philips arrêta la production de la plate-forme, les modèles du CD-i apparurent au compte-gouttes, de telle sorte qu’il est très difficile de savoir aujourd’hui combien il en existe.

 

Le public eut donc le droit à divers modèles de type « magnétoscope », à des modèles « portable » avec un écran LCD intégré dessus, à un modèle type console de jeu (enfin), et même à un CD-i en forme de chaîne hi-fi. Branchée à un téléviseur, cette dernière permettait de jouer au CD-i aussi bien qu’avec les autres modèles. Le nombre de modèles du CD-i ne se comptant pas sur les doigts d’une main, vous imaginez bien qu’il est difficile d’établir le nombre exact de ventes de la console. Quoi qu’il en soit, le CD-i créa un bide sidéral à l’échelle de la planète, se vendant tout de même un peu dans certains pays d’Europe.

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Ce modèle de CD-i ressemble un peu plus à une console de jeux-vidéo

 

Le CD-I : une plate-forme hybride

Philips misa beaucoup sur sa plate-forme multimédia, créant ainsi une nouvelle ère en imposant le Compact Disc (CD). Très prometteur, le CD-I déçut considérablement le public. En effet, être une console à tout faire n’est pas de tout repos. Vous l’aurez compris, le Compact Disc Interactive jouait sur différents tableaux, le but étant avant tout de concurrencer à la fois les consoles de jeux et les ordinateurs personnels. Le résultat fut un désastre, du moins durant les premières années de commercialisation.

 

Très pauvre en jeux et en logiciels informatiques, Philips ne bénéficia pas de licences phares au lancement de la console. Il est à noter également que les premiers jeux sortis n’exploitaient que partiellement les capacités du CD-I. Dark Castle et Defender Of The Crown n’incitaient pas le joueur à acheter la plate-forme de Philips. Il fallut attendre l’arrivée du Digital Vidéo (DV) en 1996, pour que le CD-I fût honnêtement exploité. Philips était alors en relation avec de nombreux éditeurs, l’objectif étant de rafler le plus de licences possibles. C’est alors que de nombreux bons jeux virent le jour sur le CD-I, il y en avait alors pour tous les goûts. Parmi les classiques de la plate-forme de Philips, on peut citer The 7Guest, Dragons’Lair, Rise of the Robots ou bien Chaos Control. D’autres jeux tout aussi bon furent développés sur la machine, à savoir Lost Eden, Litil divil, L’ange et le démon (Myst like se déroulant au Mont-Saint-Michel), Burn Cycle (jeu le plus vendus sur CD-I en Angleterre), Earth Command ainsi que Mad Dog Mc Cree. Seuls les jeux de shoot ne furent pas présents sur la console, cette dernière étant peu adaptée aux scrollings.

 

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La version CD-i est probablement l'une des plus abouti du jeu

 

Le Compact Disc Interactive bénéficia également de quelques jeux Nintendo. A l’époque, Sony et Philips travaillaient en commun pour concevoir une extension CD pour la Super Nes. Le projet n’aboutit pas, Nintendo préférant renoncer à ce nouveau support suite au demi-succès du Mega-CD de SEGA. Pour éviter d’avoir à subir des procès, Nintendo dédommagea Philips et Sony, promettant de leur développer ses licences phares sur les supports des deux constructeurs. Seul Philips accepta l’offre, Sony préférant partir de son côté développer sa future console. Les jeux que bénéficia Philips furent loin des espérances de la firme. A des années lumières des jeux Nintendo que les joueurs avaient l’habitude de voir, il est à se demander qui fut vraiment à l’origine de ces derniers. Au nombre de quatre, le CD-i hébergea trois jeux de la licence The Legend of Zelda (Zelda : The Wand of Gamelon, Link : The Faces of Evil et Zelda’s Adventure) ainsi qu’un jeu sous licence Mario (Hôtel Mario).

 

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La réputation de la saga The Legend of Zelda a malheureusement été entachée par ce jeu

 

Hormis les jeux-vidéo, le CD-i possédait dans sa logithèque un bon nombre de logiciels multimédia en tout genre (dictionnaires interactifs, encyclopédies, etc.) ainsi que des programmes pour les enfants (applications scolaires par exemple). En quelques années d’existence, le CD-I obtient plus d’une centaine de supports interactifs (jeux-vidéos, logiciels pour les professionnels, programmes pour tout public, films). Il est donc très difficile pour un collectionneur d’acquérir toute la logithèque de la machine de Philips bien que les jeux CD-I ne se vendent, aujourd’hui, plus aussi chers qu’à l’époque.

 

Vous êtes passés à côté du CD-i lorsque vous étiez plus jeune ? Vous n’avez donc rien loupé. Philips, alors multinationale néerlandaise, prit un très gros risque en se lançant dans l’aventure « plate-forme multimédia ». Être un géant de l’électronique et du multimédia ne veut pas dire que l’on puisse faire n’importe quoi. Philips en fit la dure expérience. Une plate-forme chère, éditée sous divers modèles, capable de faire différentes choses d’une façon médiocre, et qui accumula les erreurs marketing, voilà en gros ce qui amena l’entreprise à stopper la production de sa console en 1997. Certains titres CD-I apparaîtront néanmoins plus tard. Philips aura compris la leçon, l’entreprise ne s’engagera plus jamais sur le marché du jeu vidéo.A l’échelle de ce que conçu Philips au cours de sa carrière, la parenthèse CD-I ne fut qu’une goutte d’eau parmi tant d’autres, l’entreprise renouant déjà des liens avec Sony sur le futur projet DVD.
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